lundi 13 janvier 2014

La médiation ou la quenelle ?

Voici une reprise personnelle des événements autour de Dieudonné qui illustre le thème du dernier article de ce blog et rappelle qu'il existait et existe ici une autre voie possible.

J'ai déjà décrit ma position sur "l'affaire Dieudonné", pas sur le fond de la querelle/quenelle mais sur la solution générique que j'entrevois en contre-point au conflit. Voyez à ce sujet mon article dans le cercle + des Echos.

Dieudonné Mbala Mbala
L'angle de la médiation et de la négociation:

Comme le sujet "Dieudonné" est abondamment commenté partout et que le fond de cette dispute n'est pas le sujet de ce blog, je n'en dirai rien de plus sauf sur la forme. Ce tapage médiatique a de quoi étonner et c'est plutôt l'absence depuis le début d'une approche plus pragmatique et respectueuse que je voudrais commenter. Car cette absence "contraint" maintenant les plus hautes autorités de l'Etat jusqu'à François Hollande qui appuie son ministre de l'intérieur, à recourir au Conseil d'Etat pour interdire Dieudonné. Je m'intéressais peu au cas Dieudonné mais j'ai été étonné par ce vacarme comme sans doute beaucoup d'entre vous. Voici quelques liens qui illustrent sans le résumer, le fond de l'histoire:

Il y a tout d'abord cette longue vidéo d'une heure dix par le "regard dissident" qui est  pro-Dieudonné avec toutefois, m'a-t-il semblé, un vrai travail de reconstitution des événements chronologiques et qui donne des précisions troublantes avec des tas d'images publiques d'archives qui ne sont pas contestables.

Voici deux extraits sonores très partiels "volés" par des journalistes du Point sur le fameux spectacle interdit. On comprend que cela puisse choquer en plus ce n'est pas drôle.

Voici en outre la vidéo d'un sketch tout récent d'Elie Sémoun, l'ancien compère de Dieudonné,  dont je parle dans mon article du cercle des Echos car je trouve qu'elle appelle bien, à sa façon, à revenir à une plus juste mesure, préalable selon moi à la démarche que je suggère.

Et enfin, je vous conseille ce livre d'entretiens croisés entre Bruno Gaccio, co-créateur des Guignols et Dieudonné: Peut-on tout dire?. Pour la petite histoire, j'ai lu ce livre dans le hall d'un Palais de Justice où j'attendais une audience d'un procès minuscule (et qui n'a rien à voir avec le thème de cette bagarre) où l'on me faisait l'honneur d'être convié en qualité d'accusé dans une histoire dont je suis sorti gagnant et qui n'était autre qu'un détournement d'attention ... Je l'avais donc lu de l’œil sensibilisé de celui que l'on accuse et que l'on calomnie en même temps ! Mais j'arrête-là pour ne pas que l'on pense que je fais un vilain transfert.

En quoi sommes-nous concernés par tout ce bruit ?

Je voulais juste vous dire que malgré les apparences, cette histoire me rend plutôt optimiste. Voici pourquoi:

1) Je ne crains pas, malgré le recours au Conseil d'Etat, que notre démocratie soit malade. Au contraire, cette histoire pourrait bien remettre les choses à leur place et ramener les gens à leurs véritables priorités.
2) Je ne crois pas que Dieudonné soit l'incarnation du mal ni que nous assistions à une nouvelle montée du nazisme.
3) Je ne crois pas que nos tribunaux normaux soient dépourvus de moyens d'action en cas de dérapages antisémites ou racistes même si l'attitude de Manuel Valls laisse croire le contraire.
4) Je ne crois pas que les représentants associatifs soient tous des agents du Mossad.
5) Il me semble que les médias et les hommes politiques qui ont cru devoir faire étalage de leur "fermeté" dans cette affaire découvriront qu'il n'est plus si simple d'enrôler "l'opinion".
6) J'espère que Dieudonné saura faire bon usage de la prospérité que sa popularité lui a amenée et qu'il paiera ses impôts et ses condamnations !
7) Malgré les excès et la vulgarité, les observateurs attentifs comme le sociologue Michel Wieworka par exemple, ne feront pas l'erreur de mettre tout le monde dans le même sac.
8) Cette triste histoire de quenelles traduit un désespoir et un ras le bol réels qui pour l'instant, malgré les incitations médiatiques, s'expriment de façon non-violente.
9) Dieudonné est plus fin que ce que l'on avait cru, en témoigne sa décision de respecter les décisions du Conseil d'Etat et de changer de spectacle ... peut-être irons-nous finalement dans cette affaire vers une solution de paix comme le dit mon article ?
10) Enfin, ce n'est pas parce que tout a été fait des deux côtés pour que ce conflit soit rendu emblématique et médiatique que nous serons individuellement et collectivement incapables d'en tirer des leçons dans le sens d'une voie pacifique de règlement des conflits.

dimanche 5 janvier 2014

La folie c'est de répéter les mêmes erreurs et espérer des résultats différents

Je vous souhaite une excellente année 2014. Pour cela, voici un petit article juste pour méditer un axe de travail et identifier un écueil possible.

