Affichage des articles dont le libellé est Partage des idées. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Partage des idées. Afficher tous les articles

vendredi 8 avril 2016

Le Dire et Faire de la prise de parole

Ca y est, j'ouvre un autre blog "Le Dire et le Faire" sur Word Press cette fois. Celui-ci va continuer sur blogger avec des articles généraux alors que le nouveau blog est dédié à la prise de parole et à TEDx. 

Pour l'inaugurer voici donc un article suite à un événement auquel j'ai assisté comme simple spectateur mais qui m'a conduit à faire quelques réflexions que je partage:


http://www.ledireetlefaire.fr/incarner-le-message-selon-le-contexte/

Bonne lecture et n'hésitez pas à y laisser un commentaire.


dimanche 4 octobre 2015

Neuf mois déjà !

Neuf mois que ce blog était resté muet ! Voici un petit billet pour le relancer sous l'angle suivant: oser contredire ce que nous aimons bien croire ou ce que nous croyons bien d'aimer !

D'autres écrits ...

Un livre va sortir le mois prochain chez Eyrolles sur la prise de parole sous l'angle de TED/TEDx. Le
Dire et le Faire, ce blog-ci n'en rendra pas compte car un autre blog, spécialisé, le fera et traitera par la suite de TED et de prise de parole, je donnerai le lien en temps utiles.
A TEDxIESEGParis 2014

Ce blog-ci était parti de la nécessité que je ressentais de Dire (partager) des réflexions, des faits, des opinions en vrac étant convaincu que ce partage tous azimuts était utile pour "Faire". En tous cas, ce Dire-là m'a conduit à Faire d'autres choses et du coup je n'ai plus autant de temps à lui consacrer. 

Alors, j'ai décidé de poursuivre l'expérience mais sous un angle plus précis et moins fréquemment qu'avant car je n'ai, comme nous tous, qu'un temps compté. ...

Ca va gratter ...

Mes derniers articles ont pu être contrariants pour certains lorsque j'allais contre le "pas d'amalgame surtout", slogan qui cache les véritables difficultés de l'Islam en France et en Europe et de  l'immigration ... Idem lorsque j'ai parlé des difficultés de la société STVI face à une haute administration incompétente, corrompue et hors contrôle. Sujets tabous.

Je ne creuserai pas spécialement le thème de l'Islam. J'aborderai divers thèmes qui font le buzz (ou pas) autour de personnalités le plus souvent controversées et dont le travail est étiqueté, dévoyé,  détourné, mis à l'index ... et donc ignoré dans ce qu'il a d'utile de mon point de vue.

J'évoquerai aussi des ouvrages ou des recherches moins connues qui révèlent des impostures ou qui détruisent des tabous. Ils ont tous en commun d'aller contre diverses doxas académiques, économiques, médiatiques et politiques.

Je voudrais donner mon petit échos piquant à cet heureux désir de remise en cause franche qui pointe un peu partout (les anciens grecs parlaient de "parésia") alors qu'il n'inspire que de stériles polémiques dans la presse moralisatrice de gauche et de droite ou il est de bon ton souvent d'être "positif" et "politiquement correct". Je dirai donc du bien de certains dont il est bien de dire du mal !

Choisir les histoires que l'on se raconte

Il y a en effet dans nos têtes de nombreuses histoires véhiculées par notre éducation, notre enseignement, nos directions, nos gouvernants et nos médias y compris et beaucoup sur le net. Or notre cerveau aime les histoires, ma recherche à l'occasion de mon dernier livre autour de TED me l'a montré... Et il est tellement facile de se raconter des histoires qu'il m'apparaît essentiel d'apprendre à identifier les croyances qui en découlent et qui finissent par nous déposséder de l'envie ou de la capacité à choisir et à Faire, seuls ou collectivement.

Certains se font une spécialité de les déboulonner. Si l'on veut bien aller au delà des anathèmes médiatiques à leur sujet, on peut apprendre et progresser grâce à eux sans forcément partager toutes leurs opinions ou leurs outrances. Il en va de même de publications plus confidentielles où là c'est le silence qui est assourdissant !

Intellectuels médiatisés, chercheurs peu connus, entrepreneurs et innovateurs de l'ombre ou de la lumière c'est selon, ces empêcheurs de penser en rond, ces chasseurs de mythes nous aident à retrouver un peu d'indépendance d'esprit. J'évoquerai donc ici ceux qui me semblent crédibles et utiles quand ils contredisent ce que nous aimons bien croire ou ce que nous croyons bien d'aimer !

mardi 9 décembre 2014

La réussite et les contes de fées

Deux ou trois cents ans de contes de fées nous montrent une curieuse et sensible évolution de la notion de réussite que nous enseignons à nos enfants que ce soit au coucher avec un traditionnel livre de contes et que ce soit à travers les "blockbusters" comme ceux tirés du Seigneur des Anneaux et dont les suites sont présentes sur tous les écrans tous les ans pour les fêtes de fin d'année.

C'est ce que j'essaie de dire dans ce lien et dans la vidéo ci après:


 (https://www.youtube.com/watch?v=wb8BDXPJ0gA#t=66)

Au début, le vol et le meurtre comme dans Jack et le haricot magique, étaient légitimes. C'était une morale sous-jacente de survie. Avec la société bourgeoise industrielle, la morale de l'histoire devint plus correcte mais restait égoïste. Aujourd'hui, cette morale traditionnelle ne colle plus. Pourtant, elle est encore à l’œuvre dans tous les livres de développement Personnel d'entrée de gamme comme dans une certaine philosophie du management. 

En effet, le seul endroit structuré et agissant de notre société, l'entreprise, semble requérir une morale nouvelle. Le nouveau héros contemporain, l'entrepreneur, à l'image des hobbits du seigneur des anneaux et à l'inverse de Jack, ne peut plus réussir seul, ni pour lui seul ...

Je développe aussi cette thèse dans un petit ouvrage bilingue sous ma marque "Acatl Editions"que j'avais consacré à "Jack et le haricot magique" qui est l'un des contes les plus connus et les plus repris sur la planète entière (le conte, pas mon ebook pour l'instant !). Vous pouvez trouver cette version spéciale ici.

Je vous engage à "liker" la vidéo ou, si vous n'êtes pas d'accord, à mettre un commentaire ci-dessous.

lundi 13 janvier 2014

La médiation ou la quenelle ?

Voici une reprise personnelle des événements autour de Dieudonné qui illustre le thème du dernier article de ce blog et rappelle qu'il existait et existe ici une autre voie possible.

J'ai déjà décrit ma position sur "l'affaire Dieudonné", pas sur le fond de la querelle/quenelle mais sur la solution générique que j'entrevois en contre-point au conflit. Voyez à ce sujet mon article dans le cercle + des Echos.

Dieudonné Mbala Mbala
L'angle de la médiation et de la négociation:

Comme le sujet "Dieudonné" est abondamment commenté partout et que le fond de cette dispute n'est pas le sujet de ce blog, je n'en dirai rien de plus sauf sur la forme. Ce tapage médiatique a de quoi étonner et c'est plutôt l'absence depuis le début d'une approche plus pragmatique et respectueuse que je voudrais commenter. Car cette absence "contraint" maintenant les plus hautes autorités de l'Etat jusqu'à François Hollande qui appuie son ministre de l'intérieur, à recourir au Conseil d'Etat pour interdire Dieudonné. Je m'intéressais peu au cas Dieudonné mais j'ai été étonné par ce vacarme comme sans doute beaucoup d'entre vous. Voici quelques liens qui illustrent sans le résumer, le fond de l'histoire:

Il y a tout d'abord cette longue vidéo d'une heure dix par le "regard dissident" qui est  pro-Dieudonné avec toutefois, m'a-t-il semblé, un vrai travail de reconstitution des événements chronologiques et qui donne des précisions troublantes avec des tas d'images publiques d'archives qui ne sont pas contestables.

