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mardi 31 juillet 2012

Paul-Henri Pion: voir les choses ensemble plutôt que les exclure

Voici donc le dernier sujet de TEDxLaDéfense. Il présente un point de vue central entre humanisme et profit. Il est l'un ET l'autre puisque le sujet de cette intervention est justement la conjonction de coordination "ET" !

Quel est l'angle de l'intervention ?

Paul-Henri Pion est issu de la finance d'entreprise ET il est psychopraticien. Il se focalise ici sur un sujet qui est un outil de développement personnel pour dépasser certains blocages psychologiques. Cet outil est la conjonction "ET". Il ne prend pas position dans le débat sur le type d'économie ou le mode de relation sociale en vigueur autour de nous, il nous raconte une histoire mainte fois rencontrée dans son cabinet.

Voici la vidéo:


Quelle est la thèse ?

Paul-Henri Pion que vous avez déjà rencontré dans ce blog nous invite à préférer une attitude associative plutôt qu'oppositionnelle. C'est ainsi qu'il nous parle d'un vécu personnel où il s'est senti à la fois heureux et triste en contemplant une réalité vraie et fausse à la fois. Il nous conseille à sa suite de chercher à associer les sentiments comme les idées contraires et à ne pas les opposer car le cerveau ne sait pas les accommoder ensemble et cela nous oblige à faire un saut créatif. Ainsi son provoquant aimer ET insulter ... Ainsi ce chauffard qui vous a fait peur et qui ne conduit pas si mal puisque l'accident ne s'est pas produit ...

Nous avons conçu "Humanisme et profits" dans cette optique et Paul-Henri Pion relève cela comme un moyen de favoriser le changement. Nous espérons que ce que les experts des comportements de l'individu dans son milieu nous donnent comme un outil individuel utile pourra s'appliquer en Société.

En quoi sommes-nous concernés ?

L'exercice que propose notre intervenant paraît bien simple en regard de l'immensité de la tâche. Remplacer le "oui mais" par le "oui et". Cela fait quelques années que Paul Henri Pion m'en parle. Il a depuis écrit deux livres ceci figure parmi d'autres exercices. 

Alors, étant comme il le dit culturellement immergé dans le "oui mais", j'ai tout d'abord cherché à démontrer que cela ne marchait pas. Pourquoi et comment dire "ET" plutôt que "mais" allait-il changer la donne ? Commençons par le faire dans le discours des autres et regardons ce qu'il se passe. Si nous avions nommé notre journée "Humanisme mais profit". On aurait lu et oublié le premier mot pour ne retenir que le second, marquant par là que l'humanisme c'est bien beau MAIS que l'important c'est de gagner des sous. 

Dire "Humanisme ET profit" signifie que nous postulons comme le disait Djamel Berbachi que ces deux mots nous envoient dans des directions différentes, alors que mis ensemble, ils ont un pouvoir différent, nouveau. C'est le pouvoir de l'oxymore en linguistique. C'est une technique utilisée en créativité. Comme l'a dit Paul-Henri Pion, notre esprit a des biais, en l'espèce il ne s'accorde pas des opposés. Si l'on en met un en exergue avec MAIS , l'autre mot devient un faire valoir. En revanche, si l'on souligne la simultanéité et l'équivalence, il nous faut alors basculer dans une réalité nouvelle. Et c'est ce que nous voulions car c'est ce qui nous attend ... de gré ou de force.

Nous reviendrons sur ce point dans notre dernier article qui sera la conclusion de cette série sur TEDxLaDéfense.

Pour retrouver les ouvrages de Paul-Henri Pion:

50 exercices pour lâcher prise et aussi:

Manuel de lâcher prise

dimanche 29 juillet 2012

Philippe van den Bosch: de la sculpture cérébrale ...


Avec cette douzième intervention à TEDxLaDéfense, Philippe van den Bosch nous fait entrer dans le cerveau. Nous avons voulu dans cette session "ouvertures" approfondir notre thème sur l'humain ... et c'est à une plongée sous la calotte crânienne que nous sommes conviés.

Quel est l'angle de l'intervention ?

Philippe est chercheur. Neurobiologiste. Il fut un pionnier de la recherche sur l'imagerie appliquée au système nerveux. Il enseigne et a dirigé à Louvain un laboratoire de référence qui fit de lui un expert mondialement reconnu dans le domaine de la résilience du système nerveux et un conférencier apprécié notamment sur le thème de la maladie d'Alzheimer. J'ai demandé à Philippe, par ailleurs curieux et informé d'un très grand nombre de sujets hors de son champ immédiat de travail, de nous proposer sa vision sur les dérives actuelles de certaines prises de décisions économiques et financières. 

On peut en effet s'interroger sur la constance avec laquelle pour reprendre le mot d'Einstein, nos contemporains s'obstinent à faire sans arrêt la même chose en espérant un résultat différent. Ce qu'il donne comme définition de la folie. 

Nos précédents interlocuteurs nous ont montré tout d'abord que nous vivons des crises dont la nature est structurelle, que des solutions d'apaisement existent à conditions de placer les choses dans des perspectives différentes ce qui nous amènerait à accepter de transformer notre société de manière drastique. Pourquoi ne faisons-nous pas ce qui semble nécessaire alors ?

Voici la vidéo:


Tentative de résumé:

Une grande spécialisation des différentes aires du cerveau existe et ce qui importe c'est que toutes ces aires fonctionnent ensemble, c'est même pour Philippe van den Bosch un bel exemple de coopération !

Le nombre de connexions d'un seul cerveau humain dépasse celui de tous les ordinateurs du monde "occidental". Les neurones se remplacent pour renouveler ces connexions même si le nombre de neurones décroît.

Nous câblons nous-même notre réseau de connexions de façon unique avec notre expérience. Comme dans l'image du verre de vin, chacun va en avoir par avance une expérience différente. C'est une véritable sculpture cérébrale qui va commander nos actions de façon spécifique...

Nous avons un déficit de gestation à la naissance d'environ 2 mois ... l'enfant humain est donc "libéré" trop tôt, c'est un prématuré surstimulé par l'environnement extérieur. Cela expliquerait ainsi les meilleures performances intellectuelles de l'humain par rapport aux autres primates, par ailleurs génétiquement peu différents.

La deuxième conséquence de cette naissance précoce est la nécessité pour l'enfant d'être pris en charge par la mère, les parents, le groupe ... très tôt se met donc en place une communication, un babillage parallèlement au développement des neurones miroirs qui favorisent au final le mimétisme des mouvements (et sans doute l'apprentissage).

Toutes ces choses sont gérées par le cortex préfrontal qui trie et permet d'agir en fonction de notre histoire neuronale.

