mardi 8 octobre 2013

Le micro-crédit a le vent en poupe

Babyloan a fêté ses 5 ans le 2 octobre,  à l'espace au Comptoir Général, quai de Jemmapes dans le Xème à Paris, j'y étais. Le concept prend racine, la start up s'étoffe et l'on apprend que le micro-crédit va être facilité.

La croissance d'une start up solidaire

A l'occasion de TEDxLaDéfense, je vous présentais cette plateforme et son dirigeant il y a maintenant 15 mois. Comme le montre l'évolution du bandeau de son site ci-dessous entre ces deux dates, la croissance relative de cette activité est significative:


En cinq ans, ce site s'est imposé comme le n°2 mondial du domaine dans le monde. Certes, les montants sont encore faibles en valeur absolue mais les banques traditionnelles s'y positionnent. On sent qu'au delà des critiques pessimistes sur les méfaits de la finance mondiale dont nous nous sommes faits l'écho dans ce blog, il s'agit bien d'une piste de financement de l'économie dite solidaire qui s'impose peu à peu dans les esprits. La goutte d'eau fait une petite flaque et c'est heureux car pour moi l'économie solidaire n'est autre qu'une forme émergente de l'économie tout court.

Je vous avais dit que j'avais moi-même décidé de faire un prêt pour voir. Le projet que j'avais choisi était celui d'une jeune maman palestinienne éleveuse de lapins, il était proposé par une ONG locale, IMF. Ce prêt est désormais remboursé à 75%. L'expérience montre aux Babyloaniens que malgré les risques présentés par la plateforme, eh bien, ces prêts sont remboursés dans une très forte proportion. Cela permet au prêteur de récupérer son argent moins les frais initiaux versés à la plateforme ou de prêter à nouveau à un autre projet. C'est ce qu'ils choisissent la plupart du temps. C'est ce que je ferai.

Babyloan nous a présenté plusieurs entrepreneurs et aussi des collégiennes d'une école participant à un programme scolaire qui associe les classes volontaires au parrainage de certains projets que les élèves choisissent eux-mêmes. 

Les perspectives

Le gouvernement avec qui cette plateforme et d'autres sont en relation serait en train d'assouplir les règles permettant le prêt solidaire c'est-à-dire sans intérêt comme celui que pratique Babyloan mais aussi le prêt de particuliers avec intérêt. Ces mesures, si elles sont votées, permettront sans doute un essor encore plus important de la formule. Les projets financés en France sont déjà une réalité comme nous l'avons constaté avec deux témoignages mais devraient devenir plus communs. Nous avons aussi appris que d'autres pays assouplissent leur législation sur le contrôle des changes, c'est ainsi que le Maroc par exemple s'ouvre désormais et que Babyloan présentera prochainement des projets marocains.

Babyloan prépare de nouveaux projets capitalistiques visant à assurer son développement même si Arnaud Poissonnier, son président, indique qu'elle devrait rester dans le domaine des prêts sans intérêt. Des estimations indiquent que l'ensemble de ce nouveau secteur financier pourrait atteindre un volume d'encours de l'ordre de 6 milliards d'euros d'ici 8 à 10 ans.

En quoi sommes-nous concernés ?

Nous avons évoqué ici et à TEDx le fait que l'humain et le profit pouvaient se conjuguer. Il semble que cet exemple, certes encore tout petit, montre que c'est possible. La meilleure façon que vous auriez de vous en convaincre serait de faire comme moi: essayez. Ce n'est même pas de l'argent perdu !

Peut-être un jour prochain, les PME classiques pourront-elles se financer de cette façon ? Pour que ceci advienne il faudra que beaucoup d'autres choses changent mais enfin, en attendant, je voulais déjà partager cette note d'espoir car elle rejoint le thème d'une autre de nos intervenants de TEDxLaDéfense sur le financement de l'innovation. Il s'agit de Geneviève Bouché, ex-dirigeante de start up et présidente d'un club de Business Angels dont j'ai eu le plaisir de publier le dernier ebook que voici: Des business angels au crowdfunding


9 commentaires:

Anonyme a dit…

Tout n'est pas rose dans le micro-crédit

Ça permet à certains bénéficiaires de gagner leur vie sans être conscients que s'ils ne vendent pas directement de la mort au minimum ils produisent du non-écodéfendable.

Et certains responsables au "grand coeur" y font leur beurre

Didier Chambaretaud a dit…

Jean Marie nous revient ! En fait c'est moi qui n'était plus là, j'écrivais d'autres choses ...