Voici deux extraits sonores très partiels "volés" par des journalistes du Point sur le fameux spectacle interdit. On comprend que cela puisse choquer en plus ce n'est pas drôle.

Voici en outre la vidéo d'un sketch tout récent d'Elie Sémoun, l'ancien compère de Dieudonné,  dont je parle dans mon article du cercle des Echos car je trouve qu'elle appelle bien, à sa façon, à revenir à une plus juste mesure, préalable selon moi à la démarche que je suggère.

Et enfin, je vous conseille ce livre d'entretiens croisés entre Bruno Gaccio, co-créateur des Guignols et Dieudonné: Peut-on tout dire?. Pour la petite histoire, j'ai lu ce livre dans le hall d'un Palais de Justice où j'attendais une audience d'un procès minuscule (et qui n'a rien à voir avec le thème de cette bagarre) où l'on me faisait l'honneur d'être convié en qualité d'accusé dans une histoire dont je suis sorti gagnant et qui n'était autre qu'un détournement d'attention ... Je l'avais donc lu de l’œil sensibilisé de celui que l'on accuse et que l'on calomnie en même temps ! Mais j'arrête-là pour ne pas que l'on pense que je fais un vilain transfert.

En quoi sommes-nous concernés par tout ce bruit ?

Je voulais juste vous dire que malgré les apparences, cette histoire me rend plutôt optimiste. Voici pourquoi:

1) Je ne crains pas, malgré le recours au Conseil d'Etat, que notre démocratie soit malade. Au contraire, cette histoire pourrait bien remettre les choses à leur place et ramener les gens à leurs véritables priorités.
2) Je ne crois pas que Dieudonné soit l'incarnation du mal ni que nous assistions à une nouvelle montée du nazisme.
3) Je ne crois pas que nos tribunaux normaux soient dépourvus de moyens d'action en cas de dérapages antisémites ou racistes même si l'attitude de Manuel Valls laisse croire le contraire.
4) Je ne crois pas que les représentants associatifs soient tous des agents du Mossad.
5) Il me semble que les médias et les hommes politiques qui ont cru devoir faire étalage de leur "fermeté" dans cette affaire découvriront qu'il n'est plus si simple d'enrôler "l'opinion".
6) J'espère que Dieudonné saura faire bon usage de la prospérité que sa popularité lui a amenée et qu'il paiera ses impôts et ses condamnations !
7) Malgré les excès et la vulgarité, les observateurs attentifs comme le sociologue Michel Wieworka par exemple, ne feront pas l'erreur de mettre tout le monde dans le même sac.
8) Cette triste histoire de quenelles traduit un désespoir et un ras le bol réels qui pour l'instant, malgré les incitations médiatiques, s'expriment de façon non-violente.
9) Dieudonné est plus fin que ce que l'on avait cru, en témoigne sa décision de respecter les décisions du Conseil d'Etat et de changer de spectacle ... peut-être irons-nous finalement dans cette affaire vers une solution de paix comme le dit mon article ?
10) Enfin, ce n'est pas parce que tout a été fait des deux côtés pour que ce conflit soit rendu emblématique et médiatique que nous serons individuellement et collectivement incapables d'en tirer des leçons dans le sens d'une voie pacifique de règlement des conflits.

dimanche 5 janvier 2014

La folie c'est de répéter les mêmes erreurs et espérer des résultats différents

Je vous souhaite une excellente année 2014. Pour cela, voici un petit article juste pour méditer un axe de travail et identifier un écueil possible.

Un aphorisme pour inspirer le changement

" La folie c'est de répéter les mêmes erreurs en espérant des résultats différents " est ma traduction de l'original américain qui dit ceci: " Insanity is repeating the same mistakes and expecting different results".

J'aime bien cette phrase. Je l'ai trouvée, je crois, au début dans mes discussions avec Paul-Henri Pion. Il se référait alors au fait qu'il importe de mettre en place des stratégies parfois étonnantes pour aider les individus qui en souffrent à sortir de certains blocages psychologiques. Depuis, je l'ai eue en mémoire de nombreuses fois en conseillant des entreprises, en travaillant sur nos TEDx et en commentant l'apathie de notre société et l'incapacité de nos représentants à la faire changer.  Je l'ai rencontrée très souvent en lisant des livres ou des articles consacrés au Développement Personnel, au Management du Changement ... 

Et c'est bien normal car cette formule est là pour suggérer le changement. A certains moments, ce peut être un changement de rupture, complet, brutal et radical. Le plus souvent, il faudra s'appuyer sur ses erreurs pour persévérer dans son action mais en changeant certains paramètres pour trouver de nouvelles solutions et ainsi innover de façon fluide.

Ce sujet me passionne car justifier le blocage, le nier ou l'ignorer conduit à l'échec progressif et souvent, tardivement, à subir le soubresaut violent.
La force des habitudes

Le sujet me passionne tellement que j'ai fini par me demander d'où venaient ces mots que je répétais comme d'autres, consultants, psys, auteurs, marketeurs ... sans savoir. La formule est bien faite mais de qui est-elle ? La réponse massive que vous trouverez si vous la googlisez sera: Einstein bien sûr !

J'ai trouvé cette photo ici . Elle a fait l'objet d'un procès intenté par l'Université Hébraïque de Jérusalem à General Motors qui s'en servait pour promouvoir son dernier SUV. Procès gagné par GM. Oui Einstein est un symbole du génie et donc de l'innovation ... réelle ou suggérée mais il ne semble pas plus être l'auteur de cette formule qu'il n'a posé pour cette photo !

Si l'on recherche en anglais, on tombe sur des variantes qui font précéder la formule ci-dessus de "la définition de ..." et elle est parfois attribuée à Benjamin Franklin ou à Mark Twain mais sans preuve. Selon le site Salon.com il s'agirait d'une phrase souvent servie par les Clinton et beaucoup reprise par les journalistes et acteurs du monde politique américain. En fait, selon The Yale Book of Quotations cette phrase a été repérée pour la première fois dans le roman sentimental Sudden Death publié en 1983 et dont l'action se déroule dans l'univers du tennis féminin.

Et si l'on recherche encore un peu plus loin, il semble que la toute première fois que cette formule ait été évoquée, ce fut pour donner la philosophie d'une association d'inspiration religieuse  "Narcotics Anonymous" dont vous trouverez le texte de 1981 reproduit en intégralité ici. Le lien avec Mark Twain, alcoolique notoire, est possible mais pas du tout attesté ... Le passage suivant qui contient, en dernière ligne,  notre formule se trouve page 25.


En quoi sommes-nous concernés ?

Même lorsque nous voulons inspirer le changement, ce sont d'abord nos habitudes de pensée qui nous font agir. Cette formule reste inspirante et prétendre qu'Einstein en est l'auteur est une erreur, voire une petite imposture pas bien grave. Notez qu'aux USA, les cercles politiques l'attribuent aussi assez fréquemment à B. Franklin. Admettons donc qu'il s'agit d'un "bienveillant" stratagème pour rendre la chose plus crédible. Mais n'en soyons pas victimes !

Pour ceux qui aiment approfondir, on découvrira que la réalité de l'évolution de cette petite phrase est sans doute beaucoup plus belle que son attribution par les communicants à Einstein ou à Franklin. La formule serait donc née dans un obscur manifeste associatif pour drogués. Elle aurait été reprise dans un roman "de mœurs" peut-être lu par Madame ou Monsieur Clinton jamais en mal d'inspiration sur le plan sentimental ... Les journalistes de Washington en auraient fait une belle formule introductive préalable à leurs commentaires des actions politiques...et la planète "pensante" d'en faire une référence incontournable. N'est-ce pas un succès extraordinaire pour le véritable et obscur auteur de cette phrase ?