A ces actions sont associés des processus procurant du plaisir avec une substance que l'on appelle "dopamine" selon le schéma suivant:

On comprend que ce "mécanisme" permette une recherche de la maximisation du plaisir, ce que l'on peut maintenant visualiser et mesurer comme dans l'illustration suivante:
La thèse:

Philippe nous propose alors l'interprétation suivante: si l'individu se coupe de plus en plus des émotions "humaines" découlant du "groupe" et qui ont fait le succès de l'espèce à travers les âges au profit d'une recherche d'actions visant à produire un plaisir de plus en plus en décalage, on peut parler alors d'une "perversion". Si l'on remplace "plaisir" par "profits", nous nous retrouvons devant une simplification d'une situation qui donne peut-être une idée d'un possible ressort profond de la crise de l'économie financiarisée actuelle !

Le plus amusant c'est que Philippe glisse au passage que pour ces individus "en décalage", le plaisir que génère ainsi la dopamine, et cela a été mesuré en laboratoire, est plus fort que celui généré par des images érotiques ... Du coup, notre intervenant ironise sur le fait que ces individus auront ainsi statistiquement moins de chance de se reproduire ... Sur longue période, Darwin gagne toujours et donc à l'échelle de l'évolution de l'espèce humaine, nous finirons par en sortir ... !

En quoi sommes-nous concernés ?

Les progrès de l'imagerie ont permis de progresser depuis une quarantaine d'années dans l'exploration des mécanismes de la prise de décision et de l'action (stimulus-réponse). Philippe se place ici au carrefour des sciences dures et des sciences humaines. Il faut certainement prendre en compte une complexité plus grande et d'autres substances (ocytocine, testostérone ...) et leurs interactions... La simplicité du propos n'est donc qu'apparente.

Cependant, il nous reste une idée puissante. Et si, plutôt que pour la complexité des marchés ou l'abstraction de la complexité, l'humain était surtout fait pour le petit groupe et donc pour une société et une économie qui se refonderaient en retrouvant du sens dans la richesse de véritables relations ?

vendredi 20 janvier 2012

Elle survit à une chute de 100 m au milieu des crocodiles !

Voici un titre bien inhabituel pour ce blog: "elle survit à une chute de 100 m au milieu des crocos" ! Je voudrais traiter de ce qui est vraiment important: l'état d'esprit approprié en situation dangereuse. A travers, un fait divers, voyons comment, gentiment, sans y penser plus que cela, la presse nous abreuve d'informations qui finissent par devenir le décors de notre vie quotidienne, décors qui a certainement une influence sur notre propension à agir correctement ou pas ou à ne pas réagir du tout.

Examinons les faits comme disait Aristote:

Peut-être aviez-vous lu le titre ci-dessus ici ou là, cette histoire a été diffusée le 13 Janvier. Qu'avez-vous appris de cet événement ? Voici le lien de la vidéo sur yahoo. La vidéo originale de ses amis est plus claire que celle diffusée par les média:



Est-ce vrai ?  Je le crois à 100%. Le risque existe-t-il ? Oui Erin Langworthy aurait pu se noyer. Plutôt banal, alors, pourquoi y revenir ici ? Parce que la présentation des faits est "ordinairement" abusive. Analyse:

En quoi la relation du fait divers est-elle abusive ?

Le pont est à 111 mètres au dessus d'une portion rapide du Zambèze peu avant les chutes Victoria. La vidéo "privée" montre du courant et des rives escarpées. Gagné, vous venez de comprendre qu'il n'y avait aucun croco. Aucune proie des crocos ne traverse ou ne se baigne dans un fort courant, les crocos eux-mêmes attendent dans des eaux très calmes et ne prennent pas le risque d'être emportés dans les rapides. Aucun danger donc pour la jeune fille de ce côté. Quoi d'autre ?

On peut supposer que l'élastique a cédé lorsqu'il a supporté la tension la plus forte ou peu avant ce moment précis. Réfléchissez, n'est-ce pas justement le point d'inversion du mouvement de chute ? Bien sûr que si ! C'est donc au moment même où Erin était presque immobile au bout du fil avant qu'il ne se contracte à nouveau que la véritable chute a commencé c'est-à-dire quand Erin est arrivée relativement près de la surface de l'eau.  Sur le film, on voit nettement ce moment. Erin tombe à l'eau environ 1 à 2 secondes plus tard en partant donc de tout en bas et d'une vitesse initiale quasi-nulle... C'est d'ailleurs pour cela que le saut à l'élastique au dessus de l'eau est presque sans danger.

Si le décors est spectaculaire (la photo de droite montre les Victoria Falls où conduisent les rapides de la vidéo), la véritable chute, elle, s'est donc limitée à une douzaine de mètres au plus ce qui a cependant suffi à lui causer une fracture de la clavicule à l'entrée dans l'eau ou en cognant une pierre après. Une fois dans l'eau, le véritable danger qu'elle courait était de se noyer. Mais qui aurait été intéressé par un titre du genre: "une touriste manque de se noyer dans un rapide" ?

Quelle est la leçon de cet heureux dénouement (si j'ose dire !) ?

Une fois écarté le sensationnel journalistique, cet événement reste intéressant. Pourquoi ? Cette jeune fille est en réalité bien "câblée". Vaincre le vide est facile, nager au milieu de crocos qui font leur sieste à plusieurs centaines de mètres en amont ne présente aucune difficulté, en revanche Erin a bien sauvé sa peau en ayant le bon réflexe. Lequel ? Elle le raconte, son seul véritable risque était que la corde ne s'accroche et que le courant ne la fasse couler Mourquoi , la presse ne s'intéresse-t-elle pas à son récit ? Plutôt que de lutter pour rester à la surface, elle a alors plongé pour libérer ses pieds. Elle a lâché prise pour mieux se sauver (je fais ici expressément référence aux travaux de Paul-Henri Pion). Et elle a survécu. Elle explique aussi que la veille, son instructeur de rafting lui avait enseigné les gestes à faire pour survivre dans un rapide ! Voilà quelqu'un que l'on a oublié de féliciter.

J'ai emmené mes enfants faire ce genre de saut sans danger réel (au dessus de la Vienne près de Poitiers (ci-contre au viaduc de l'île Jourdain: 40 mètres, pas de courant et pas de crocos !). Voyez comme le sauteur vient frôler l'eau du bout des doigts. L'élastique amortit la chute et s'il casse, plouf, une petite trempette ! L'émotion est réelle, le risque est nul.

Ne sommes-nous pas tous un peu victimes du sensationnel qui nous fait passer à côté de l'essentiel ?  Le saut de Benji au dessus du Zambèze est un beau prétexte, de la mousse médiatique. En revanche, le geste de survie d'Erin que personne n'a vu montre que même en jouant à se faire peur, il faut rester vigilant et savoir réagir. Je regrette que la presse n'ait pas saisi l'occasion de souligner non pas le "miracle" (il n'y en a aucun) mais la belle envie de survivre de cette jeune fille et la qualité de l'enseignement de son guide de rafting ...

En quoi sommes-nous concernés ?

Besoin de montrer le spectaculaire, de se faire peur sans prendre de risque et de s'extasier une demi-seconde sur une banalité qui nous concerne mais ne nous implique pas ...banal ! Pourquoi insister alors sur cette "brève" ? Parce que je me demande s'il en est autrement de sujets plus "sérieux" tels que les causes des accidents de la route ou la crise économique par exemple ? Et de tant d'autres ...

