samedi 12 mai 2012

Investir 1: le financement par la foule

La finance participative met en relation porteurs de projets et investisseurs via des plateformes internet. Depuis peu, le "crowdfunding" ou "crowd financing" a (relativement) le vend en poupe. Il concerne aussi bien la recherche de capitaux, l'emprunt et le micro-crédit que le don.

Prenons ce petit film consacré par Frenchweb à Jean-Christophe Capelli, dirigeant de la première plateforme française de financement participatif. Il vous en explique les bases et aussi les vicissitudes:


Vous retrouverez son site ici: Friendsclear.

Comment ça marche ?
  
Je ne résiste au plaisir de vous présenter cette autre vidéo pour répondre à la question (en anglais). Il s'agit de la vidéo d'explication d'une nouvelle plateforme qui intègre une originalité sur la côte de risque de l'emprunteur:


Voici le site en construction de banktothefuture.

Le circuit court de l'argent: la plateforme internet permet de rapprocher les investisseurs et les porteurs de projets. Tous les systèmes financiers peuvent fonctionner ainsi: dons, micro-crédit comme sur Babyloan (je vous présenterai cette plateforme en détails bientôt), crédit comme ici ou même Capital (Equity).
Des projets que les gens comprennent: de l'autre côté, ce sont les entrepreneurs eux-mêmes qui présentent leurs projets. L'investisseur choisit dans la sélection de la plateforme.
Une analyse du risque originale: dans le cas de banktothefuture, il y a une originalité, la côte de risque du projet tient compte du comportement du porteur de projet sur le net, de sa "e-réputation".
(Je complèterai ultérieurement dans un article dédié car tout n'est pas dans tout, il convient d'affiner)

Rapide panorama des "business models":

Il existe plusieurs typologies. Il y a des sites visant prioritairement le financement solidaire comme Babyloan. D'autres sont destinés à des investisseurs qui souhaitent un bon rapport comme dans le cas de Friendsclear.

J'ajouterais bien ici une conviction personnelle ancienne. Il me semble que la frontière est assez ténue entre le capitalisme solidaire et le capitalisme tout court. Il est bon que l'on puisse aider. L'intérêt "altruiste" de celui qui aide trouve un accomplissement. Dans le cas d'un prêt rémunéré, son intérêt financier aussi. Le preneur s'endette raisonnablement pour créer de l'activité en commençant par la sienne et en retire également un intérêt financier. N'est-ce pas le schéma théorique idéal ? Un schéma d'ailleurs plus durable car il n'est pas nécessaire que le prêteur soit préalablement suffisamment riche pour ne pas avoir besoin de se rémunérer. Nous sommes dans ce cas de figure avec le "crowd financing": tout à la fois dans le mutualisme, le capitalisme ET la solidarité. Au passage, rappelons-nous que plusieurs de nos plus grandes banques ont commencé exactement comme cela ! N'est-ce pas finalement un simple retour aux bases facilité par la technologie ?

Il y a des plateformes spécialisées dans des secteurs comme la production musicale (ex: mymajorcompany.com), cinématographique (Tous Coprod) ou photographique ou d'événements théatraux....D'autres sont plus généralistes. certaines sont orientées net-économie d'autres, vers l'économie "réelle".

En France environ 25 plates-formes de crowdfunding ont vu le jour. En voici quelques-unes: Wiseed, Ulule, Kiss Kiss Bank Bank. Depuis 2008, 35.000 internautes ont financé près de 15.000 projets, pour un montant total de l'ordre de six millions d'euros. Le taux d'intérêt brut des prêts classiques est de l'ordre de 5% taxé à 37,5% ...

En quoi sommes-nous concernés ?

Si vous n'avez pas d'argent à placer et pas de projet ... eh bien ça vous concerne aussi, car il n'est pas de fonctionnement économique possible sans financement efficace et nous avons-là peut-être une piste d'avenir ...

1) Il s'agit-là de nouveautés ne comptant encore pour presque rien dans la masse des financements. Pourtant, la chose intéresse les grandes structures comme Renault (Zesto) et le Crédit Mutuel de l'Ouest qui auraient pillé le projet de Friendsclear. Cela intéresse les banques et les pouvoirs publics qui règlementent férocement ... on ne sait jamais peut-être pourrait-il y avoir dans ces start ups des escrocs qui pourraient spolier les épargnants ... quand le système actuel, lui, ne fait courir de risque à personne (sauf à la totalité des contribuables peut-être) !

2) Dans l'économie fortement dépressive dans laquelle nous sommes entrés, ces nouvelles pousses pourraient devenir des auxiliaires précieuses surtout si l'on savait les rapprocher par exemple de territoires à la recherche à la fois de projets et de fonds et où les élus comprendrait que le temps de l'économie administrée ou celui du tout-marché sont peut être remplacé par celui du réseau. Ces plateformes n'ont rien de localisé cependant leur exemple pourrait ouvrir des perspectives à des groupements d'entreprises ayant à coeur de développer leur bassin d'emploi ou une filière par exemple.