Je vous propose de lire mon premier article sur le micro-crédit: http://didierchambaretaud.blogspot.fr/2010/12/micro-credit-yunus-plutot-que-la-bbc.html

Plus généralement, je vous propose d'être précis. Qui visez-vous ? Babyloan, M. Yunus ou des banques classiques qui disent proposer du micro-crédit ...

D'une manière plus générale, je ne connais rien, sur la terre des hommes, qui soit rose. Montaigne écrivait "tout homme porte en lui la forme entière de l'humaine condition". Donc tout homme peut être un bourreau, tout banquier peut être un escroc et tout offreur de micro crédit faire son beurre au détriment de celui qu'il prétend aider ... Mais encore ?

J'ai ouvert ce blog, cher Jean Marie, parce qu'au quotidien nous nous faisons notre opinion en passant de ceux qui dénoncent à ceux qui encensent. Je fais un peu les deux mais après avoir testé, vérifié, éprouvé et même réfléchi parfois.

Je me rends compte qu'il est possible de rester dans le réel même si la "vraie" vérité reste un horizon indépassable et ce réel n'est généralement ni rose ni noir.
Cela ferait le titre d'un ouvrage ça: "le rose et le noir" Non ?

La question serait donc plutôt, vers quoi, collectivement nous dirigeons-nous de pas rose et de pas noir mais qui serait pourtant un mieux.

Les Jorion et autres vouent la Finance aux flammes de l'enfer avec quelques raisons, mais quoi à la place ? L'autarcie ?

Je vois le micro-crédit comme l'émergence d'une nouvelle finance dotée d'une gouvernance intrinsèquement plus humaine et de mécanismes structurellement plus maîtrisables. Je suis curieux d'en apprendre sur ce qui n'est pas rose dans le micro-crédit et des conclusions que nous devrions en tirer.

jérôme a dit…

Comment une entreprise peut-elle exister en distribuant des crédits gratuits à des clients a priori insolvables ? D'accord, les babyloniens prêtent leur argent gratuitement mais il y a quand même un coût de distribution.
J'ai fini par trouver le rapport annuel 2012 de Babyloan: http://issuu.com/babyloan/docs/rapport_annuel_babyloan_-_2012/42?e=1625906/3427006.
Pour distribuer 2 millions de crédit en 2012, l'entreprise a dépensé 768 000 € sur lesquels les recettes ne représentent que 140 000 €. Depuis qu'elle existe Babyloan a englouti plus de 2 millions d'€ en frais de fonctionnement, la moitié de son encours de crédit actuel. Entre 2011 et 2012, le chiffre d'affaires passe de 90 000 à 140 000 €, essentiellement alimenté par les frais imputés aux babyloniens, mais le déficit augmente aussi de 50 000 €. Cette aventure est possible depuis 10 ans uniquement de par les apports d'actionnaires philanthropes, qui sont d'ailleurs pour une bonne part ceux qui nous prennent notre argent sans scrupule chaque jour (Conseil régional IDF, Crédit Agricole, Crédit Mutuel...). La dernière fois que je suis allé demander 20 000 € de crédit à ma banque elle m'a demandé une garantie équivalente moi qui fais vivre 20 familles ici bas. Elle ne prend manifestement pas toutes ces précautions quand elle doit donner à Babyloan...
Le modèle est ici de convaincre suffisamment de babyloaniens pour qu'ils prêtent leur argent gratuitement avec un risque de non remboursement tout en payant des commissions ! D'une certaine manière tout cela repose sur la bonne conscience que le babyloaniens s'offrent en finançant des projets lointains. Il est tout de même dommage que cet aspect d'équilibre financier soit largement caché dans la communication de Babyloan. Et j'espère seulement pour Babyloan qu'il y aura assez de Babyloaniens pour les amener un jour à la rentabilité.

Didier Chambaretaud a dit…

Je vous rejoins, il manque une idée du modèle complet. Il n'y a aucun mystère sur l'identité des prêteurs ni sur les actionnaires. La question que vous soulevez est donc celle du financement non pas des projets de Babyloan mais du modèle lui-même. Je résumerai votre question en deux points:

1) quel est le seuil de rentabilité en nombre de prêteurs
2) un tel modèle solidaire est-il économiquement plus efficace que le modèle bancaire classique, là il faut bien réfléchir aux critères sur lesquels les comparer ...

Peut-être Arnaud voudra-t-il répondre, je fais passer.