Ne sommes-nous pas intoxiqués par de trop hautes doses de "sensationnine" et de "sécuritine" qui se font miroir dans la presse et qui tendent à obscurcir notre jugement et in fine à nous empêcher de nous préparer à agir correctement le moment venu en tant qu'automobiliste comme en tant qu'acteur économique ? Ce temps de cerveau disponible que l'on occupe stérilement avec du sensationnel et du spectaculaire ne nous prépare-t-il pas à prendre l'habitude d'accepter des mesures sécuritaires aux visées électoralistes et aux effets peu évidents qui, peut-être, prendront le pas sur des actions de fonds bien plus utiles ?

Au volant comme dans l'économie, en cas d'événement brutal (ou perçu comme tel), j'ai l'intuition qu'il serait payant de se préparer à réagir, à s'ajuster et donc à changer de trajectoire, à lâcher prise au bon moment comme a su le faire Erin Langworthy pour préserver sa vie. Je n'ai pas pu m'empêcher de faire le parallèle entre la chute d'Erin et celle de la notation de la signature d'emprunteur de la France ... par exemple.

mercredi 30 novembre 2011

Paul Zak sur la molécule de la coopération.

Voici de nouveau une conférence de TEDGlobal. Avant tout, n'hésitez  pas à venir sur le blog pour voir les vidéos qui ne passent pas dans la newsletter que vous recevez par mail.

Je vais vous faire un aveu: c'était en fin de journée et vers la fin de la semaine et je n'ai donc pas assisté à la conférence dans la grande salle mais dans une salle annexe où l'on pouvait se relaxer. Je n'ai pas été très attentif et ce fut une erreur ! J'avais donc prévu de la revoir car Paul Zak aborde une question très intéressante, celle de la dépendance de nos émotions à des processus biochimiques qui déterminent  nos comportements et jusqu'à nos prises de décisions les plus "rationnelles" comme en économie par exemple. Voici:

Que nous apprend Paul Zak ?
Tout d'abord il m'apparaît que Paul Zak nous parle ici surtout de la nature biologique de la connexion entre les gens, ce que je nommerais volontiers la relation. Il s'agit donc de la relation positive notamment de l'empathie qui engendre la confiance et donc, selon Zak, la réciprocité et la coopération. Et qu'a mis en évidence ce pionnier de la neuroéconomie ? Eh bien qu'une hormone peptidique, l'ocytocine, découverte à l'occasion de recherches sur l'accouchement serait responsable, au moins partiellement, de nos "bons" comportements sociaux ! Zak que certains nomment , Dr Amour, nous amène à considérer que nos plus nobles sentiments: l'amour, la tendresse, la compassion ne sont pas loin de résulter de la biochimie plutôt que de la force morale, de l'éducation, de Dieu, ou de la peur du gendarme. Une hormone serait donc responsable de notre capacité à accorder notre confiance, à coopérer et donc à nous comporter selon des codes dénommés "moraux".

Les recherches de Zak se fondent sur des mesures en double aveugle des taux de cette hormone présente dans le sang avant et après une interaction ou une action. Ainsi en laboratoire, on met par exemple en évidence la propension des sujets à donner de l'argent à un tiers après en avoir reçu eux-même. Augmentons la dose d'ocytocine artificiellement et cette propension augmente ! Zak mesure cela aussi à l'occasion d'évènements de la vraie vie et confirme l'influence de l'ocytocine sur nos comportements collaboratifs ou affectifs. Selon d'autres sources cependant, l'ocytocine peut aussi être une cause importante de la violence défensive... une mère défendra âprement son petit contre une menace réelle ou supposée. Alors attention, l'ocytocine ce n'est pas seulement "peace and love" !

La neuroéconomie:

Le Dr Zak est un réprésentant de cette nouvelle discipline la "neuroéconomie" qui remet en cause expérimentalement certains principes de base de la théorie économique classique, rejoignant en cela au passage les premiers écrits d'Adam Smith qui était d'abord un moraliste. Voici quelque liens pour aller plus loin:
Tout d'abord le premier livre d'Adam Smith, publié en 1759, où le moraliste, avant que de devenir le fondateur de l'économie politique classique, s'interroge sur les comportements parfois liés à l'intérêt égoïste, parfois soucieux de la communauté de "l'observateur impartial" que peut aussi être l'acteur économique ... Théorie des sentiments moraux
Le livre de notre conférencier Paul Zak ...The Moral Molecule: The Source of Love and Prosperity
Un ouvrage en français de Sacha Gironde sur la neuroéconomie en général ... La neuroéconomie : Comment le cerveau gère mes intérêts


En quoi ceci nous concerne-t-il ?

En tant que bipèdes de base nous sommes concernés surtout si, en tant que décideurs ou responsables, nous cherchons à décrypter les comportements. Un médiateur ou un négociateur par exemple ne peuvent ignorer de telles recherches pas plus qu'un manager ou un DRH. Attention cependant, il n'y a ni miracle, ni potion magique derrière cette découverte. Quelques éléments de réflexion :

D'abord, selon le Dr Zak, 5% de la population seraient incapables de libérer cette hormone et ne pourraient donc être influencés par les comportements qui appellent une collaboration réciproque. En clair, ce sont les types qui dans les expériences de laboratoires gardent tout l'argent pour eux peu importe le climat de confiance créé par les autres ... Ceux-là portent un nom scientifique très connus: les salauds ! En fait, ces personnages sont asociaux et manipulateurs peuvent se comporter en escrocs ou en psychopathes suivant les contextes. Ils fonctionnent en fait sur un mode de survie très primitif. Ce peut être aussi le cas d'individus ayant connu des conditions très difficiles dans l'enfance ou, plus ponctuellement, celui de gens "normaux" en situation de stress très fort.

Ensuite, Zak nous raconte l'histoire d'une escroquerie dans une station service qui se fait avec un comparse au téléphone. Zak dit en avoir été victime mais il n'était pas bien malin à l'époque car ce type d'arnaque est classique (c'est pour cela que je pense que c'est une histoire reconstituée pour le fun du "story telling"). Passons, ceux qui se sont fait arnaquer comprendront la leçon humaine qu'il en tire: l'escroc ne vous oblige pas à lui faire confiance, c'est lui qui donne, en apparence, une grande preuve de confiance laquelle appelle  alors chez sa victime un comportement réciproque. C'est la victime qui devient volontaire pour lui accorder sa confiance, elle insiste même ! J'ai connu cela aussi ... je me comprends !

Enfin, en cette période de totale perte de boussole notamment concernant les marchés financiers, je vous laisse écouter cette seconde vidéo de Zak qui approfondit son explication sur la "moralité" intrinsèque des échanges marchands (je dirais plutôt des échanges directs, ce qui n'a plus rien à voir avec les marchés financiers actuels à mon avis):





Conclusion personnelle:

J'aimerais que soit développé ce thème dans notre prochain TEDx. Si notre biologie de mammifère vivant en groupes nous conduit principalement à favoriser des comportements coopératifs (y compris économiques), comment se fait-il que nos sociétés restent inégalitaires et que nos systèmes de régulation dysfonctionnent aussi gravement qu'actuellement ? Nous aboutissons alors à un débat politique qui dépasse les conditions des expériences du Dr Zak. 