Restons constructivement critiques et apprenons donc à maîtriser nos sources d'inspiration ! Pour finir, voici une autre citation attribuée à Einstein (Je n'en confirme absolument pas la source !):

"Dieu m'a puni de mon mépris des maîtres à penser en me faisant l'un de leurs !"



lundi 20 mai 2013

Philippe Rambaud à TEDxVaugirard, nourrir le succès futur


Voici une suite de courts articles TEDx: commençons par la réussite en affaires... après la faillite. Philippe Rambaud nous avoue sa faillite et en fait une force pour "rebondir". Comment est-ce possible ?

La quadruple punition:
Philippe nous explique qu'il a découvert qu'un entrepreneur qui échoue vit une quadruple punition. 

  • Il porte tout d'abord sa honte. Sa faillite est indicible car il se sent traître à ses salariés, à ses actionnaires et à ses clients.
  • Il est ruiné: ses économies se sont envolées, il a des dettes, il n'est plus solvable car il est marqué au fer rouge par la banque de France même à titre privé (F. Hollande a promis de remédier à ce problème, nous verrons), enfin il peut même avoir été condamné par le tribunal de commerce ... 
  • Il est ostracisé: la société le rejète. Quel que soit son âge, qui irait embaucher un looser ?
  • Enfin, il est heureux s'il a encore une famille.

Allez donc rebondir après. Et pourtant, c'est ce qu'a faite Philippe grâce à ses clients, sa femme et sa thérapeute. Conscient que très nombreux sont ceux qui n'ont pas cette chance, Philippe a, en plus avec son épouse et sa cousine Catherine, ancienne chef d'entreprise et avocat, monté une association qui les y aide: 60000 rebonds. Je vous propose ci-après la vidéo de Philippe à TEDxVaugirardRoad l'an passé:



En quoi sommes-nous concernés ?
Ils sont 60000 à faire faillite chaque année (en fait plutôt 50000 car il y a aussi des arrêts volontaires ...). Philippe nous dit trois choses simples:
  • A raison de 5 emplois par structure, cela fait 250000 emplois par an.
  • Si l'on s'attachait à ces entrepreneurs qui ont démystifié la création d'entreprise, quitte à y avoir tout perdu, on aurait-là un vivier compétent et motivé pour ré-entreprendre et "sortir du cadre.
  • Attention, nous avons ici, en France, un handicap structurel très fort: la failli est un looser donc un paria or ceci n'est pas vrai dans des pays plus dynamiques comme les USA. Se planter c'est une occasion de réussir encore mieux après !

J'ai rencontré Philippe dans ce TEDx une semaine avant notre TEDxLaDéfense. J'ai voulu mieux connaître Philippe et apprécié son action dont je sais qu'avec l'aide du cabinet Ernst and Young, elle a décollé dans la région de Bordeaux. Le chemin sera long pour changer de mentalité tout en affrontant les réalités entrepreneuriales en face. A n'en pas douter, Philippe est de ceux qui "positivent" et qui savent ce que cela veut dire.

Pour finir, je veux adresser un coup de chapeau à Stéphane Roger qui organise de nouveau mais à Bobino, le jeudi 13 Juin au soir, cet excellent http://www.tedxvaugirardroad.com/. Le prochain article vous en dira plus sur la "saison" des TEDx parisiens en juin.

mercredi 3 avril 2013

Augustine Fouillée: une morale laïque, clé d'une mutation française

Sous la marque Acatl Editions, je viens de rééditer un ouvrage ancien et d'actualité puisque notre gouvernement se propose de ré-instituer l'enseignement de la Morale à l'école. Sans entrer dans un débat politicien, regardons comment et pourquoi cela a fonctionné avec nos arrières grands-parents notamment grâce à cet ouvrage exceptionnel et oublié.

Qu'est-ce que ce livre ?
Il s’agit de la réédition vraiment unique d’un texte original présenté avec le souci de le situer dans son contexte, de présenter ses enjeux et son auteur pour comprendre en quoi il peut encore nous aider à notre époque.

Ce livre de cours moyen est passé entre les mains de plus de quatre générations d’écoliers entre 1877 et 1950 et a été publié à plus de 8,4 millions d’exemplaires. Les historiens et les sociologues en font l’un des piliers de notre société, comparable au drapeau tricolore, à la Marseillaise …

Et pourtant, l’avez-vous seulement jamais feuilleté ? Vous auriez pourtant pu, comme moi, le trouver dans le grenier de vos grands parents …mais la vérité c’est que nous l’avons oublié alors qu’il pourrait encore aujourd’hui enrichir notre regard sur nous-mêmes … Conçu et écrit en un temps où les certitudes morales et sociales qui allaient cimenter la France n’était pas encore établies, ce livre, que vous le lisiez dans le détail ou que vous le survoliez, peut vous surprendre et vous apporter plus que vous ne le pensez.

De quoi parle-t-il ?
  • pourquoi il a été nommé le « petit livre rouge de la République », juste au moment où l’apprentissage de la Morale laïque redevient un projet gouvernemental.
  • que la Morale laïque et celle enseignée à l'école libre ne différaient en fait que sur des détails.
  • le trésor d’astuces que son message patriotique a nécessité en son temps.
  • la femme derrière le pseudonyme G. Bruno et comment elle a fait le lien entre le contexte académique le plus relevé de son temps et la simplicité de son public d’enfants.
  • en quoi le secret sur son identité était une nécessité.
  • des innovations pédagogiques: « Story Telling » et illustrations (plus de 236 illustrations originales dont quelques inédites sont proposées dans ce livre).
  • des remarques et réflexions de chercheurs et philosophes à propos d’un ouvrage dont la simplicité apparente ne doit pas faire oublier qu’il est le fruit du travail d’une auteure qui côtoyait les plus grands philosophes et moralistes de son temps.
Rappel d'un contexte
Suite à la défaite de 1870, les dettes de guerre de 5 MM de francs ont été payées en 1873 en mark-or permettant ainsi le départ de l'occupant prussien. Pour cela, l'endettement de la France est passé à 25% du PIB, partant de rien. La France avait perdu 4% de sa population et son honneur. On vivait 40 ans en moyenne et la natalité était bien plus faible que dans l'Empire Allemand. Sous la Commune, on avait mangé du rat à Paris. La défaite avait révélé que nos cartes d'Etat Major n'était pas à jour, que nos soldats bretons, alsaciens ou occitans ne parlaient pas français... Que notre industrie était en retard. La Nation France paraissait bien affaiblie. Par bien des côtés, les historiens montrent que cet effondrement avait des causes structurelles liés à l'Instruction et à la Morale. Et il fallait reconquérir l'Alsace et la Lorraine ... mais pas tout de suite.

Il fallait d'abord remettre tout un peuple au travail, l'instruire et "motiver" une population divisée  par les querelles religieuses, les luttes sociales et les conséquences politiques de l'épuration de la Commune de Paris. Qu'a-t-on fait ? Je vais encore résumer abusivement. On a repris le drapeau Bleu-Blanc-Rouge, remis la capitale à Paris, adopté la Marseillaise, rendue l'enseignement public, gratuit et obligatoire. Avec cela et malgré une grave crise économique (indirectement causée par l'afflux des marks-or français en Autriche-Hongrie) et son énorme retard industriel et social, un peuple s'est remis en marche avec en tête l'idée de nation. Et ce petit livre de MORALE y est pour quelque chose !
Stop, ne portez pas trop vite de jugement bien/mal, pour/contre, droite/gauche. Oui, je sais que cette Morale était bourgeoise, conformiste, nationaliste et même raciste. Soit. Observez simplement techniquement ce qui s'est passé en deux générations.  Mona Ozouf dans Les Lieux de mémoire, tome 1 : Les France : Conflits et partages et d'autres sociologues présentent ce petit livre de nos arrières grands parents comme l'un des piliers du changement opéré, ce n'est pas pour rien.