Un aphorisme pour inspirer le changement

" La folie c'est de répéter les mêmes erreurs en espérant des résultats différents " est ma traduction de l'original américain qui dit ceci: " Insanity is repeating the same mistakes and expecting different results".

J'aime bien cette phrase. Je l'ai trouvée, je crois, au début dans mes discussions avec Paul-Henri Pion. Il se référait alors au fait qu'il importe de mettre en place des stratégies parfois étonnantes pour aider les individus qui en souffrent à sortir de certains blocages psychologiques. Depuis, je l'ai eue en mémoire de nombreuses fois en conseillant des entreprises, en travaillant sur nos TEDx et en commentant l'apathie de notre société et l'incapacité de nos représentants à la faire changer.  Je l'ai rencontrée très souvent en lisant des livres ou des articles consacrés au Développement Personnel, au Management du Changement ... 

Et c'est bien normal car cette formule est là pour suggérer le changement. A certains moments, ce peut être un changement de rupture, complet, brutal et radical. Le plus souvent, il faudra s'appuyer sur ses erreurs pour persévérer dans son action mais en changeant certains paramètres pour trouver de nouvelles solutions et ainsi innover de façon fluide.

Ce sujet me passionne car justifier le blocage, le nier ou l'ignorer conduit à l'échec progressif et souvent, tardivement, à subir le soubresaut violent.
La force des habitudes

Le sujet me passionne tellement que j'ai fini par me demander d'où venaient ces mots que je répétais comme d'autres, consultants, psys, auteurs, marketeurs ... sans savoir. La formule est bien faite mais de qui est-elle ? La réponse massive que vous trouverez si vous la googlisez sera: Einstein bien sûr !

J'ai trouvé cette photo ici . Elle a fait l'objet d'un procès intenté par l'Université Hébraïque de Jérusalem à General Motors qui s'en servait pour promouvoir son dernier SUV. Procès gagné par GM. Oui Einstein est un symbole du génie et donc de l'innovation ... réelle ou suggérée mais il ne semble pas plus être l'auteur de cette formule qu'il n'a posé pour cette photo !

Si l'on recherche en anglais, on tombe sur des variantes qui font précéder la formule ci-dessus de "la définition de ..." et elle est parfois attribuée à Benjamin Franklin ou à Mark Twain mais sans preuve. Selon le site Salon.com il s'agirait d'une phrase souvent servie par les Clinton et beaucoup reprise par les journalistes et acteurs du monde politique américain. En fait, selon The Yale Book of Quotations cette phrase a été repérée pour la première fois dans le roman sentimental Sudden Death publié en 1983 et dont l'action se déroule dans l'univers du tennis féminin.

Et si l'on recherche encore un peu plus loin, il semble que la toute première fois que cette formule ait été évoquée, ce fut pour donner la philosophie d'une association d'inspiration religieuse  "Narcotics Anonymous" dont vous trouverez le texte de 1981 reproduit en intégralité ici. Le lien avec Mark Twain, alcoolique notoire, est possible mais pas du tout attesté ... Le passage suivant qui contient, en dernière ligne,  notre formule se trouve page 25.


En quoi sommes-nous concernés ?

Même lorsque nous voulons inspirer le changement, ce sont d'abord nos habitudes de pensée qui nous font agir. Cette formule reste inspirante et prétendre qu'Einstein en est l'auteur est une erreur, voire une petite imposture pas bien grave. Notez qu'aux USA, les cercles politiques l'attribuent aussi assez fréquemment à B. Franklin. Admettons donc qu'il s'agit d'un "bienveillant" stratagème pour rendre la chose plus crédible. Mais n'en soyons pas victimes !

Pour ceux qui aiment approfondir, on découvrira que la réalité de l'évolution de cette petite phrase est sans doute beaucoup plus belle que son attribution par les communicants à Einstein ou à Franklin. La formule serait donc née dans un obscur manifeste associatif pour drogués. Elle aurait été reprise dans un roman "de mœurs" peut-être lu par Madame ou Monsieur Clinton jamais en mal d'inspiration sur le plan sentimental ... Les journalistes de Washington en auraient fait une belle formule introductive préalable à leurs commentaires des actions politiques...et la planète "pensante" d'en faire une référence incontournable. N'est-ce pas un succès extraordinaire pour le véritable et obscur auteur de cette phrase ?

Restons constructivement critiques et apprenons donc à maîtriser nos sources d'inspiration ! Pour finir, voici une autre citation attribuée à Einstein (Je n'en confirme absolument pas la source !):

"Dieu m'a puni de mon mépris des maîtres à penser en me faisant l'un de leurs !"



dimanche 15 décembre 2013

Jean Lassalle: la grande marche


Un député atypique a marché pendant 8 mois et 6000 km pour rencontrer les français. Retour sur ce
Jean Lassalle
périple qui vient tout juste de s'achever à Paris et lui a valu quelques minutes d'antenne de la part des grands media.