Quoi qu'il en soit, il s'agit d'un pari sur une formule émergente, on verra à l'usage.

Merci de votre intervention.

jérôme a dit…

Dans ce modèle, les prêteurs sont extrêmement faibles puisqu'ils mettent en sachant qu'ils vont perdre au moins un peu, ils n'ont "rien à gagner" et ne veulent même rien gagner du tout. Dans une entreprise qui n'est pas faite pour gagner de l'argent quelle est la logique ? Tout peut-il être justifié, quelles limites ? Tout cela ressemble à une ONG financée sur des commissions.
Je ne me suis pas étendu là-dessus mais dans le bilan de Babyloan, ce sont les dépôts des prêteurs qui équilibrent tout, pour l'instant ça ressemble à une pyramide de Ponzi, au moindre couac la source des prêteurs peut se tarir.
Et votre second point est décisif, une telle structure est-elle la meilleure solution pour aider une palestienne à financer des cages à lapin en Palestine pour quelques centaines d'€ ? Cela paraît bien sympathique mais la procédure ne coûte-elle pas à l'arrivée beaucoup plus cher que le prêt lui-même ? J'avais parlé de mon expérience à l'Adie, prêter 1 € coûte 2 ou 3 € de charges fixes...

Anonyme a dit…

Amusant: j'allais donner comme "contre exemple" précisément l'histoire de cette Palestinienne que je connaissais puisque j'avais refusé de l'aider.

Alors que je suis tout à la fois végétarien et palestinophile actif ...

Effectivement on pense à Ponzi

Ecoutons, cher Didier, ce qui dénoncent et ceux qui encensent et faisons-nous une idée peut-être "moyenne", mais au moins judicieuse.

J'ai prêté de l'argent pour permettre à des veuves de s'acheter à crédit une vache au Burkina Faso qui m'est cher. J'ai rien perdu.

Mais le lait est une vacherie; il est mauvais pour la santé, comme ses sous-produits que j'ai beaucoup aimés et aime encore tout en m'en abstenant au maximum.

Je viens de dire une énormité .... seulement pour celles et ceux qui ne se sont pas instruits sur la question.

Les autres savent que les médecins et autres journalistes d'investigations que j'ai cru ont raison

Beaucoup de gens actifs sympa ont peu le temps de lire , ça explique bien des erreurs de jugement

Jean-Marie

Didier Chambaretaud a dit…

Voilà que Jérôme ET Jean Marie me parlent de ponzi.

Il faudra faire un article sur ce point. Je suis vigilant sur les ponzis. Madoff en avait monté un célèbre et arnaqué pas mal de gens ainsi. En très bref, il s'agit de payer les anciens investisseurs avec l'argent des nouveaux.

A vrai dire, je ne suis absolument as entré dans la gestion de Babyloan (et à quel titre ?)car il ne faut pas confondre prêteur et actionnaire. J'en reparlerai quand cela sera d'actualité.

Je ne crois pas que l'on puisse parler ici de ponzi. Le prêteur paye une commission et confie son argent via Babyloan à une ONG. Celle-ci le remet au prêteur de projet qui rembourse. La question est peut-être "comment l'ONG locale paie-t-elle ses frais de fonctionnement ?" Je ne sais pas.

Ce que nous dit Babyloan, c'est que le remboursement provient du porteur de projet. Dans ce cas, il n'y aucun lien avec l'arrivée ou non de nouveaux prêteurs.

Concernant le lait, Jean Marie, je suis d'accord avec vous. Certains de nos enfants ayant été intolérant au lait, nous n'en consommons presque pas dans la famille ... Pour autant, je crois personnellement, qu'il ne faut pas tout mettre dans tout. Moi aussi je mange de moins en moins de viande ... mais il importe d'essayer et d'observer sans multiplier les contraintes.

Je serais très étonné qu'Arnaud finisse comme Madoff. Et cela me chagrinerait car si je ne connaissais pas le second nommé, je connais et apprécie le premier !

Considérons au moins que si Babyloan n'existait pas, nous ne serions pas en train de réfléchir à ses mérites réels ou supposés. C'est déjà un meilleur début que de se contenter des sempiternels constats sur les méfaits (réels) de la finance classique.