En quoi sommes-nous concernés ?
Qu'en est-il aujourd'hui, peut-on comparer ? A 90% du PIB, la dette actuelle est en voie d'augmentation et non de résorption. Là, c'est pire qu'au début de la troisième république. Pour le reste, les choses ne se comparent pas même si l'on peut voir dans le lent mais constant déclin de notre compétitivité les prémisses de la défaite non pas militaire mais économique que nous vivons d'ailleurs déjà dans nos têtes comme chez Arcelor-Mittal. 

Si l'on veut bien ne pas se focaliser sur les différences de morale qui nous choqueraient aujourd'hui, ce livre présente un travail pédagogique de modelage des consciences. Mon propos n'est pas de disserter sur le bien fondé ou non de ce modelage, nécessaire préparation de l'opinion pour les uns, enfumage aliénant pour les autres. Mon propos est de montrer que nous vivons une époque  immédiatement moins dure mais plus complexe que celle de 1871-1918 et qui demandera d'autant plus d'énergie, d'intelligence et d'esprit de suite pour que s'opère la nécessaire mutation. Ce livre ne propose aucune solution pour aujourd'hui, il permet de réaliser comment s'est fait un changement profond des consciences dans un autre contexte.

Un travail sur la Morale en profondeur est donc sans doute nécessaire pas seulement dans le but de satisfaire les militants ou d'avoir enfin des ministres intègres mais plutôt dans celui de refonder ce qui fait l'identité et le sens d'une collectivité nationale. N. Sarkozy ne sut jamais inspirer le chantier sur l'Identité, souhaitons meilleure chance à F. Hollande qui a osé se saisir d'un mot tabou (morale) et d'un sujet difficile.

dimanche 17 février 2013

Loi de Godwin, vers des relations humaines tolérantes et fermes

Mike Godwin, source wikimedia
Connaissez-vous la loi de Godwin ? J'ai découvert cette loi tout récemment. En voici une illustration personnelle qui ouvre aussi une opportunité.

Une petite tentative de manipulation ordinaire vécue

La semaine dernière, un inconnu m'aborde sur un réseau social (LinkedIn) pour me faire participer à une réunion. Les détails des multiples messages dont il me bombarde ensuite ne cadrent pas. Le stratagème habituel que vous connaissez peut-être sous le nom de "pied dans la porte" (expression commune appliquée au domaine commercial et qu'ont approfondie les psychologues sociaux Joules et Beauvois, voir: Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens) est évident. Je creuse un peu avec l'idée de décliner le rendez-vous. Je reçois en retour des bordées de messages injurieux et menaçants et finalement, je me retrouve traité d'ignorant intolérant et raciste et à deux reprises assimilé, entre autres, à un "nazi". Stop, ça y est j'ai décroché la timbale !

La loi de Godwin

Juste un mauvais plaisant à oublier bien vite pensez-vous comme plusieurs de mes amis (mais qu'allais-je donc faire dans cette galère !). Sans doute. Pourtant, je voudrais maintenant partager la petite découverte que j'ai faite grâce à ce fâcheux. Cette injure, "nazi", nous la rencontrons dans certains mauvais débats et bien plus encore sur les forums internet. Mike Godwin, administrateur de la fondation wikimedia, en a tiré une loi. Celle-ci dit que, dans les échanges internet, plus ceux-ci durent, plus la probabilité est forte que celui des deux qui se trouve impuissant à faire valoir son point de vue traite l'autre de "nazi".  En voici un résumé illustré:


Ouf, je ne suis donc pas seul au monde ! Et cela a dû vous arriver aussi. C'est trivial, il suffit de ne pas répondre, pourquoi s'en soucier ainsi ?

En quoi sommes-nous concernés par la loi de Godwin, au delà du spam ?   

Source: goodreads.com
La loi de Godwin me rappelle cette citation d'Asimov (auteur de romans de Science Fiction, de entre autres, Le cycle de Fondation, I : Fondation , "I Robot"... photo à gauche):

"la violence est le dernier refuge de l'incompétence". 

Le plus intolérant, rencontrant son incapacité à communiquer, veut faire taire l'autre par l'exercice d'un pouvoir de coercition quelconque: la force, l'autorité ou ... au nom-même de la tolérance, de la démocratie et du droit. Sur le net, à la télé, en classe, au bureau, en famille ... très classique !

L'intéressant, c'est que le phénomène est rendu plus aisé à observer par la facilité à entrer en contact que permet le net et par le sentiment d'impunité qu'il procure. Dans la "vraie" vie au contraire, la présence physique est un rappel subtil que la violence physique sous-jacente peut éclater à tout moment ce qui plaide le plus souvent heureusement, en société, pour la politesse et la modération.  Du coup, diverses couches d'insincérité nous masquent le phénomène.

Apprendre !

Il importe de se prémunir des fâcheux et des escrocs du net en filtrant les messages entrants et en coupant court quand le filtre est franchi. Bien sûr. Or, il ne s'agit pas seulement d'une violence nouvelle et bénigne à classer dans les inconvénients des nouvelles technologies. Et s'il s'agissait d'une expression simplement désinhibée par le net, d'un fonctionnement humain naturel ? L'écart entre cette violence-là et les autres, ne serait pas une question de nature mais de degré !

Nous pouvons décider de nous en isoler. Nous pouvons aussi choisir de voir cette évolution comme une opportunité d'observation privilégiée et gratuite nous permettant de développer des comportements réellement tolérants ET fermes. (Nous verrons lesquels au prochain article).

samedi 26 janvier 2013

Petites et grandes lumières

Voici une courte réflexion sur le bien-fondé des types d'action visant au changement. Faut-il attendre un soleil global qui illuminera les individus ou parier sur la multitude des petites lumières individuelles qui peuvent peu à peu éclairer le monde ?

Cette discussion a été au cœur des échanges qui ont eu lieu cette semaine entre quelques participants et organisateurs des ateliers de la mutation auxquels je me suis joint. Vous savez que c'est aussi le thème de TED.

Où est la gêne ?

A choisir d'attendre que le global change pour s'adapter, on risque d'attendre longtemps et on risque d'être déphasé le moment venu. A faire tout seul dans son coin, on peut allumer une petite lumière qui se propagera certes ... à moins qu'elle soit soufflée par le grand vent des événements  ... Sans parler des risques de récupération au passage. J'ai raconté aux autres participants comment l'une de mes micro-initiatives récentes pour consommer et polluer moins en voiture avait été ridiculisée dans un reportage passé sur M6. Je vous annonce d'ailleurs que je vais donner une suite à cette affaire en communicant avec un blog spécialisé à créer !

Une petite lumière qui paie

En attendant, voici ci-dessous la deuxième preuve de paiement de Babyloan suite à mon micro-prêt à Samaher qui voulait construire des cages à lapins en Palestine:

Je ne ferai pas un article à chaque fois mais j'insiste pour illustrer ce que peut être une petite lumière individuelle qui, en plus, est payée de retour, mais il y a plus.