L'homme

Ce fils de berger est maire de son village des Pyrénées Atlantiques, Lourdios-Ichère (150 hab.), depuis qu'il a eu 21 ans. Député du modem, chose rare, il prend systématiquement des chemins de traverses: il interpelle Sarkosy à l'Assemblée en chantant, il fait une grêve de la faim de 41 jours couronnée de succès pour empêcher le départ d'une usine Sony de sa circonscription et maintenant ... il marche.

Et il attrape ampoules et rhumes mais rencontre aussi au hasard de son périple 20 personnes par jour qui ne sont pas intimidées et lui disent ce qu'elles ont à dire. Ajoutons que le personnage à tout pour me plaire: un accent basco-pyrénéen à couper au couteau, un fils qui joua dans l'équipe de France de Rugby des -21 ans, un charisme simple mais réel ...


Le message

Les français ont peur, détestent leurs élus et ne croient plus en l'Europe. On le savait. Il rejoint ce que nous disions dans nos articles antérieurs sur la détestation des élus et des élites (publiques et privées) ce qui nous met devant une crise de la représentation au sens large. Rien de nouveau non plus sauf que peut-être il y a le constat que les "vrais" gens sont peut-être plus conscients des réalités que ce que l'on croit parfois comme le montrent les bonnets rouges. Et puis il y a aussi le constat réel et direct que font par ailleurs mais en chambre, les sociologues à savoir la décomposition des liens sociaux qui faisaient la matière du pays. Quoi après alors ?

Périple de Jean Lassalle
Ce qui me plait dans cet élu pas ordinaire c'est qu'il n'affiche ni optimisme, ni pessimisme, il part de la réalité brute. Par exemple, quand des gens veulent lui cracher dessus ou quand on lui tient des propos racistes ou xénophobes, il ne se dérobe pas. Et les gens finissent par lui emboîter le pas et marcher avec lui.

De passage à Florange, photo Loreina TV
Les symboles

La marche: rappelez-vous il y a quelques mois, je republiais un livre de lecture pour enfants, livre de morale républicaine et nationale, qui racontait l'histoire symbolique de deux enfants alsaciens-lorrains qui marchaient pour retrouver leur identité perdue et celle de leur pays vaincu et dévasté après 1870 ... Jean Lassalle ne l'a peut-être pas fait exprès mais il retrouve-là une veine qui est peut-être bien celle de l'urgence et aussi celle d'après la violence.

La non-violence: il nous dit que les gens espèrent que ça va "péter" et qu'en même temps, il ne veulent pas devenir violents. Enjeu majeur que j'ai cité souvent dans ce blog. Pouvons-nous changer et changer le mode de changement aussi ? Il dit que oui car les gens qu'il rencontre sont conscients, en colère mais également qu'ils changent eux-mêmes à leur niveau. Qu'ils ont envie ... encore. J'ai lu un livre récemment qui propose l'idée de "vie-o-lence" ...

L'imperceptible: On entend les arbres qui tombent, les forêts qui brûlent, Jean Lassalle semble avoir essayé de regarder les brins d'herbes qui poussent.

Le "slow": j'entendais une femme chef d'entreprise récemment dire, en exprimant une souffrance non-jouée sur son visage que même dans les entreprises, on n'en peut plus de faire les choses toujours trop vite et que les salariés veulent enfin avoir le temps. Lassalle, lui, à 58 ans a marché à son pas c'est-à-dire lentement car son corps semble lui avoir imposé des limites et pourtant, il totalise déjà pas loin de 5000 personnes rencontrées ... plus que la plupart des échantillons sondagiers ...

En quoi sommes-nous concernés ?

Simple excentrique qui fait du buzz ou phénomène de fond qu'un sage atypique révèle ? Première remarque que l'on peut faire: "ah oui, c'est très tendance de marcher". Sans doute et le coup médiatique semble avoir fonctionné. Mais et si encore une fois cette réaction-là n'était de nouveau qu'une manifestation du syndrome de l'imbécile qui regarde le doigt du sage qui montre la lune ?

En tous cas, si l'heure est effectivement grave et qu'il importe de changer la société et le mode de changement avec, d'autres ont utilisé cette méthode, la Marche, avec quelques résultats. Souvenez-vous de ce que j'écrivais sur les chemins d'Abraham et il y a plus longtemps d'un certain Gandhi ...

Je vous suggère de suivre l'évolution de ce marcheur-fou ... peut-être pas fou du tout.

Pour en savoir plus: http://la-marche-2013.over-blog.com/

mardi 10 décembre 2013

La dynamique du capitalisme ou le triomphe d'un pays neuf !

La Dynamique du capitalisme de l'historien Fernand Braudel mérite d'être relu. Il traînait dans ma
F. Braudel, photo: ledevoir.com
bibliothèque et à l'occasion d'un rangement qui avance du coup bien lentement, je l'ai relu avec bonheur en ces temps d'incertitude. Voici pourquoi je vous le conseille.