Arnaud Poissonnier a dit…

Bonjour à tous,

Je suis Arnaud le fondateur de Babyloan.
J'ai lu avec grand intérêt vos commentaires.
je vais essayer d'y répondre.
Tout d'abord sur le modèle, comme tous les métiers du financement participatif, les marges sont faibles et ces plateformes peinent à trouver l'équilibre financier. Nous allons générer cette année près de 300 000 euros de revenus,en croissance et sur la voie progressive de l'équilibre. Grosso modo, il nous faut doubler de taille pour atteindre l'équilibre. Ce métier coûte cher, les équipes d'audit des projets, de communication, de marketing, les développements d'un site complexe etc..
Le modèle ne repose pas que sur les commissions, mais aussi sur un frais payé par les IMF ainsi que par des revenus de sponsoring en provenance de nos partenaires entreprises. C'est grâce à ce modèle que nous parviendrons à l’équilibre.
Des actionnaires viennent nous soutenir afin de nous permettre d'atteindre l’équilibre. Nous avons 55 actionnaires à ce jour et allons réaliser prochainement une opération d'augmentation de capital ouverte au public, nos babyloaniens pourront devenir actionnaires, avoir accès à la gouvernance etc..ils sont 40% à vouloir devenir actionnaires!

Ponzi. Si nous faisions du ponzi, nous n’aurions pas besoins d'actionnaires pour nous financer, non? Clairement nous travaillons en comptabilité de flux réels , un euro envoyé sur le terrain pour un euro en comptabilité affecté à ce titre,aucun centime prêté par les internautes n'est affecté à autre chose qu'à son prêt sur le terrain. Nous disposons d'un compte de flux pour les prêts et d'un compte pour l'exploitation (dans deux banques différentes) sur lequel l'argent des revenus et des actionnaires viennent financer nos besoins, les deux comptes sont séparés et contrôlés par nos banques actionnaires. Dans notre comptabilité autant que dans la trésorerie du compte de passage nous pouvons reconstituer à l’euro près combien appartient à qui. Désolé de vous décevoir mais pas de ponzi..
j'ai été banquier et je suis diplômé notaire, et je n'ai qu'une obsession, construire un modèle à terme pérenne mais surtout une mécanique parfaitement clean et raccord avec la lois, ce n'est pas un hasard si au lancement de babyloan, nous sommes allés chercher les accords de l'AMF et de la banque de France pour être surs de faire les choses dans les règles de l'art, toutes les plateformes de crowdfunding ne peuvent pas en faire autant... Mieux, nous sommes actuellement contributeurs à la rédaction du projet de lois sur le financement participatif et nous sommes les premiers à réclamer l’édiction d'une statut d’établissement de financement participatif structuré et contrôlé par l'ACP. Ce métier émergeant que nous développons, grossit très vite, tant en cumul de collecte qu'en nombre de sites nouveaux, il nous parait essentiel qu'une réglementation de contrôle soit mise en place afin de parer aux risques que vous évoquez.
Je pourrais détailler pendant des heures notre façon de travailler, les processus mis en place pour contrôler par exemple aussi les risques de blanchiment etc... et très franchement je me tiens à votre entière disposition pour tout vous expliquez tout en détail. N'hésitez pas si vous le souhaitez à me joindre, mon tel 06 03 96 21 64 j'aurai plaisir à vous offrir une bière et répondre à la moindre de vos questions, vraiment.
Notre métier est passionnant et lorsque je me rend sut le terrain et que je suis reçu par des micro entrepreneurs financés par les babyloaniens, qui nous reçoivent ,sourire jusqu'aux oreilles, droits dans leurs botes, si fiers de montrer qu'ils peuvent s'en sortir par eux-même et qui me remercient toutes les trois minutes, je me dis qu'au moins je sais pourquoi je me lève tous les matin, vraiment!!
merci de vos commentaires, les questions sont faites pour être répondues.
Arnaud

Didier Chambaretaud a dit…

Re-bonjour à tous,

Je reprends ce fil pour remercier Arnaud.
Je crois que comme il le montre , son entreprise est encore en devenir ce qui explique, Jérôme, qu'elle ne puisse être à l'équilibre. Je crois pour ma part qu'il est établi qu'il ne s'agit pas d'un "Ponzi".
J'allais ajouter qu'à l'inverse, le système bancaire classique, considéré dans son ensemble, est lui en revanche menacé d'implosion car il est dépendant structurellement d'une croissance soutenue et indéfinie pour se maintenir durablement d'où les bulles et les crises périodiques. Mais les choses sont trop disproportionnées pour être valablement comparées.
Quoi qu'il en soit, il est important qu'un autre mode de financement puisse exister et nous continuerons ici à suivre l'évolution de Babyloan et celle d'Arnaud.