Allumons des phares

Je crois qu'il ne suffit pas d'agir dans son coin ET je crois à l'efficacité de l'entreprise comme moyen non seulement de vivre mais aussi de changer le monde. Je crois que c'est dans et avec l'entreprise que, passé le temps de l'expérimentation, les choses peuvent changer en vraie grandeur. C'était tout le sens de notre TEDx. Et pour poursuivre avec Babyloan, disons que c'est ainsi que s'est créée cette entreprise: pour que les petites lumières allument une grande balise. Et c'est en train de prendre. A ce sujet, je reprends la réponse que Laure de Babyloan à faite à mon précédent article sur le sujet pour préciser le modèle économique de son site :

"Pour répondre à votre première question et comme le dit Didier, les projets présentés sur le site sont ceux qui sont en recherche de financement. Nous en proposons en moyenne 90 chaque jour et ils mettent à peu près 10 jours à être financés. Les sommes sont effectivement faibles : le montant moyen d’un projet sur le site est de 400 €. Pour les projets en France que nous proposons via nos partenaires français : l’ADIE et CréaSol, le montant moyen du projet est plus élevé (3000€) et du coup le temps de financement est un peu plus long (30 jours).
En ce qui concerne notre modèle économique, nous avons plusieurs sources de revenus :
- 100% de la somme que vous allez prêter est bien envoyée sur le terrain, et nous vous demandons donc une participation complémentaire afin de couvrir une partie des frais de transfert d’argent, de taxes, de paiement sécurisé ou de fonctionnement de Babyloan
- Les IMF partenaires sur le terrain payent également un frais d’accès à la plateforme (faible vs le coût global de leur ressource normalement – une de nos missions sociales étant de permettre le financement du microcrédit à moindre coût via le grand public)
- Un flux de trésorerie via le placement des tirelires dormantes (quasi inexistant aujourd’hui)
- Quelques revenus provenant de nos activités auprès des entreprises (défi solidaire pour financer des projets en interne notamment)
- Et l’investissement en capital de nos actionnaires, car Babyloan a déjà levé plus de 2 millions d’euros en 4 ans
Ce modèle est donc nouveau et se base sur la quantité du flux pour pouvoir augmenter les revenus liés à la collecte, ainsi que la montée en puissance de nos activités avec les entreprises. En tant qu’entreprise solidaire, nous avons également un écart des salaires réduit de 1 à 5 entre le plus bas et le plus haut salaire.
Nous croyons fortement qu’il est possible d’avoir une mission sociale tout en étant économiquement viable ; et ainsi de prouver que le social et la solidarité n’est pas réservé aux ONG et associations mais concerne également les entreprises.
Le challenge est grand mais nous connaissons actuellement une croissance de plus 70% de nos activités, et nous espérons donc atteindre l’équilibre d’ici 2015."

Nous sommes doublement concernés

Tout d'abord, nous pouvons allumer nos petites bougies individuelles cela facilite la maturation des idées et permet de passer à un autre stade le moment venu. Ensuite, nous pouvons créer ou contribuer à créer des balises comme nous l'avons fait avec TEDxLaDéfense ou comme l'a fait Christine Marsan avec les ateliers de la mutation. Si vous n'avez pas pu venir en Novembre, voici le livre qui vient de sortir: S’approprier les clés de la mutation : Comprendre, innover, agir autrement. Vous y retrouverez les témoignages de nombreux intervenants parmi lesquels Emmanuel Delannoy et Arnaud Poissonnier (dirigeant de Babyloan) qui étaient aussi à notre TEDx. Et ainsi vous y trouverez de nombreux exemples de phares qui sont en train de s'allumer. L'entreprise Babyloan est un phare qui permet de faire converger nos nombreuses petites lumières individuelles.

Je voulais simplement ici témoigner d'une réponse qui a été la nôtre l'autre soir et qui semble s'imposer comme du bon sens: il faut les deux, les petites et les grandes lumières !

jeudi 17 janvier 2013

Réalisme et Morale de Machiavel à Frédéric II

Voici le deuxième ouvrage édité par Acatl Editions. Il s'agit de deux ouvrages exceptionnels qui ont marqué l’histoire des idées. Ils sont réunis pour la première fois sous une forme inédite présentée en "miroir". Il s'agit du Prince de Machiavel et de son commentaire moralisateur l'Anti-Machiavel par Frédéric de Prusse corrigé par Voltaire.

Le sujet:
Le Prince de Machiavel est de nos jours unanimement reconnu comme un ouvrage politique novateur par son réalisme qui reste une référence pour tout étudiant en Sciences Politiques, Sciences Humaines ou Management. Tout homme de pouvoir ou qui y aspire se doit de l’avoir au moins feuilleté. Et pourtant, le «machiavélisme » reste un jugement de valeur très négatif. Inversement, Frédéric II qui philosopha avec talent avec les meilleurs intellectuels des « Lumières » et qui rejeta Machiavel au nom de la morale fut un très grand roi ... dans une logique très machiavélienne.  Pourquoi cet apparent paradoxe ? 

Le contenu:
Ce volume uniquement disponible sur Amazon en format Kindle pour l'instant propose notamment :
• les textes originaux de ces deux monuments historiques aux portées politiques encore actuelles ;
• un système de renvois « miroir » permettant de suivre le débat chapitre par chapitre tout en gardant le fil de chacun des deux textes ;
• de découvrir le contexte de l’Italie de la Renaissance et celui de l’Europe centrale du XVIIIème siècle qui donnèrent lieu à la création de deux grands états européens ;
• de suivre à 225 ans de distance les destins croisés de deux hommes exceptionnels, le petit diplomate florentin évincé mais passé à la postérité politique et le génie germanique du gouvernement d’un état « moderne » dont l’œuvre est encore très riche d’enseignements ;
• d'observer une opposition totale de styles et de motivations ;
•de vérifier  à quel point l’un a marqué l’autre qui lui a rendu un hommage involontaire par ses actions plus que par ses écrits.

En quoi cela nous concerne-t-il aujourd'hui ? 
Enfin, de telles perspectives qui ne sont pas démodées viendront peut-être éclairer ou enrichir une réflexion sur l’équilibre entre réalisme et morale qui peut être menée aussi bien au niveau de l’Etat qu’au niveau de la gouvernance de l’entreprise voire à un niveau personnel. Il ne vous aura pas échappé le cousinage avec "Humanisme et Profit" dont nous avons largement parlé cet été ...

Comment le commander et comment le lire ?
Il vous faut un compte Amazon. Ensuite, si vous n'avez pas de Kindle, pas de panique, en allant sur le site d'Amazon.fr, vous pouvez télécharger l'application kindle pour PC ici. Si vous avez une tablette ou un Smartphone même chose, l'app kindle est téléchargeable gratuitement.
Ensuite pour commander le livre, c'est ici:

lundi 7 janvier 2013

Ecouter nos peurs

Karen T Walker
Je vous souhaite une excellente année 2013. Et pour bien commencer, je vous propose d'apprendre à écouter nos peurs pour en tirer parti. Avez-vous remarqué que, malgré l'habituelle euphorie médiatique, typique de cette période de l’année, et bien qu’ayant déjà survécus à la fin du monde Maya, nous avons entendu des voeux fortement teintés de prédictions (économiques) catastrophiques ? 

Alors, je vous propose d'écouter cette jeune auteure, Karen Thompson Walker, qui nous raconte dans une conférence TED, une histoire de naufragés, nous propose une comparaison intéressante entre peurs et Story Telling et nous indique une voie simplement ... sensée. Voici la vidéo:


L'histoire vraie des naufragés du baleinier Essex en 1820:

Dessin de l'Essex par un matelot
Après un naufrage au milieu du Pacifique, les survivants d'un baleinier coulé après avoir été éperonné par un cachalot eurent le choix entre un chemin "court" qui risque les conduire à des îles peuplées de cannibales et un chemin plus long vers l'Amérique du Sud qui de façon certaine épuisera leurs réserves de vivres. Leur choix semble être entre mourir mangé ou mourir de faim.  Ils choisirent la seconde option et beaucoup moururent avant d’être secourus par un bateau passant par là et, pour certains, après avoir fait leur propre expérience du cannibalisme…

Le rapport entre peurs et « story telling »

Karen est auteure. Son livre d’anticipation L'âge des miracles connaît un grand succès. Pour elle, les peurs peuvent servir. Ce sont ses peurs d’enfant qui ont inspirée son travail d’écriture. Selon elle, comme le montrent les neurobiologistes, notre cerveau est câblé pour être optimiste. Seulement pour faire face au péril, il faut compenser. La peur tient alors ce rôle en nous faisant nous projeter dans le futur et en nous faisant imaginer ce que nous risquons de devenir si …Surgit ici une comparaison intéressante. La peur serait une sorte d’histoire dont nous sommes l’auteur et le personnage principal. Jusque-là vous suivez ?