Une belle synthèse d'une œuvre magistrale

1976: le programme commun de la Gauche en France avait 4 ans et n'avait pas encore produit ses effets électoraux. C'était l'année des conférences prononcée par l'auteur à l'Université John Hopkins sur la dynamique du capitalisme et réunies dans cet ouvrage (mon édition date de 1985 et nous commentons ici celle de 2008). C'est ce qui explique que l'on présente cet ouvrage comme une "introduction" à l’œuvre de ce grand historien qui était alors en train de finir d'écrire Civilisation matérielle, économie et capitalisme, XVe-XVIIIe siècle. Tome 1: Les structures du quotidien. Une introduction ? Non une sorte de résumé plutôt en à peine plus d'une centaine de pages d'une œuvre monumentale en 3 tomes qui était déjà presque écrite et qui parut en 1979. Le premier mérite de cet ouvrage est donc sa concision qui n'en fait aucunement une ébauche, plutôt une synthèse.

Revenir au sens des mots

Son deuxième mérite est, surtout en regard de la période actuelle, de recadrer les mots et les pratiques dans le temps long (plusieurs siècles) et dans un espace déjà global (méditerranéen et mondial) en relativisant les prismes de notre moment présent. Songez qu'il ne s'est passé que 35 ans entre la publication du troisième tome du Capital de Marx (finalisé par Engels) et la grande crise de 1929 ! Et celle-ci est intervenue seulement 25 ans après la publication de L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme de Max Weber. Peu de champ donc pour vraiment comprendre les ressorts du capitalisme ni pour extraire ses spécificités des crises de l'industrie lourde du Nord Ouest Européen des années trente.

Le mérite du temps long

Or, plus d'un siècle s'est maintenant écoulé depuis ces ouvrages fondateurs et à combien de crises et de mutations le capitalisme a-t-il survécu ? Pourtant, à court de repoussoirs, confondant marché, économie de marché, libéralisme, capitalisme et capitalisme financier nombre de nouveaux "penseurs", pris dans le moment présent, oubliant de se référer au sujet même de leurs thèses font du capitalisme ce qu'il n'est pas: un système. Donc un "isme" qui comme d'autres s'effondrerait si l'on se décidait à le combattre pour mieux faire sortir de terre de nouveaux "ismes" sans doute... C'est le troisième mérite de Braudel et de sa vision longue que de nous replacer dans une perspective historique qui transcende obligatoirement les crises et les débats conjoncturels et qui nous rappelle les grands "glissements" fondamentaux que nous ne voyons plus. Citation p 70:

"Ce glissement définitif, à l'extrême fin du XVIè siècle, de la Méditerranée aux mers du Nord, est le triomphe d'un pays neuf sur un vieux pays. Et c'est aussi un vaste changement d'échelle. A la faveur de la montée nouvelle de l'Atlantique, il y a élargissement de l'économie en général, des échanges, du stock monétaire, et, là encore, c'est le progrès vif de l'économie de marché qui, fidèle au rendez-vous d'Amsterdam, portera sur son dos les constructions amplifiées du capitalisme. Finalement, l'erreur de Max Weber me paraît dériver essentiellement, au départ, d'une exagération du rôle du capitalisme comme promoteur du monde moderne."

Et si, vieux que nous sommes, nos crises et nos malheurs, réels ou fantasmés, étaient le fait non pas d'un "isme" pernicieux ou simplement des autres mais simplement de notre difficulté collective accentuée par notre "grand âge" à nous adapter à ces glissements ?

En quoi ceci nous concerne-t-il ?

Je range donc ce "vieil" ouvrage, pourtant très actuel, sur un rayonnage à côté des réflexions plus récentes d'André Comte Sponville:Le capitalisme est-il moral ? : Sur quelques ridicules et tyrannies de notre temps.  Il nous aide en peu de pages à mieux comprendre une composante essentielle de notre modernité telle qu'elle est que l'on soit parmi les gagnants ou les perdants de celle-ci, que l'on l'aime ou non. La seule chose qu'il a manqué à Braudel dans cet ouvrage c'est le temps de s'apercevoir que le capitalisme se sera à peine ré-acclimaté à Shanghai et à Bengalore que sa dernière mutation le dispense désormais d'avoir encore à se localiser ...

jeudi 5 décembre 2013

La gouvernance française peut mieux faire

Suite à mes divers articles sur la Gouvernance démarrés par une réflexion sur la Morale Publique, voici une courte référence extérieure proposée par l'ONG Internationale "Transparancy": la France doit beaucoup mieux faire.

Transparency International France 

Cette ONG appelle à faire enfin de la lutte contre la corruption et de l’éthique publique une Grande cause nationale. Les coûts de la corruption en période de crise - pour les finances publiques, pour la confiance des citoyens - font qu’il y a urgence à mettre en œuvre un véritable plan national d’action.