3) De telles initiatives de financement peuvent en outre parfaitement se rapprocher des monnaies communautaires déjà évoquées dans des billets précédents. J'ai déjà mentionné que monnaies communautaires et financements directs peuvent être associés comme par exemple dans les favellas de Fortaleza au Brésil. Avec le "Crowdfunding" nous avons un plus qui est la technologie. Il est en effet essentiel de gérer précisément (et bien plus efficacement qu'avec les lourds systèmes bancaires existants) les comptes et les transactions.  La technologie "2.0" (réseau social) permet en outre une mise en relation facile et peu coûteuse. Il peut en résulter pour le porteur de projet un accès plus simple et moins coûteux au financement. Une meilleure et plus rapide analyse du risque permet de mieux rémunérer l'épargnant tout en lui laissant le choix et en le responsabilisant. Elle peut s'associer à une monnaie alternative. L'ensemble peut renforcer les relations d'affaires et les relations tout court entre ses membres au sein d'une communauté comme nous l'avons vu avec le WIR.

4) Enfin, le financement participatif reproduit le fonctionnement bancaire tel que 99,9% des gens pensent qu'il fonctionne. En fait, alors que les banques utilisent en réalité un système de multiplicateur dérivant du système de réserve fractionnelle qui conduit effectivement à de la création monétaire sans contrepartie réelle (dans un rapport moyen théorique de 1 à 9), ces plateformes ne "créent" pas d'argent. L'argent passe directement d'un investisseur à un entrepreneur sans aucun effet multiplicateur. Elles ne contribuent à la dérive financière observée actuellement.

5) C'est peut-être un moyen alternatif de remettre, aussi modestement que ce soit, en question et de façon constructive le "système financier" que l'on rend responsable de tout sans toujours essayer de comprendre les véritables causes des dérives. Un retour à la réalité du lien direct grâce au net ! Une chose est de se plaindre du "complot" des profiteurs financiers (jamais clairement identifiés d'ailleurs), un autre est d'agir concrètement comme le font ces start ups.

Un conseil auquel j'adhère:


                           Mon idée pour 2012: Jean-Christophe Capelli, PDG... par frenchweb

4 commentaires:

Jean-Yves Lestrade a dit…

J’ai du mal à adhérer à cette idée de finance participative qui concerne peu de projets, avec effet de levier très faible, certainement beaucoup d’échecs, sommes prêtées très faibles… L’intérêt pour l’investisseur est peut-être de se donner bonne conscience et l’illusion de faire un acte utile. C'est mieux d'être sociétaire d'une agence bancaire mutualiste (et de trouver le moyen d'être associé aux décisions), ce qui permet être directement ou indirectement impliqué dans les projets d'investissements concrets de son bassin de vie.
Jean-Yves Lestrade

Didmax a dit…

Merci Jean Yves,

Je partage tes premières observations qui me semblent toutes justes.

Ton "c'est mieux" me paraît plus discutable.
Tout d'abord les banques mutualistes n'ont en vérité plus ce caractère participatif véritable qui était à la base de leur création. Il n'est que de voir comment le CIC ou le CA ont constitué des groupes où leurs filiales spécialisées participent hors contrôle de leurs sociétaires à la financiarisation néfaste de l'économie.
Ensuite, ces start up jouent à fond le circuit court et donc offrent aux prêteurs comme au preneurs de meilleures conditions de crédit à plus faible coût, au moins en principe.
Enfin, tu compares la mouche et l'éléphant. Laissons au nouveau modèle le temps de se développer pour challenger l'ancien.

Dire cela n'est pas forcément favoriser une concurrence "ultra-libérale" dont on peut penser qu'elle participe aussi à la détérioration économique observée; dire cela laisse émerger une alternative pouvant aussi jouer la complémentarité entre la mouche et l'éléphant. Des grandes banques comme BNP Paribas et d'autres se sont aussi lancées dans le micro-crédit et le crowdfunding.

Je reposterai sur le sujet quand j'en aurai appris un peu plus.

Merci de ce commentaire.

jérôme a dit…

Le site Friendsclear propose actuellement de prêter d'aider une dame qui loue des machines à laver le linge dans des campings et qui aujourd'hui 'arrive pas à joindre les 2 bouts. Les autres projets présentés ne sont guère plus alléchants. On est plus dans l'aumône il me semble que dans le financement, il s'agit d'une certaine manière d'apporter une garantie financière pour une personne à qui personne ne veut prêter.
Je ne suis pas sûr que cette plate-forme puisse trouver son utilité...
Pour ce qui est de l'opinion de . Lestrade ci-dessus et pour avoir été cadre dirigeant dans une caisse du Crédit Agricole,je peux confirmer que les "caisses locales" de sociétaires ne servent à rien si ce n'est de permettre à des notables locaux de savoir qui emprunte dans leur canton...

Hanashi a dit…

Bonjour à tous,

le monde est bien petit : j'ai vu Jean-Christophe Capelli à la conférence "Sens dessus/dessous : et si j'osais tracer ma propre route ?" organisée par danone.communitites le 24 avril à Paris dans le cadre de son Global Communities Meeting Tour 2012 dont le point d'orgue était la conférence du 15 mai sur laquelle je viens de poster l'article "Le "social business" selon le Professeur Yunus et danone.communities".

Voilà le genre de personnes désintéressées et actives qu'on peut rencontrer à ces évènements.

A bientôt,

Hanashi