Il reste que Zak pointe un élément scientifique majeur qu'il ne faudrait pas négliger parce qu'il tend à remettre en cause un axiome de base de la théorie classique: l'homme est capable de chercher à maximiser non seulement son intérêt propre mais aussi l'intérêt collectif ! Message d'espoir: notre biologie nous conduit à des modes de relation gagnants-gagnants, voilà une bonne nouvelle en ces temps agités !

Et puis j'avoue être curieux de découvrir ce domaine que Zak appelle la neuroéconomie. Cela me rappelle un peu le travail de Laurie Santos ainsi que les pensées de Georges Soros auxquels je vous renvoie.

Enfin, rappelez-vous le billet sur ce curieux jeune homme qui distribuait des câlins, Juan Mann, eh bien, le Dr Zac recommande le même remède: huit câlins par jour cela libère plein d'ocytocine !

mercredi 12 octobre 2011

Yann Leroux sur la réalité de l'addiction au net et aux jeux sur le net

Mes deux derniers billets évoquaient le décès d'un entrepreneur mythique des NTIC et du net: Steve Jobs. Aujourd'hui, j'aimerais remettre au clair une notion très galvaudée liée à notre nouvel environnement technologique: l'addiction au Net en faisant appel aux recherches d'un psy très spécial, Yann Leroux, ci-contre.

Un journaliste du nom de Nicolas Carr sort ces jours-ci un bouquin polémique (que je n'ai pas lu !) Internet rend-il bête ? : Réapprendre à lire et à penser dans un monde fragmenté où il fait son coming out, se proclamant « web addict ». Et la presse de se demander à sa suite si le Net nous fait perdre la tête … (mes sources: le gratuit « métro » du 5 Octobre 2011 p 4 et 5). Grave problème donc puisqu'il en fait un livre et que c'est écrit dans le journal !

Je vous propose tout d'abord de visionner la vidéo de Yann Leroux, "psycho-geek" de terrain qui travaille avec des jeunes sur le rôle et l'impact non du web en général mais des jeux en ligne (pire) et particulièrement des jeux de guerre temps réel (encore plus pire !) pour être précis:
Vidéo 1 sur l'addiction:
Vidéo 2 sur l'apprentissage:

J'ai croisé Yann Leroux à TEDxBasqueCountry l'an passé et j'ai bien aimé son propos à la fois posé, éduqué, vécu, iconoclaste et pragmatique. Yann, lui aussi, avoue publiquement jouer à des jeux en ligne dont il a fait en outre son sujet de thèse de psychologie soutenue cette année.

Malgré un look « rasta » il ne me semble pas du tout « addict ». Voici le résumé de sa conférence TEDx (que je n'ai pas trouvée sur Youtube !): Le jeu vidéo est d’abord un espace de médiation entre un sujet et sa culture car les jeux reprennent des thèmes qui travaillent une culture à un moment de son histoire. C’est ensuite un espace de médiation entre un sujet et son groupe d’appartenance car il constitue des zones de rencontre, de transmission et/ou de conflit entre un sujet et ses groupes d’appartenance.

Faites-moi l'amitié de retenir comme le dit Yann qu'aucun travail scientifique sérieux n'a retenu la notion d'addiction en matière de jeux électroniques « on » ou « off line » et encore moins relativement au Net globalement. Cela n'exclue pas que l'excès de jeu ou de Net puisse signaler une pathologie. A l'inverse le jeu et le Net peuvent faire partie du remède ! Plus encore, dans sa conférence de Biarritz, Yann relatait un travail qui m'a époustouflé (thème du TED de Biarritz: la paix). A l'occasion de recherches sur les conséquences familiales durables de traumatismes causés pendant la seconde guerre mondiale dans certaines de nos campagnes aquitaines, les jeux de guerre auraient permis de rendre un peu de sérénité à certains en libérant la parole sur des atrocitées passées, devenues taboues mais dont les effets se transmettaient d'une génération à la suivante !

Retenez aussi que la consommation de web et de jeux ne touche pas que les jeunes, très loin de là, âge moyen des joueurs: 35 ans !

Pour aller un peu plus loin:

Je fais remarquer au passage à mes amis du CMAP (Centre de Médiation de Paris) la position originale du jeu comme « espace de médiation ... ».

Pour ceux qui voudraient creuser le thème psychanalyse et Ntic, je vous suggère l'interview de Y Leroux justement sur le blog d'Antoine Dupin.

Pour ceux qui seraient intéressés à creuser le sujet du supposé impact négatif du web sur l'attention, je les renvoie à un travail charpenté de Jean Philippe Lachaux, chercheur à l'Inserm: Le Cerveau attentif. Le sous-titre dit: "contrôle, maîtrise et lâcher-prise". Tiens-tiens encore le lâcher-prise ! Extrait de son entretien au même journal « Métro »: « avec l'avènement du web, nous sommes exposés à un flux incroyable d 'informations … pour faire face le cerveau doit faire appel à sa capacité d'attention … le web est un outil … comme un marteau, il est incroyablement utile sauf s'il sert à taper sur la tête du voisin. Le cerveau ne s'est pas détérioré, il s'est adapté, on utilise peut-être plus la mémoire à court terme pour gérer le multi-tâche que la mémoire à long terme ». Pour finir, ce chercheur conseille d'accompagner le phénomène notamment à l'école afin de ménager des activités de concentration mono tâche et un apprentissage de la gestion des priorités. Tiens cela ne vous rappelle-t-il pas les dangers du mode interruptif continuel via le mail et le téléphone qui sévit dans nombre d'entreprises ?

Si vous voulez en savoir plus sur le bouquin de Nicholas Carr voici un lien vers une émission que Radio Canada lui a consacré, à vous de vous faire une idée.

En quoi ceci nous concerne-t-il ?

Si comme certains des miens, vos ados passent beaucoup de temps sur le net ou les jeux, tout espoir n'est donc pas perdu, mieux, le Net peut être une solution (mais à doses raisonnables toute de même, car l'excès de toute chose peut-être nuisible voire fatal) ! A condition de traiter le sujet avec une réelle compréhension et non avec des préjugés qui n'ont rien de scientifiques ! Tenez faites ce petit test que m'a suggéré Yann: si l'un de vos enfants passe beaucoup de temps sur le Net ou sur un jeu, demandez-lui de vous expliquer, à vous qui êtes un(e) noob*, comment ça marche … S'il prend le temps et qu'il vous explique patiemment, c'est qu'en tant que parent vous n'avez pas fait un si mauvais travail et que ce gamin n'est peut-être pas aussi gravement atteint que vous le pensiez. Et addict ? Oubliez !