Elle incite (voir ici) l'ensemble des citoyens mais aussi le gouvernement, les élus, les entreprises, et toutes les organisations de la société civile à soutenir son appel.

De quoi s'agit-il ?

De classer les pays selon la perception de la corruption pratiquée par ses représentants et institutions.


La vidéo ci-dessus décrit sa campagne de signatures actuelle en France, la suivante est un extrait de reportage réalisé par une chaîne africaine.


Qu'est-ce que cela nous apprend ?

Vous comprendrez que les faits visés par nos précédents articles relatifs à l'Ecotaxe et pas encore au centre du débat sur cette mesure fiscale relèvent bien de l'objet de cette ONG. Mais ils ne sont pas encore "perçus" par elle car aucun jugement n'est encore intervenu. Que dit le rapport publié cette semaine ? Le rapport pourrait être plus transparent lui-même sur sa méthode. Il décrit essentiellement la perception de la chose dans l'opinion et à travers l'arsenal judiciaire. Attention, ce point capital est généralement oublié par les journalistes simplificateurs. Je crains que le sujet ne nécessite une méthode nettement plus incisive. C'est pourtant déjà un début.

La France se place au 22ème rang mondial, 9ème européen, voici la carte:

Le rapport illustre son propos de cas jugés. Il indique que des lois et des mesures ont été prises récemment en France (qu'il reste à appliquer) et que donc les choses vont dans le bon sens mais que notre pays n'est pas ce phare planétaire que l'on se plaisait parfois à imaginer et à présenter en exemple au monde médusé ...

Ce sont sans surprise les partis politiques qui sont présentés comme les plus corrompus ...

L'arbre qui cache la forêt ...

Ce rapport a le mérite d'exister. Il a deux limites. Il classe un résultat qui confond un phénomène et la plus ou moins grande habileté de ses auteurs à le dissimuler ... Or notre toute puissante "Puissance Publique" est très habile et très complexe ... Ensuite, comme nous l'avons vu avec l'Ecotaxe et avec la Douane en général, il ne s'agit pas seulement de la corruption de quelques Cahuzac. Ce serait trop simple. Il s'agit certes de corruption de la part d'élus ou de gouvernants mais pas seulement et aussi de dysfonctionnements structurels et de profonde incompétence, terreau dans lequel la corruption prend alors plus facilement racine aux niveaux intermédiaires et subalternes.

En quoi sommes-nous concernés ?

Le rapport a une intéressante conclusion que je prends comme une hypothèse et non comme une vérité révélée. Il met en évidence que les pays les plus corrompus en Europe (Italie et Grèce) sont aussi les plus endettés ... Une piste donc qui semblerait nous indiquer que chasser la corruption de la maison n'est pas seulement une mesure vertueuse, bonne pour la Morale et le Salut de nos Âmes, mais qu'il y aurait peut-être une vraie corrélation entre corruption et qualité des résultats économiques et sociaux...


jeudi 21 novembre 2013

Enjeux et réalités de l'ECOTAXE, partie 2: le sage montre la lune, l'imbécile regarde le doigt

La grande Presse s'est emparée de l'affaire de l'Ecotaxe à cause des activistes aux bonnets rouges et du ras-le-bol fiscal mais revenons au contenu réel de ce projet mal né.
© BERTRAND LANGLOIS / AFP
 
Le film du projet Ecotax avant les bonnets rouges

Suite à 20 ans de réflexion "intense", la puissance publique avait enfin décidé d'agir dans l'intérêt des entreprises, de la communauté nationale, de la qualité de l'air et des finances publiques et cela dans une logique d'harmonisation fiscale européenne. Mais il fallait aussi faire vite car la chose avait traîné et c'est ce qui a été fatal. Revenons un peu aux grandes étapes de la genèse du projet.

1993: la Commission Européenne lance un projet européen d'Ecotaxe
2009: décision de l'état français sous la responsabilité de J.L. Borloo alors ministre du Développement Durable et suite à un vote de l'assemblée (16 ans tout de même).
Août 2009: appel d'offres du ministère du Développement Durable
14 janvier 2011: la commission d'experts classe Autostrade n°1
8 Février 2011: contrat passé avec Autostrade (Ecomouv), la Douane supervisera le consortium Ecomouv et démarrage prévu en fin d'année (presque 2 ans plus tard).
Octobre 2013: démarrage (après plusieurs reports soit deux ans de retard de plus) annoncé pour Janvier 2014 car le dispositif n'est pas opérationnel
Novembre 2013: quelques portiques sont détruits en Bretagne
Juin 2014: nouvelle date de démarrage annoncée par le Premier Ministre.

Dans le monde de l'Entreprise, on apprend une importante notion, le "time to market". Agir dans le temps juste. Désormais, on voit que le projet a du "plomb dans l’aile". Il aura mis 20 ans à maturer, a été confié à une administration, un chef de projet et un opérateur privé mal choisis et se heurte maintenant à des obstacles politiques qui les dépassent. Sur ce dernier point, nous avons vu cette semaine le Premier Ministre reprendre son ministre de l'écologie, Philippe Martin qui avait indiqué que le temps était sans doute venu d'enterrer le projet pour cause de ras-le-bol fiscal.