Herman Melville
Bon, comme l’a dit Herman Melville qui tira de l’histoire du Essex son célèbre roman « Moby Dick », si les naufragés avait fait le bon choix, la voie la plus courte vers Tahiti, ils auraient tous survécu. Revenons un instant sur leur choix. Ils n’ont pas eu le choix entre des routes (trois dans la réalité) mais entre des représentations mises en scènes par leurs peurs. Et ils ont choisi celle qui présentait la mort la moins repoussante. Et ils ont choisi de mourir ... horriblement en plus. Or il n’y avait pas de cannibales à Tahiti, en tous cas moins que sur les baleinières des rescapés !

La peur, comme l’histoire, nécessite un bon public, à la fois artiste et scientifique. L’artiste veut collaborer au récit et souhaite s’y laisser prendre pendant que le scientifique évalue en même temps la crédibilité et l’intérêt du scénario. Karen nous explique que les survivants ont été de bons artistes et de mauvais scientifiques. In fine, ils ont choisi de s’éloigner de leur pire peur et ont négligé de faire l’analyse de leur choix.

En quoi sommes-nous concernés ?

J’aime bien cette morale qui ne fait ni l’apologie de la béate pensée exclusivement positive, ni celle du déprimant doute systématique. Elle propose une voie de bon sens. La voie du « ET » dont je vous ai souvent parlé. Sachons écouter nos peurs collectives et individuelles pour profiter de la vision d’avenir qu’elles suggèrent ET ajoutons-y la dose de rationalité et de questionnement qui nous fera peser les risques et les opportunités pour choisir la bonne route. L'avenir n’est pas joué, tout peut encore se décider !

Bonne année !

samedi 27 octobre 2012

Chroniques du défaitisme (3 sur 3) : s'adapter plutôt que se suicider

L'adaptation !
Les analogies tiennent lieu de démonstrations dans un article du Monde qui voulait nous convaincre que l'incapacité politique actuelle à recadrer la Finance conduit inéluctablement au suicide collectif. Ceci est la suite et la fin de ma réponse.

Pour reprendre ces mêmes analogies décodées ici, je trouve, à l'inverse, que l’organisme multi-cellulaire (la Société) cherche actuellement le moyen (dans notre cas, ce ne sera sans doute pas la Justice américaine) de se débarrasser des cellules inadaptées (ici les marchés de produits dérivés). Du coup, il existe aussi une sérieuse possibilité que, dans la perspective de Diamond comme dans celle de Toynbee, notre civilisation trouve à s’adapter. Possibilité à encourager au lieu de promouvoir le défaitisme.

Radotages auto-réalisateurs

Je vous propose donc une autre hypothèse. Et si, à coup de raisonnements faussés, certains dépressifs européens, victimes d’un biais de confirmation cognitif (qu'on appelle aussi « radotage » en langage courant)  ne faisaient qu'accueillir de plus en plus de crédules angoissés dans leur hospice blogosphérisé ? Pire encore, la répétition de leurs raisonnements défaitistes n’est-elle pas le renfort qu’ils offrent gratuitement aux privilégiés qu’ils prétendent combattre ?

Une chose est claire, le parti des défaitismes n'est pas là pour proposer des solutions. Les comparaisons analogiques décortiquées dans le précédent article, linéaires, inspirées par des théories politiques d’hier, des phénomènes biologiques incompris (l'apoptose), des thèses historiques tronquées ou dépassées (Diamond, Toynbee) en resteront probablement au constat juste mais impuissant d’un dysfonctionnement particulier qui annoncerait l'apocalypse du tout. Nous sommes-là dans une boucle dogmatique bien connue depuis Karl Popper dans laquelle il ne faut pas entrer pour rester aptes à  relever nos manches. Prenons garde que le constat défaitiste ne soit pas auto-réalisateur.

Entre temps, nous continuons à financer la dette et à des taux très bas ! Le risque est le même and so what ? Oui, la dette enfle et la mer continue de monter également ... Je crois que le débat sur la crise fournit ainsi à certains le moyen de se distinguer un peu. Mais il est maintenant caduque. Il importe maintenant de préparer activement la suite si nous ne voulons pas être automatiquement condamnés comme les Mayas ou les Vikings du Groenland en leur temps.

Plus sérieux et plus positif

Michel Serres
Si vous aimez les érudits aux cheveux blancs, je vous conseille un véritable philosophe qui ne radote pas malgré son âge. Lisez donc plutôt le dernier petit livre de Michel Serres Petite poucette (voir mon  commentaire ici).  Il met en perspective non seulement les actuelles crises systémiques mais aussi les enjeux structurels du développement global et du respect de l'environnement planétaire. Défis fantastiques que la génération des "petites poucettes" a peut être bien, malgré tout, les moyens et l'envie de relever...  pour peu que l'on ne lui sape pas continuellement le moral en laissant se développer comme des frères siamois inversés mais complices les discours "normaux" ou repliés sur l'identité nationale, d'une part, et les discours "alternatifs", défaitistes et faussement érudits, d'autre part. Il faut vraiment du neuf.

Génération "petite poucette"

Comme Michel Serres, j'ai confiance en la génération des "Petites poucettes" aux réflexes nouveaux pour trouver les moyens de recadrer ce qui doit l'être avec des solutions inédites. Tiens, je vous recommande à nouveau le blog d'une "Petite poucette" qui témoigne dans son article du véritable élan entrepreneurial et solidaire qui anime toute une partie de la jeunesse consciente des problèmes et désireuse d'une action positive et réaliste.

lundi 22 octobre 2012

Chroniques du défaitisme (2 sur 3) : les analogies tronquées ne font pas illusion

Thanks to: read here
Comme les solutions systémiques possibles ne sont pas encore décelables, on nous tient dans un article du Monde un raisonnement "analogique" pour nous convaincre que la Finance se suicide et nous entraîne avec elle. L'auteur, Paul Jorion, essaie de le faire en choisissant des métaphores biologiques puis historiques: il nous parle de  « l'apoptose de la cellule » puis cite Diamond et Toynbee et conclue sur les causes suicidaires de la fin des civilisations... Et à la fin de l'envoi, les fidèles subjugués en concluent qu'ils sont … foutus .

Pourtant, sommes-nous si sûrs que comparaison vaut raison ?

La leçon des analogies tronquées 1: l’apoptose

L’apoptose est bien un phénomène de « suicide programmé de la cellule » comme le dit Paul Jorion, mais il faut lire la définition de wikipédia jusqu’au bout, Paul. Je vous ai trouvé un cours de médicine écrit gros qui vous en dit plus sur l’apoptose si wikipedia est écrit en trop petits caractères :

http://facmed.univ-rennes1.fr/resped//s/biochimie/moleculaire/Apoptose2005-1.pdf

L'apoptose c'est aussi cela d'après cet excellent site
Cette destruction programmée de la cellule en réponse à un signal d’agression a donc diverses fonctions évolutives déterminantes. Paul Jorion choisit, pour les besoins de sa « démonstration », de retenir que l’apoptose est un phénomène actif dans les cancers, les pathologies comme Alzheimer et tout simplement dans le vieillissement. Sans doute aussi peut-on dire de façon analogique que certaines parties de notre société ne sont plus adaptées et doivent céder la place …

Cependant, l’apoptose de la cellule est également au cœur de la sculpture de l’embryon (de la séparation des doigts à la disparation de la queue) et est active tout au long de l’existence, également au cœur de la croissance et du développement de l’organisme multi-cellulaire. (Lire aussi ici) En quoi ce phénomène naturel équilibré serait-il emblématique de la mort plutôt que de la vie ? Pourquoi ne retenir qu’une interprétation délibérément négative en tronquant ainsi des faits scientifiques qui n'ont rien à voir avec la régulation des marchés de produits dérivés ?