Méfions-nous des idées toutes faites sur tout et n'importe quoi. Le concept d'addiction dans ce domaine semble évident au premier abord et pourtant, il n'a de réalité que journalistique et non scientifique. Je parie que M. Carr est en réalité plutôt accro aux ... droits d'auteur et à la notoriété.

Enfin, je saisis ce thème de la web-addiction pour souligner l'urgence qu'il y a de se désintoxiquer du prêt-à-penser médiatique. Pas si triste finalement que l'audience de la grande presse et des TV classiques ait tendance à reculer au profit de certains coins du Net justement !

Pour finir merci à mon grand "geek" de Maxime pour la vidéo que voici, il s'agit d'un pastiche réalisé par les journalistes d'un site qui traite de jeux http://www.jvn.com/ Juste pour comparer les styles FR2 (au début) et celui des fans de jeux ... Carr avait au moins raison sur un point: notre société est fragmentée. On ne se méfie pas mais j'ai l'impression que certains sont vieux de plus en plus tôt pendant que d'autres restent jeunes de plus en plus tard ! Donc pour vous désintoxiquer des idées-reçues, voici:

*abréviation péjorative de newbie, c'est-à-dire un débutant dans le domaine informatique.

lundi 12 septembre 2011

Vous avez dit avantages acquis ?

Par Paul-Henri Pion

Je vous ai déjà présenté Paul-Henri dans un précédent billet où il nous parlait du “lâcher-prise”. Voici qu'il récidive sous un autre angle et une forme plus littéraire. Economiste et cadre dirigeant devenu psycho-praticien et auteur, il nous livre donc ici une analyse originale au carrefour de plusieurs disciplines.

Maintenir la solution d'un problème résolu fait apparaître de nouveaux problèmes
Le vingtième siècle a été marqué par des avancées sociales et technologiques et par la création des conditions de la crise écologique actuelle. Pourrait-il y avoir un lien entre les deux ? L'expérience nous enseigne que lorsqu'un problème se pose, trouver la solution qui lui correspond, dans le contexte où il se présente, et l'appliquer, conduit à la disparition du problème. Il est donc passé d'un contexte où solution et problème coexistent à un contexte où seule la solution existe puisque le problème a disparu. Logiquement, continuer à appliquer la solution en l'absence du problème pour lequel elle a été dessinée, conduit à favoriser l'émergence d'un nouveau problème. L'adage selon lequel la seule chose qui ne change pas est que tout change se justifie de la sorte. C'est ainsi qu'en créant des avantages acquis, le vingtième siècle a creusé la tombe de ces mêmes avantages acquis.

La retraite: un avantage acquis devenu problématique
Qu'en est-il de la retraite par exemple ? Remarquons tout d'abord qu'à l'origine des retraites, bien avant que la loi ne s'en mêle et au-delà des aspects humanistes sous-jacents, le problème visé était de fidéliser les cheminots puis les mineurs. À partir du moment où les retraites sont généralisées, la question de la fidélisation ne tient plus, puisque quel que soit le secteur d'activité, le régime de retraite se retrouve. Le problème a disparu. La solution s'est mutée en possibilité généralisée de cesser son activité à 60 ans et obligation de la cesser à 65 ans. L'évolution des conditions de vie a conduit par ailleurs à la situation que l'on connaît : si en 1975 un nouveau retraité avait dix ans de vie devant lui, en 2005 il en avait vingt et aujourd'hui il a quasiment trente années devant lui. Quelles conséquences humaines cela a-t-il d'avoir maintenu cette solution de la sorte alors que sa motivation première était éteinte ?

Contribution au ralentissement de l'économie
Le montant des pensions initialement garanti à hauteur de quarante pourcents de la moyenne des salaires des trente années de cotisation donne un premier éclairage. Il signifie que ce qui coûte cher et nécessite de gagner de l'argent n'est pas l'indépendance financière mais le fait de travailler et d'avoir à investir pour pérenniser sa capacité de travail. Autrement dit, un retraité, en cessant de travailler, diminue de soixante pourcents la richesse qu'il ré-injectait dans le système. Donc plus il y a de retraités, moins il y a de travail ! Bien des retraités vous le diront : après l'angoisse de voir leur revenu chuter avec la retraite, ils constatent que leurs dépenses ont drastiquement reculé malgré eux. En conséquence de quoi, leur départ à la retraite contribue à ralentir l'économie et compromet l'emploi de leurs enfants et petits enfants contrairement à une idée fallacieuse répandue. 
 
Malchance du retraité
Si l'on retient à présent la retraite comme une compensation de la pénibilité du travail, il y a maldonne. Le travail comme l'école est d'abord un moyen de se socialiser. Envoyer pour trente ans hors du circuit du travail un individu, revient à lui envoyer le message qu'il n'est plus à la hauteur pour contribuer au bon fonctionnement de la société et qu'il en est tellement incapable qu'il va devoir dépendre du bon vouloir d'un système de pensions. Aucune société traditionnelle n'a maltraité de la sorte ses anciens, surtout s'ils sont encore jeunes ! La vie est caractérisée par la relation. Pas de relations, pas de vie. L'homme est un être vivant jusqu'à preuve du contraire et a besoin de relations, qui plus est dans lesquelles il se sente contribuer. Même si c'est pénible. La vraie maltraitance est de lui signifier qu'il ne sert à rien. Ce que la perspective de trente ans "d'inactivité" lui envoie.

Le retraité, un potentiel  à entretenir
Enfin, il est un point essentiel pour un organisme vivant que ce système nie totalement. Un organisme est l'inverse d'une pile électrique. Moins on s'en sert, plus il s'use. Tout organisme démobilisé a tendance à s'atrophier. Ceci est en particulier vrai du cerveau. Dans un environnement où les technologies de l'information doublent de capacité tous les deux ans, laisser une part de la population sans la contrainte de se mettre à jour qu'impose la vie professionnelle, revient à la mettre en danger de marginalisation et à nourrir chez elle un sentiment d'impuissance à suivre les évolutions. Or l'impuissance ressentie dans la capacité à gérer la relation à l'autre est le fondement de la colère et du ressentiment. Poursuivre dans cette voie revient à alimenter la colère des seniors et met en danger le ciment social.

La retraite, une question à traiter avec souplesse
Voilà trois effets d'un avantage acquis qui, par construction, conduit à une grande souffrance collective. Permettre à tout un chacun de prendre des périodes de repos en fonction de ses aspirations, de sa santé ou de ses investissements passés est respectable. Rigidifier un âge et des conditions pour accéder à ces périodes est pour sa part contraire à l'évolution du vivant et à la logique. Il y a lieu de rester pragmatique, c'est-à-dire d'accéder à la complexité de la situation pour en tirer une adaptation simple et non de compliquer le système pour en tirer des solutions simplistes qui finissent par fonctionner comme des bombes à retardement.

dimanche 29 mai 2011

Petits arrangements autour d'une politique de securite routiere

Cette semaine, le ministre de l'Intérieur a confirmé sa décision de retirer les panneaux annonçant les contrôles radar fixes, mesure proposée le 11 Mai par le CISR. Cette même semaine aussi, j'ai reçu avec près de 3 mois de décalage, deux courriers m'annonçant le prélèvement d'un total de 3 points sur mon capital restant qui était remonté à 11 après le stage dont je vous avais parlé dans un billet précédent. Je m'y interrogeais sur la stratégie du gouvernement: rentabilisation ou responsabilisation ?