Pas grand monde sans doute ne pleurerait le retrait de l'Ecotaxe sauf les jeunes lorrains en cours de formation. C'était pour eux une reconversion inespérée or ils semblent encore en attente de leur contrat de travail de la part d'Ecomouv. Mais revenons sur la cause intrinsèque de l'échec de ce projet, une cause juridico-technique qui fait que le ministère et l'administration concernés déjà citées et cependant exonérés de toutes critiques jusqu'ici se sont tout simplement pris les pieds dans le tapis mettant dans l'embarras un gouvernement qui a simplement hérité d'un projet mal conçu et mal réalisé. Voici le résumé de l'histoire. 

Il y avait peut-être un ver dans le fruit

Bien conseillé par la cabinet suisse Rapp Trans AG, le gouvernement avait en effet choisi un partenaire italien, Autostrade, à la suite d'un appel d'offres pour le moins controversé (voir l'article du Point). Ce partenaire ne possédait certes pas la technologie mais assurait pouvoir tenir les délais et il fallait bien ça pour espérer rattraper les retards accumulés dans la longue genèse du  projet. Peu importe que contrairement à la règle en matière d'appels d'offres Rapp Trans AG ait aussi été le conseil d'Autostrade ! Un concurrent franco-espagnol, Sanef, proposait pourtant non seulement une technologie éprouvée mais aussi une infrastructure déjà largement installée puisqu'elle sert déjà depuis des années pour les télépéages. Pourquoi alors a-t-on préféré Autostrade (lire ici pour plus de détails) ? Au fait, qui trouve-t-on derrière ou aux côtés d'Autostrade ? Benetton et Goldman Sachs !

C'est un mystère d'autant plus épais que le président de Sanef, M. Pierre Chassigneux ancien chef de cabinet de F. Mitterrand et ayant dirigé les services de renseignements (résumé de carrière ici) faisait savoir, selon Mediapart, au directeur de cabinet de François Fillon ceci: "Ajouté au risque politique évident que présente déjà l'instauration d'une taxe poids-lourds, celui d'un cafouillage de mise en place dû à l'incapacité de l'opérateur choisi, additionné à un risque de contentieux (...) dont l'issue ne fait aucun doute me paraît une forte accumulation de facteurs négatifs". Puis, il se décidait à porter l'affaire devant le Service Central de la Prévention de la Corruption (SCPC) le 8 février 2011 et enfin devant le procureur de Cergy Pontoise après une enquête préliminaire de la Brigade de répression de la délinquance économique. Le 8 Mars 2011, l'appel d'offres était annulé sur des motifs de forme: "contraire à la fois au principe de transparence[et]au principe de l'intangibilité des candidatures". Il était encore temps de redresser la barre mais le Conseil d'Etat remarquablement diligent annule cette décision le 24 Juin 2011 (voir le site du CE ici). 

Ensuite, M. Chassigneux partait en retraite (lire ici) remplacé le 14 Décembre 2011 par Alain Minc à la présidence de Sanef (maison mère espagnole: Albertis) et tout rentrait dans l'ordre avec au passage un contrat en or massif au profit de l'exploitant Ecomouv (dont 70% remonte au consortium mis en place par Autostrade) qui s'installait chez nous, en Lorraine, région en grande souffrance, pour créer des emplois. Beau projet, rondement mené et une belle histoire donc jusqu'à ce que les Bonnets Rouges attirent l'attention sur cette affaire au point que le tribunal de Nanterre ré-ouvre le dossier et qu'une commission d'information de l'Assemblée se constitue ce mois-ci dans le but suivant: "Les députés souhaitent par cette mission transversale rétablir un climat de confiance et créer les conditions d'un dialogue constructif. Elle formulera des propositions visant à améliorer le dispositif existant" selon les termes du Président Bartolone (voir ici). Vous noterez encore et toujours que le ton reste extrêmement conciliant, il ne faut pas laisser le gouvernement seul et trouver des solutions d'amélioration. Mais s'agit-il d'améliorer ou de carrément reprendre tout à zéro ?

Tout faux sur toute la ligne !

Dans cette affaire, nous avons une illustration de ce que nous appellerions a minima une "Non Qualité" managériale à tous niveaux si nous étions dans une entreprise. Pourtant, personne ne semble vouloir en faire le "REX" (Retour sur EXpérience):