Ce que suggère l’analogie mal comprise ou mal intentionnée de P. Jorion est le contraire de l’idée qu’il défend. Si notre Société sait déclencher une apoptose, elle survivra en se transformant ! Le fait que, pour l’instant, on ne régule pas les marchés des produits dérivés serait donc plutôt l’inverse d’une apoptose. Cependant, rien ne dit que d’autres adaptations salvatrices ne sont pas déjà en cours de mise en place.

La leçon des analogies tronquées 2:  Jared Diamond
Jared Diamond, un aperçu ici

Voici ce que dit Paul Jorion de Jared Mason Diamond à propos de son livre: Effondrement: Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie ? : « Jared Diamond mentionne parmi les raisons pour lesquelles des civilisations anciennes sont mortes, l’incapacité de leurs élites et de leurs gouvernements à se représenter clairement le processus d’effondrement en cours ou, si elles en ont pris conscience, leur incapacité à le prévenir en raison d’une attitude de défense « court-termiste » de leurs privilèges ».

Pourquoi pas en effet ? Je suis bien d’accord avec le fait que cette affirmation puisse s’appliquer à notre société sous certaines conditions.

Mais pourquoi P. Jorion ne cite-il qu’une partie du travail de Diamond ? En effet, cette citation correspond au constat que fait cet auteur de l’échec des civilisations des vikings du Groenland, des mayas et des Pasquans. Mais pourquoi ne pas aussi citer Jared Diamond quand il signale le succès des Islandais ou des Japonais pourtant affligés de conditions naturelles défavorables ? Ces travaux montrent ce qui se passe quand les élites ne savent pas gérer la situation ET aussi que certaines civilisations ont su s'adapter à des situations précaires.

Quant au lien entre Finance et succès ou échec d'une civilisation, ce n'est vraiment pas le sujet du Pr Diamond, biologiste de formation, évolutionniste de conviction, plus à l'aise avec les chasseurs cueilleurs qu'avec les contrats de "futures" sur les "commodities" ...

La leçon des analogies tronquées 3: Toynbee

Toynbeen en couverture de Time, 1947
Que dire de l'illustre Arnold Joseph Toynbee ? Voici ce qu’en tire Paul Jorion : « Les civilisations ne meurent pas assassinées, a-t-il écrit, elles se suicident ».

Bien court mais pourquoi pas ? La cellule se suiciderait et la civilisation aussi ! Tout ceci aurait l’apparence d'une confirmation académique. Que dit en vérité A J Toynbee ? Il dit quelque chose de beaucoup plus diplomatique que ce que veut comprendre Paul Jorion à savoir : «Quand une civilisation arrive à relever des défis, elle croît. Sinon elle décline. Les civilisations meurent par suicide, non par meurtre» dixit wikipedia. Là encore, Paul Jorion tronque une citation pour ne conserver que ce qui confirme son préjugé.

Toynbee n’est en outre pas si illustre que le dit Paul Jorion. Il a certes  laissé une classification des civilisations qui a servi un temps de référence où le rôle qu'il attribue à la religion a, en outre, été très critiqué. Son oeuvre majeure "A study of History" n'a plus été ré-éditée depuis les années 60, ni en français, ni en anglais.

Dans la réalité et avant ses publications, Toynbee a eu un rôle officiel au Foreign Office. Il a ainsi rencontré Hitler en 1936 puis tenté d'accréditer la thèse selon laquelle les nazis n’avaient de visées expansionnistes que très locales, visées que la Grande Bretagne devait soutenir … thèse qui fut en effet adoptée. Tout le monde peut se tromper, les alliés se sont adaptés !

Peut-être Paul Jorion lui-même se trompe-t-il comme son modèle Toynbee sinon dans son constat du moins dans ses conclusions ? Cela nous laisserait une raison de ne pas passer au Tranxène ni au Python 357 tout de suite. En fait, quand on se donne la peine de remonter le fil des trois "sources" des arguments analogiques défaitistes de Paul Jorion, on se rend compte de leur manque de sérieux. Sa conviction que notre civilisation court à sa perte se fonde sur une réflexion superficielle et tronquée. Cela ne me gène nullement d'ailleurs car jocrisses, tartuffes, millénaristes et illuminés de tous poils ont aussi le droit de s'exprimer. Je pointe seulement ce fait pour rendre plus vigilants ceux qui puisent leurs convictions économiques chez cet auteur.
Quelles preuves ?

Alors, sont-ce là les "preuves" que la Finance se suicide et avec elles notre Civilisation ? La Finance dispose sans nul doute des moyens de se défendre mais que signifient de si faibles démonstrations de la part du Dr Jorion ? Réponse au prochain numéro.

lundi 1 octobre 2012

Du sérieux sans se prendre au sérieux

Il est possible d'être sérieux sans se prendre au sérieux. Après TEDx, il m'est donné d'animer un séminaire sérieux en accueillant toutes sortes de témoins "inspirants" comme ici Eléna Ramos. Je voulais partager avec vous une photo qui me ramène de nombreuses années en arrière:

http://www.elena-contorsionniste.com/liens.php?la=FR
Bravo à Eléna, contortioniste et membre de la grande famille du Cirque qui illustre ici  beaucoup de valeurs...

mardi 11 septembre 2012

Choquer

Toujours Humanisme et Profit mais "au travail", dans l'entreprise. Et de nouveau un article court ... qui risque choquer. Voici l'image:


Ceci est l'affiche du festival de caricatures de Bercq.

Mon précédent article interrogeait sur les "stratagèmes" (et non sur les théorèmes) qui permettent de changer. Ne croyant ni aux grands discours ni aux grands plans (qui deviennent vite des dogmes fossiles), j'essaie de repérer le vrai poil à gratter qui oblige à bouger ...

L'humour noir en est peut-être un ?

Curieuse époque et curieuse société où le mal être au travail peut se traduire ainsi. Cependant c'est un fait et la dérision l'affiche, alors prêtons y attention !

A votre avis, est-ce simplement du mauvais goût ou est-ce finalement assez choquant pour concourir à un changement de perspective salutaire ? Peut-être faut-il faire le voyage de Bercq cet automne ?

dimanche 9 septembre 2012

Déranger

Un article court, comme un flash. Après tous ces articles sur Humanisme et Profit, j'ai un peu de mal à rédiger plus avant sur ce thème. Je me fais le simple relais d'un autre.

J'ai trouvé cette photo dérangeante, et vous ?


Elle est tirée du blog d'un photographe ici: PFrunner.

Tant qu'à faire, voici un extrait de son commentaire:

"Paris Bastille, juin 2005. La scène m’a glacé. Le froid m’a descendu l’échine, en plein été. Le souffle court, j’ai eu envie de me laisser tétanisé par cette vision à quelques mètres... 
... A force, on se “carapace”. Et puis, le temps a passé. J’ai beau remonter le long de sa verticale à elle : son bracelet, ses boucles d’oreille, son chignon, son visage, je me dis que l’on n’est jamais à l’abri d’une inversion des rôles. Car à côté de la verticale qui vient chercher sa subsistance, il y a son horizontale à lui, immobile, sereine. Elle réclame ses billets à la machine, pour compléter son image, un deuxième sac, une paire de chaussures, des boucles d’oreille plus lourdes ? Lui est repu, il n’a pas même eu besoin de terminer son sandwich. Les bras croisés, il attend, avec sérénité."