Avant d'aller plus loin, voici comme mise en bouche une petite vidéo pour les amateurs de spectaculaire:
Nous pourrons nous convaincre que venant d'ailleurs, cela ne nous concerne pas. Panneaux radars ou pas ces films auraient-ils été très différents chez nous ?

Que nous dit-on en France aujourd'hui ? Verbatim et résumé:
1 Les faits statistiques sont difficiles à  établir:
"1 256 personnes ont trouvé la mort sur les routes de notre pays depuis janvier 2011. Cela correspond à une hausse d'environ 12,5% par rapport à l'an dernier à la même époque" selon le député Armand Jung à l'Assemblé Nationale le 25 mai."

Questions au gouvernement du 25 mai 2011 (A.JUNG) par Ministere_interieur
En fait, il y a eu 5748 accidents corporels, 355 tués, 7295 blessés dont 2739 hospitalisées en avril 2011, le nombre de morts sur la route a donc augmenté pour Avril de près de 20% en un an mais en y regardant de plus près, seul le nombre de tués a augmenté  car il y a eu 2 % de moins d'accidents corporels et 0,5 % de blessés en moins ! Il serait à propos de regarder les causes, les circonstances et les conséquences précises ...

Les causes ne fondent pas la décision:
Si nous étions dans une entreprise cherchant au mieux à allouer ses ressources en vue d'une décision optimisée, que ferions-nous ? Nous rechercherions les causes d'accidents et leurs conséquences. Or, selon le Dossier Statistiques d'accidents de la route du site de l'APR: "Il s'agit de chiffres provisoires pour l'année 2010. Dans le reste de ce dossier (statistiques d'accidents détaillées par mode de transport ou par âge), nous indiquons les chiffres 2009, qui sont les seuls à notre disposition pour le moment." Donc personne ne peut analyser sérieusement ces chiffres-là parce qu'ils ne sont pas encore disponibles !

Il semble par ailleurs que ce mois d'avril ait été significativement plus beau que celui de l'an passé. Beau temps semble rimer avec accidents. Eh oui, si vous l'aviez oublié je vous le rappelle, le climat se réchauffe et la mer continue de monter mais ceci est une autre histoire ! Voilà donc que l'on polémique sur une accidentologie  partiellement en progression et que l'on prend des décisions politiques du type "réprimons !" sans avoir aucune analyse des causes de cette "dégradation" sauf "les gens ralentissent avant les panneaux et accélèrent après le radar" Un peu court M. Guéant. Pourquoi en sommes-nous là ?

2 L'objectif est avant tout politique:
"Sarkozy le 21 Mai lors de l'inauguration d'une brigade de gendarmerie à La Londe-Les-Maures: Je ne laisserai pas repartir le nombre de morts sur les routes à la hausse. Je ne cèderai pas sur cet objectif", ." Sarkozy avait donné un objectif de diminution du nombre des tués à 3000 par an en 2012. Or la vérité c'est que le véritable infléchissement de cette statistique a été enregistré sous Chirac et Raffarin. Le règne du petit Nicolas en cette matière n'aura pas été très brillant ! Durcissons donc notre texte pour atteindre l'objectif semble-t-il nous dire comme feu le pudibond M. Royer en son temps !

Le ressort est l'émotion:
Nous venons de voir que les chiffres sont très discutables et/ou indisponibles, alors sur quoi repose donc cette politique ? Réponse: sur l'émotion. Dans un débat à l'émission "C dans l'Air," la représentante d'une association rétorquait "vous ne verriez pas les choses comme cela si c'était votre fils qui avait été tué dans un accident ..." Tenez, si vous voulez des exemples de drames allez voir . C'est effectivement poignant. Mais si poignants que soient les drames humains, faut-il accepter ainsi que l'émotion remplace la rigueur de la véritable collecte et de l'analyse de données objectives ? Faut-il qu'en l'absence de celles-ci et cherchant à faire coller la réalité aux objectifs politiques, on arrête des plans d'action inadaptés ? Des plans toujours plus répressifs car "rassurants" :
  • qui amalgament vraies et fausses causes d'accidents, 
  • qui ne cherchent pas à identifier les conséquences réelles des comportements stigmatisés
  • qui ne mesurent pas les résultats des mesures prises
  • qui ne ciblent ni les populations, ni les circonstances, ni les lieux à risques 
  • qui culpabilisent pour la "racketer" la grande majorité des usagers de la route sur qui au contraire on pourrait s'appuyer en la responsabilisant pour vraiment changer les choses  !
Est-ce le bon objectif ?
Permettez-moi de faire franchement du mauvais esprit. Pensez donc à ces victimes d'accidents de la route ayant échappé à la mort. Je rappelle qu'il y a eu en 2010 un tout petit peu moins de 4000 décès. Arrivés à l'hôpital, les survivants (30000 blessés graves) ne sont pour autant pas sortis d'affaire car un autre fléau les guette: les maladies nosocomiales. Le site doctissimo donne des chiffres. 6,9% des patients des hôpitaux y attrapent une maladie et 4200 en meurent chaque année ! Donc mes amis, sur environ 30000 blessés de la route, (voir ce site), il est à craindre que par simple construction, près de 7% de ces blessés  soit environ 2000 personnes, tombent malade du fait des mauvaises conditions d'hygiène et d'asepsie de l'hôpital ! Question: ne faudrait-il pas plutôt s'occuper des maladies nosocomiales en priorité puisqu'elles font plus de dégâts que les accidents de la route ? D'autant plus qu'elles tuent directement une proportion  des blessés qui survivent à un accident de la route

Derrière toute décision, il y a une évaluation, un "trade off". Or on a diminué le nombre de tués d'un facteur 3 depuis 15 ans et l'on sait que plus on améliore une performance, plus il est difficile de grapiller encore quelques points supplémentaires. Donc je m'étonne qu'un conseiller de Sarko ne lui ait pas déjà proposé de travailler sur les maladies nosocomiales afin d'améliorer son score sur les tués de la route ! En plus, vue la disproportion des budgets "com" entre les deux sujets, il est très probable que pour Sarko le $ investi en maladies nosocomiales soit bien plus rentable que le $ sécurité routière si le but est bien d'améliorer le rendement de la com sur les décès de la route !

Est-ce le bon indicateur de l'objectif ?
En outre, à juste titre, on essaie de réduire le nombre de morts et de ce fait on réduit le nombre de blessés mais la prévention ne devrait elle pas s'interroger sur la réduction du nombre de blessés graves également ? Et ne serait-ce pas une meilleure priorité ? L'exploitation médiatique des statistiques a souvent tendance à confondre un objectif et son indicateur. Ici l'objectif est d'améliorer la sécurité routière et l'indicateur le nombre de morts. A moins que l'objectif ne soit d'améliorer l'image sécuritaire du gouvernement et l'indicateur le nombre de pages vues ... Si l'objectif est la sécurité réelle, d'autres indicateurs sont certainement plus probants notamment quand on les ramène aux lieux, conditions, distances de transports permettant de proposer des ratios comparatifs sérieux, en voici un exemple.