1 Lenteur de l'analyse due à la cohabitation des pouvoirs Europe/France. Dès la conception, le projet a pris du retard entre la Commission de Bruxelles et le Gouvernement Français, les échanges entre pays à cheval sur plusieurs dossiers (transports, harmonisation fiscale, écologie ...) n'ont pas été simples certainement.
2 Défaut de conception dû à la compartimentation politique et administrative. Le "produit" résultant, un impôt, n'est qu'un cataplasme fiscal sur une jambe de bois écologique dans la mesure où le transport routier n'a pas d'alternative réelle faute des projets correspondants (canaux, ferroutage ...). Cet impôt ne change rien à la situation du transport ni à l'environnement, il ponctionne et en cela affaiblit les transporteurs français et certaines régions ...
3 Management incompétent. Ce "produit" en retard et mal conçu est alors confié au mauvais pilote (voir dernier article et lire ici aussi) dans l'espoir que l'on rattrapera le temps perdu et que l'on repeindra rapidement l'action de l'Etat en vert.
4 Probables pressions et possibles pots de vin. Le choix de l'opérateur fait l'objet de suspicions (et de procès) car celui-ci ne possède pas la technologie à la différence de ses concurrents et, sans surprise, malgré un coût de concession exorbitant, il ne tient pas les délais. Les recours légaux ne trouvent portant rien à redire ! Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles comme disait Candide.
5 Mauvais timing. Les premiers tests tombent au pire moment dans un pays qui ne parvient pas à se réformer et dont les gouvernements baissent pavillon dès que la rue se fait entendre.
6 Pas de REX, ni d'apprentissage collectif, la confiance est entamée mais les responsabilités réelles ne sont pas établies. On retarde le projet et sans doute sera-t-il bientôt enterré, du même coup aucun apprentissage politique et citoyen collectif ne peut être fait.

Une gouvernance inconséquente qui pratique le déni.

La vraie cause de cet échec ce ne sont pas les bonnets rouges ni la Presse qui avait tout de même assez tôt mais timidement rendu compte des bizarreries de ce projet. La cause principale en est une gouvernance inconséquente, lente, frileuse et très coûteuse qui, tous partis, élus et hauts fonctionnaires confondus, finit toujours par s'auto-exonérer de ses responsabilités sauf quand le scandale fait les gros titres. Cette gouvernance-là a produit un système qui n'apprend pas de ses erreurs et dont la méthode est le déni !

Ce n'est pas l'Ecotaxe qu'il faut réformer, c'est cette langue de bois et cette méthode de Direction régalienne obsolète ! Beaucoup de gens y compris dans la Presse officielle commencent à le dire. On ne sait qu'inventer de nouvelles subtilités fiscales protégeant un système administratif et politique qui se sert lui-même en priorité. Car à quoi sert la collecte de l'impôt sinon en priorité à financer ce système ? Comment ne sursautons-nous pas quand on apprend que le coût de fonctionnement direct (et cela ne prend pas en compte le coût du projet ni les coûts indirects) représenterait 22% de la collecte d'un impôt comme l'Ecotaxe (250 millions sur 1,15 milliards de collecte, la même chose coûte 13% en Allemagne, ce qui est déjà un très mauvais rendement fiscal) ? Qui plus est, à ce rythme-là, chaque jour de retard coûterait 5 millions à l'Etat !

Le drame c'est qu'à la faveur des diversions médiatiques affublées de bonnets rouges, personne ne semble percevoir l'important. Le sage montre la lune et l'imbécile regarde le doigt. L'important, c'est la faiblesse, l'incompétence et la possible malhonnêteté des cadres de notre pays responsables de tels fiascos et notre incapacité à en changer.

En quoi sommes-nous concernés ?

Pourquoi devons-nous attendre que quelques activistes furibards défendant des intérêts catégoriels ou régionaux brûlent la propriété de l'Etat pour nous intéresser au résultat du travail de celui-ci ? L'Etat et ses fonctionnaires seraient-ils donc les seuls à n'avoir aucune obligation de résultat ?

Il est grand temps que l'on arrête de lancer des projets-cache-misère conduits par des incompétents dans un but illusoire et captés par des affairistes comme ce fut le cas de cette malheureuse Ecotaxe. 

Il est grand temps de repositionner un Etat conscient en face des mutations profondes qui requièrent de faire l'analyse sérieuse des retours d'expérience sur ce qui marche ou pas et de revoir ses missions-mêmes. Promettre d'améliorer une loi ou de renforcer la fermeté budgétaire, d'ailleurs jamais réalisée, ce ne sont jamais que répétitions de solutions qui ne marchent pas. A-t-on oublié que tout ce gaspillage se fait à crédit et que la dette publique n'a fait qu'augmenter depuis que nous en parlons depuis deux ans ?

Il est grand temps de comprendre qu'il ne va pas être possible de faire autre chose que de couper les branches mortes (et ses rameaux pourris aussi) au sein même de cet Etat qui prospère comme un mauvais syndic de copropriété, comme l'aristocratie de l'ancien régime et tout simplement comme une entreprise mal gérée ...

Il est donc grand temps que les citoyens reprennent en main leurs représentants et leurs commis administratifs (fussent-ils sortis de l'ENA, label peut-être prestigieux en France mais qui n'immunise visiblement pas contre la bêtise) et mettent en œuvre eux-mêmes les réformes de fond de l'Economie et de la Société que tout le monde attend. Seulement pour cela, comme le propose Etienne Chouard, il s'agirait que cela soit le fait des citoyens eux-mêmes et non des professionnels habituels de la "chose publique". 