Le choc des photos ... le besoin de déranger.

Dans mon dernier article, je parlais de changer le changement. Cette photo vous dérange-t-elle ? Moi oui malgré les nombreux reportages sur les SDF ... Celle-ci est banale, j'aurais pu la prendre moi-même ! 

Le changement ne se fait pas que par le raisonnement ni d'ailleurs que par l'émotion. Le premier conduit en général au débat et au statu quo stériles. La seconde conduit à la manipulation des foules chère à Gustave Lebon et à des révolutions sanglantes et au final tout aussi stériles.

Dans la logique de ce que nous disons dans ce blog (le ET), il faudrait jouer sur les deux, trouver le "stratagème" assez dérangeant pour orienter nos actions différemment sans pour autant recourir à la violence incompétente. 

C'est la banalité de ce cliché qui me le rend paradoxalement dérangeant. Et vous ? Qu'en dites-vous ? Quel poil à gratter auriez-vous en réserve pour changer le changement ?


lundi 23 juillet 2012

Isabelle Raugel: humanisme et profits en action dans les pays émergents

Voici par Isabelle Raugel la onzième intervention de TEDxLaDéfense qui traite des nouveaux modèles proposés par les pays émergents. Elle nous donne une vision pragmatique de l'économie inclusive et une piste de réflexion pour nous-mêmes en Occident.

Quel est son angle de vue ?

Consultante et voyageuse dans les pays émergents, Isabelle nous aide à percevoir les nouveaux modèles d'affaires de ces pays non par analogie avec nos modèles existants mais selon leurs propres contraintes et conditions de possibilité. La clef de son intervention est que ces pays sont obligés d'inventer de nouvelles offres, de nouvelles façons de faire des affaires pour intégrer ces 60% de leur population qui détiennent près de la moitié des revenus mais qui restent individuellement très pauvres. Il nous faut comprendre qu'il s'agit d'une nouvelle forme d'intelligence adaptée à une nouvelle forme d'économie qui se nomme parfois économie inclusive ou économie d'accessibilité.

Voici la vidéo:

Résumé:

1) l'intelligence:

Cette économie nouvelle se caractérise tout d'abord par cet esprit de débrouille qui porte un nom spécifique en sanscrit, "Jugaad" qui s'illustre comme ici à gauche avec cette machine à expresso pas chère et qui fait un très bon café de rue.

 Ceci n'est pas qu'anecdotique et se nomme également "frugal engineering", rappelez-vous à quoi ressemblait le premier aéroplane quand il était construit avec des moyens différents de ceux dont nous disposons ... et pourtant, il en est résulté des innovations déterminantes. Cela donne actuellement par exemple la tablette Akash commercialisée entre 35 et 40 $.

2) la reconnaissance de l'utilisateur:

A la différence du marketing des occidentaux qui capitalise à plaisir dans le désir de l'utilisateur, cette approche reconnaît le véritable besoin de l'utilisateur, voici ci-dessous à quoi ressemble un téléphone "low cost" en Inde.
Il n'est pas du tout "allégé" comme on pourrait le croire, il a même des fonctionnalités spéciales, il fait lampe électrique et les batteries tiennent plus longtemps car les villageois n'ont pas l'électricité, il est multilingue car les communautés le sont etc ... un produit low cost n'est pas un produit "basique", c'est un produit pertinent !
3) les nouvelles alliances:
Un autre ressort de ces nouvelles offres permet de mettre en oeuvre des alliances originales dans un écosystème nouveau (voir les chaines de valeur hybrides d'Arnaud Mourot). C'est par exemple le cas des hôpitaux suivants. Seuls 3,5% des besoins chirurgicaux sont couverts en Inde alors que les hôpitaux n'avaient un taux d'occupation que de 38%. Le Dr Devi Shetty (ci-contre à droite) de Bengalore a donc créé un centre de chirurgie cardiaque intégrant un système de micro-assurance distribué par les coopératives agricoles auprès des paysans qui pour 22 centimes peuvent accéder à 1200 opérations. Le volume induit a permis l'amortissement des équipements, la répétition des gestes et donc leur qualité. Le tout a attiré des patients aisés qui subventionnent en retour l'accès aux soins de la masse pauvre.

30000 lits sont prévus dans les 5 ans et cette chaîne vertueuse a pris naissance sans aucune subvention publique. A la place, on trouve dans ces pays: l'audace, un état d'esprit innovant et la capacité à utiliser d'emblée les infrastructures virtuelles du XXI ème siècle.

4) le "cloud":
Ce même médecin a également créé un important réseau de télé-médecine qui s'est affranchi de la connexion par satellite qu'il a remplacée par ... skype ! Toute la chaîne de valeur se trouve transformée par la capacité à utiliser le savoir faire qui se trouve non plus dans l'hôpital mais dans le "cloud". Ainsi se créent des hôpitaux de chirurgie cardiaque "low cost" connectés de 300 lits en 6 mois pour 6 millions de dollars ce qui est extrêmement peu.

En conclusion:
 De nombreux exemples existent qui sont des cas "d'Humanisme et Profits" en action. Notre vision d'une "redistribution humanitaire" d'un "profit sale" doit être changée. Notre référentiel culturel notamment sur l'innovation n'est plus adapté. En outre, toujours plus de fonctionnalités pour des produits chers destinés à un petit nombre est un modèle qui arrive à son terme. Le moteur de l'innovation, à l'instar de ce que font les émergents, sera probablement plutôt le "low cost"en enlevant deux zéros à nos équations !

Jaimé Lerner
Le problème de l'Occident aujourd'hui, c'est qu'il sort de l'ère de l'abondance et continue à vouloir innover comme pendant l'ère d'abondance alors qu'il lui faudrait trouver comme les émergents un nouveau moteur permettant le partage. Selon le mot de Jaimé Lerner, maire de Curitiba au Brésil, ce sont de nouvelles "équations de co-responsabilité" qui va falloir résoudre.

La première étape du changement à venir est donc un changement d'état d'esprit. De nouvelles chaînes de valeurs, de nouvelles équations de co-responsabilté doivent donc être trouvées au sein de notre société telle qu'elle est avec les entreprises et les partenaires de tous ordres pour que nous innovions dans notre mode d'innovation-même ...

En quoi sommes-nous concernés ?

Ce "talk" ne parle pas seulement des émergents. Il parle de nous, de notre vision de l'avenir ou plutôt du passé. D'immenses opportunités existent pour nous car nous disposons d'énormément de ressources et aussi de freins. Isabelle nous le dit, le partage pour des raisons humanitaires c'est une idée d'hier. Le partage, aujourd'hui dans les pays émergents, et très bientôt chez nous est une nécessité économique !

Je crois que c'est une bonne nouvelle pour l'humanisme car la machine économique comme l'entreprise ne sont pas là pour accomplir une oeuvre morale. Elles sont là pour le profit et si le partage est la condition du profit alors de puissants moteurs économiques viendront seconder les aspirations humanistes. Un changement d'état d'esprit reste à faire qui, lui, n'est pas naturelle car on ne passe pas volontairement d'une logique de l'abondance à celle de la rareté ou de la précarité sans abandonner privilèges et avantages acquis....

C'est l'idée intéressante d'innover sur l'acte d'innover. J'ai envie de retenir cette idée pour l'avenir de notre projet TEDxLaDéfense: "changer de changement" afin que nous puissions dans les faits conjuguer "Humanisme ET profits". Pour cela, il va falloir travailler notre état d'esprit.

Lien:

Retrouvez la plateforme co-créée par Isabelle Raugel sur ces sujets: http://www.ebplab.com/