Que faudrait-il faire ?
Revenons à des considérations sérieuses supposant que l'on veuille réellement améliorer les conditions de survenance d'une réelle sécurité routière. Il faudrait agir en partant des causes observées, prenons l'exemple suédois d'une compagnie d'assurance mutualiste, la société Folksam. Je vous conseille de lire ce chapitre du "rapport mondial sur la prévention des traumatismes dus aux accidents de la route". Vous y trouverez une approche scientifique exempte de Sarkozisme. Nos assureurs suédois ne sont pas des méchants mais des gens logiques, ils cherchent à réduire tout ce qui leur coûte cher. Donc ils cherchent à indemniser moins de sinistres et non à réduire le nombre de morts qui ne sont peut-être pas à tout prendre les sinistres les plus coûteux pour leur compagnie ! Mais en faisant cela ,ils réduisent aussi le nombre de morts. Et pour cela, ils s'intéressent à toutes sortes de facteurs comme ceux du tableau ci-dessus et en tirent des observations comme celle ayant trait à la compensation des privations consécutive à la chute du rideau de fer dans les pays de l'Est dans l'encadré ci-après:

Prévention, protection, incitations: l'exemple suédois de Folksam

Après ce très rapide aperçu de ce que les vrais spécialistes observent quand il s'agit réellement de s'attaquer aux causes, Claes Tingvall de la société Folksam qui fut mon client avait mis sur pied dans les années 80/90 une équipe chargée de faire baisser le coût des sinistres dans un domaine sensible pour la compagnie, c'est-à-dire non pas les morts en voitures mais les blessés graves en moto. Blessés généralement jeunes portant un casque, touchés à basses vitesses, en ville  ! Vous remarquez qu'on ne part pas ici tous azimuts mais de façon ciblée et chiffrée.

La compagnie voulait améliorer sa rentabilité et son image, elle choisit donc non pas d'augmenter les cotisations pour les jeunes motards (ce que firent toutes les assurances françaises)  mais de changer les conditions du problème. Tingvall et son équipe (voir rapport) analysa les causes d'accidents et leurs conséquences et comprit qu'il fallait protéger coudes, genoux et épaules, causes de millions de SEK d'indemnisations de jeunes motards devenus handicapés pour avoir défoncé une carrosserie avec leur coude ou leur genou.

Focalisation sur les vrais sujets. Ils utilisèrent une mousse révolutionnaire molle lors des déformations lentes mais dure comme une coque en cas de choc, le "Temper Foam" créé par la Nasa (voir photo à gauche au dessus) et firent fabriquer une combinaison avec cette mousse intégrée aux bons endroits. Voici à droite l'une des combinaisons dérivées de ces études. Elle fut vendue avec une incitation financière en Suède c'est-à-dire un gros discount sur le prix de l'assurance moto. Résultat: quelques centaines de paraplégiques de moins par an depuis près de 25 en Suède. Je me demande toujours pourquoi les compagnies françaises peut-être pétries des mêmes principes que ceux de Sarkozy plutôt que du pragmatisme de leurs concurrents suédois, n'ont pas adopté cette même politique d'incitation: intelligente, rentable et socialement responsable.

On voit d'ailleurs en reprenant le rapport mondial cité plus haut que rapportés à leur utilisation, les deux-roues sont infiniment plus coûteux en vies humaines que les autres véhicules. Si Sarkozy et Guéant se préoccupaient réellement de faire baisser leurs statistiques de tués, n'auraient-ils pas intérêt à se préoccuper de ce point noir avec un effet bien meilleur que de supprimer les panneaux annonciateurs de présence de radars ?


Formation à la conduite et expérience de la peur Je reviens maintenant à ce que je rapportais dans mon billet sur les stages de récupération de points. Il semble que le dogme soit qu'il suffise que les gens parlent de leurs expériences et se repentent sincèrement devant leurs semblables dans ces stages pour que la grâce leur vienne. En revanche, évoquer des stages pratiques avec mise en situation dangereuse de freinages tardifs ou de perte d'adhérence semble être une insulte à la raison.

Et pourtant, investir dans la formation pratique serait-ce un luxe ? Faire éprouver physiquement au conducteur la trouille d'avant l'impact, la perte de contrôle du dérapage etc ... Pourquoi cela ne fonctionnerait-il pas en ce domaine quand cela fonctionne partout ailleurs ?

En quoi cela nous concerne-t-il ?
Cet exemple nous concerne en tant qu'usagers. Il nous concerne surtout car nous sommes dans ce domaine comme dans d'autres, victimes de la dictature de la pensée unique, pensée irrationnelle et qui privilégie le préjugé et ignore ce qui réussit ailleurs ou autrement. Cette histoire de panneaux est ridicule et le tapage médiatique qui s'ensuit masque en vérité l'indigence de la politique actuelle.

En ce domaine de la sécurité routière, le  gouvernement semble s'en tenir aux recettes médiatiques et démagogiques. Pour ma part, je leur préfère des démarches objectives et sérieuses s'appuyant sur des sujets d'étude correctement définis où la mesure est possible. Je le fais systématiquement observer dans ce blog, on peut procéder en cuistres comme  Claude Guéant ou sérieusement. Dans le premier cas,  on agitera l'air . Dans le second comme le fait Folksam, on observera pour patiemment créer les conditions de l'émergence d'une situation favorable nouvelle. Folksam a ainsi réussi  en Suède à devenir l'instrument d'une transformation discrète ! Cette compagnie gagne de l'argent sur un segment où ses concurrents européens en perdent et la Suède s'évite ainsi quelques centaines de jeunes paraplégiques chaque année.

Enfin avant de terminer ce long billet, je voudrais mentionner le livre Leçons de conduitede Gaspard Koening, jeune haut fonctionnaire qui raconte de façon drôle les travers du permis de conduire à la française et à l'anglaise.


samedi 14 mai 2011

Paul-Henri Pion : la version efficace de l’incontournable lâcher-prise !