Est-ce possible dans le calme et l'exercice de la Raison ou allons-nous en revenir à l'esprit de 1789 ?

mercredi 13 novembre 2013

Enjeux et réalités de l'Ecotaxe partie 1: rappels

L'actualité revient sur l'écotaxe à la faveur de l'action des "bonnets rouges". Revenons sur nos billets
précédents et examinons ce que la grande Presse ne laisse pas forcément filtrer.

Flash back

Il y a quelques mois je vous parlais, en régional de l'étape, d'une PME lorraine innovante, STVI, qui proposait un système nouveau et transparent permettant de régler intelligemment le problème de la taxation des véhicules de chantier à double carburation diesel taxable/non taxable. Un sujet qui ne fera jamais les unes mais qui fut instruit avec la même habileté et la même diligente "compétence" que le projet d'écotaxe par la même administration et les mêmes personnes.

Notre PME lorraine, STVI, est maintenant entre les mains d'une autre administration, la Métrologie. Spécialiste des mesures de débit d'un fluide dans un conduit (ex: les compteurs à gaz) et armée de textes règlementaires datant de 1945, personne ne doute du résultat de son expertise pour agréer un système informatique embarqué ... Ce système innovant est le résultat de recherches originales par des chercheurs de l'Institut Français des Pétroles ayant déposé un brevet en 2009, fruit d'un partenariat public/privé abouti, lui, à la différence de l'écotaxe ! Le cas de STVI n'avance pas, au contraire. Mais revenons à notre sujet. 

Que fait la douane ?

Henry Havard ex DGDDI
photo d'après http://videos.senat.fr
C'est donc la Douane qui a la responsabilité de cette nouvelle taxe, voir la vidéo qui présente ces activité par son responsable ci-contre. Ce chef de projet d'Ecotaxe déjà cité dans ce blog a fait l'objet cet été d'une "sanction" (voir ici), ce brillant Inspecteur des Finances avait un peu oublié les déontologies nationales et internationales qui prescrivent qu'un haut fonctionnaire "supervisant" des justiciables ne doit pas entretenir de relations privées avec ceux-ci encore moins se faire inviter par eux à des tournois de Tennis ou à des déjeuners.

Or ce dernier avait fumé de gros cigares en compagnie de divers politiques dans des repas luxueux offerts par les cigarettiers responsables de grosses évasions fiscales. Notre haut fonctionnaire n'aura donc plus non plus l'occasion de remédier à ce détail fiscal coûtant peut-être 300 millions par an à l'Etat. Il s'occupait en effet aussi de la perception des droits sur les tabacs et alcools relevant de la direction des Droits Indirects rattachée à la douane. Nous avions publié la réaction des syndicats internes de la douane et de quelques media discrets ...

Résultat: il a été renvoyé à Bercy, dans son Corps d'origine en Septembre. Comme pourrait dire Djamel Debouzze: " alors comme ça tu es muté avec tous tes avantages, ancienneté et salaires maintenus, donc là tu es en version puni ? Moi aussi j'aimerais bien être puni comme ça ! "

Pas de vagues, pas de gouvernance !

Il semble que la sanction évoquée seulement pour ses manquements déontologiques ne coûte finalement pas bien cher au fautif, son successeur ainsi que le gouvernement se retrouvent  héritiers de cette énorme patate chaude, l'écotaxe, qui fait maintenant les gros titres. Comme dans le cas de STVI, de la taxation sur les tabacs et aussi dans celui de la non perception d'une part importante de la TVA extracommunautaire, les mêmes incompétences sont à l’œuvre et ne sont pas réellement sanctionnées ni finalement jamais corrigées. 

Si dans une entreprise quelconque, on fermait les yeux longtemps sur de telles erreurs de gestion, sur la non-qualité systématique, voire sur des comportements fautifs que croyez-vous qu'il se passerait à la longue ? La conclusion que l'on peut en tirer avec en tête ce référentiel "entrepreneurial" que malheureusement on n'applique pas à la haute administration, c'est que nous avons-là une cause importante des dysfonctionnements de l'Etat et de la compétitivité déclinante du pays sur la scène globale. Peut-être faudrait-il chercher ici une cause structurelle de la dégradation de notre note Standard and Poors.

En quoi sommes-nous concernés ?

Au regard des dégâts causés par cette mauvaise gestion, illustrée par l'écotaxe et divers autres projets rappelés plus haut par la même administration, peut-être devrions-nous nous préoccuper davantage de la gouvernance à exercer non pas seulement sur les politiques et les élus mais aussi sur la haute administration. Et cela est notre affaire et notre responsabilité ... Ou bien sûr, comme les bonnets rouges, il est possible de se contenter de foncer tête baissée, de brûler les portiques et de chercher des boucs émissaires.

Notre prochain article rappellera, avec ce préambule en tête, l'historique et la situation présente de l'Ecotaxe.