Le billet que je vous propose aujourd’hui est une première. Je vous ai, à différents moments, parlé de Paul-Henri Pion. Economiste de formation puis manager au sein d’un grand groupe, devenu coach et psycho-praticien, Paul-Henri intervient auprès de personnes, pour les aider à affronter en thérapie brève des situations psychologiques personnelles, familiales, professionnelles voire managériales bloquées et génératrices de souffrance. 
Paul Henri est l’auteur de deux ouvrages sur le lâcher-prise qui rencontrent actuellement un succès encourageant. Le plus récent est son Manuel du lâcher prise qui donne  des explications simples et précises en plus d’éléments de mise en pratique. Cet ouvrage fait suite à un petit carnet très concret, conçu, lui, pour réaliser soi-même ses propres exercices: 50 exercices pour lâcher prise

Le sujet du jour est donc le lâcher prise. Une originalité marque le présent billet: la vidéo ci-après est un probable futur "collector": elle est totalement originale et exclusive. C'est le premier interview que je réalise ainsi avec mon invité. Cela se passe dans le cabinet de consultation de Paul-Henri à l'occasion de la sortie de son dernier livre lors du salon 2011 à Paris, voici:

 

En résumé:
Le Lâcher prise est devenu un terme très en vogue dans le discours journalistique et aussi chez les DRH. Concept suspect parfois, il recouvre pourtant une réalité courante. Il s'agit d'une pratique et de techniques permettant à tout un chacun de "dépasser son propre jugement pour rencontrer l'évidence" quand existe un blocage qui fait souffrir malgré des efforts bienveillants et opiniâtres . Par exemple, le parent bien intentionné qui se heurte à un refus ou à une opposition de plus en plus forte de son enfant et qui ,ne sachant que faire d'autre, ne fait, par son insistance, que renforcer cette opposition et la souffrance générale de la famille. Lâcher prise prend alors souvent l'apparence de soudain faire tout le contraire. Ce n'est en aucun cas laisser-faire, ni renoncer, c'est retirer souvent de façon paradoxale ce coin qui bloque la relation et rencontrer l'évidence puis trouver l'angle d'action approprié pour enfin que la vie reprenne son cours naturel. Voici des articles de Paul-Henri pour aller plus loin.

En quoi ceci nous concerne-t-il (1) ? De nouvelles médiations pour dissoudre les tensions.
Pour Paul-Henri, notre société urbanisée, concentrée, compartimentée, dispose de moins en moins d'espace où, pour reprendre l'une de ses images, "le regard de l'individu peut se poser sur l'horizon". La concentration de l'espace de vie et de l'agenda ont fait disparaître les lieux et les moments naturels et sociaux où pouvaient se dissoudre les tensions et se dépasser les blocages. Comme le chante mon poète belge favori, Julos Beaucarne (rassurez-vous, ce n'est pas Paul Jorion !!!):
"un pet trop longtemps retenu
fait un abscès au trou du cul"

Je vous renvoie en outre premièrement au "Talk" de William Ury, grand spécialiste de la négociation raisonnée qui cherche lui-aussi à débloquer des situations de guerre entre Etats. Et dans cette conférence TED, il nous relatait son expérience vécue au sein d'un groupe de Bushmen d'Afrique australe qui applique toujours à l'heure actuelle des méthodes de Lâcher Prise traditionnelles mais qui devraient nous inspirer. Je vous renvoie de la même manière à la conférence de Jean Pierre Massias sur la paix.

Je vous renvoie deuxièmement à mon billet sur la médiation de conflits, l'un de mes thèmes d'études du moment et qui, du fait de l'encombrement des tribunaux, devrait se développer.

En quoi ceci nous concerne-t-il (2) ? Le Lâcher Prise une discrète nécessité !
Notre société se transforme discrètement, j'en ai fait l'un des thèmes de ce blog à la suite de F. Jullien. Elle a besoin de ces nouvelles médiations structurées car grosses des travaux de recherche en psychologie comportementale et aussi renouvelées, décapées et simplifiées. Paul-Henri le fait pour l'individu et sa carrière ou sa famille, Ury et Massias le font dans le conflits armés, le médiateur le fait entre partenaires d'affaires ou dans une lutte sociale.

Car les sociologues nous le disent, les méthodes traditionnelles des Bushmen n'ont plus cours chez nous depuis longtemps, les notables, les figures d'autorité, les dogmes religieux sont de moins en moins respectées, les cellules familiales sont chamboulées. Le monde du travail, lui, prétend encapsuler, encadrer, "procéduriser", sécuriser, traçabiliser. Ce qui est probant en milieu industriel devient lourd quand il s'agit d'harmoniser des rapports humains. Pire, dans cette recherche de mise sous contrôle, notre Société se dope à la "Moraline" comme dit M. Onfray et censure toutes les marges d'adaptation naturelles. Voyez aussi dans ce blog ce que dit Miguel Benasayag sur légalité et légitimité et la "morale situationnelle" qui, entre dogme absolu et relativisme trop complaisant, requiert des marges adaptatives sans lesquelles la Société est invivable.

Ajoutons encore un caillou dans la marre: Michel Onfray explose les ventes de livres philosophiques en pourfendant (à mon avis, à juste titre) l'imposture freudienne, du coup même aux gens fortunés capables de se payer une analyse pendant dix ans, il ne reste plus aucune illusion !

Alors aux petits malins qui vont me parler du "petit peuple" qui s'intéresse moins à la psychanalyse qu'au sport et au PMU, je répondrai ceci: le foot, il ne faut plus y penser comme exutoire socialement salutaire depuis le passage de Domenech et maintenant le "pchitt" de l'affaire des quotas. J'aurais bien été tenté de vous renvoyer vers mon sport favori, le rugby, dont les vertus uniques sont décrites dans mon premier billet sur Michel Serres et le contrat guerrier. Or depuis "l'affaire" Chabal, je crois que la FFR comme la FFF et nos média devraient se mettre à la lecture urgente de l'excellent Manuel du lâcher prise de Paul-Henri Pion.

Ces techniques discrètes d'intermédiation efficace sont donc devenues une nécessité.

jeudi 14 avril 2011

Al Seckel: des manipulations, aussi pour le plaisir

Al Seckel est un neurobiologiste qui nous amuse ici avec quelques créations originales. Je vous recommande son dernier livre: La grande illusion d'optique
N'hésitez pas à agrandir l'image de la vidéo en cliquant dans le coin en haut à droite. Voici la vidéo de TED:

Pourquoi cette vidéo ?
Pour ceux qui s'intéressent à TED, elle rappelle qu'une conférence TED intègre aussi du travail de création et des présentations artistiques.
En quoi ce travail nous concerne-t-il ?
Sekel est un neurobiologiste, il aurait pu être très sérieux. Cette présentation d'illusions est faite pour divertir. Elle nous rappelle qu'elle n'est possible que parce que notre cerveau est "mal" câblé sinon, le truc n'opèrerait pas. Vu d'un point de vue plus pratique, elle nous rappelle que nous pouvons être en permanence victimes de manipulations. G Soros nous explique que, pour lui, les bulles financières résultent d'erreurs de perceptions multipliées et amplifiées. Laurie Santos nous présente des expériences qui prouvent que notre cerveau de primate déforme structurellement la perception du risque ou du gain potentiel. Barry Schwarz et Dan Gilbert nous démontrent que notre perception du bonheur est également biaisée.
Pas de leçon pratique aujourd'hui, juste un petit rappel, notre esprit rationnel ne peut pas tout, et comme le montre ici Al Seckel, c'est peut-être aussi une chance. Pour finir, je vous re-livre l'une de mes citations favorites, elle est de Jacques Prévert:
"Le monde mental ment monumentalement"