dimanche 13 décembre 2015

La COP21 peut être utile.

COP 21: un accord historique joyeux et encourageant dont on peut sérieusement se demander à quoi il peut bien servir... Ecolos militants et climato-sceptiques, je vous propose une réponse qui pourrait vous réconcilier !

Une semaine d'attente

Ivar Giaever
Pendant cette semaine une grippe aggravée de fièvre "post-paludéenne" m'a donné l'occasion de visionner nombre de vidéos Youtube d'experts et d'activistes du climat: conférences de scientifiques canadiens, anglais et américains surtout, témoignages devant les sous-comités du sénat américain, traitement par les divers médias des deux tendances ("climato-consensuels" et "climato-sceptiques"). J'ai d'ailleurs à cette occasion découvert l'existence de l'expression "climato-négationniste"qui me semble relever de la loi de Godwin ( voir mon article ici).

Voici ici une vidéo (https://www.youtube.com/watch?v=TCy_UOjEir0) de l'un de ces "fous dangereux": Ivar Giaever, un non spécialiste qui n'a plus de carrière à faire sur ce thème et qui me semble pourtant honnêtement informé en tant qu'ancien panéliste du GIEC et crédible sur le plan de la méthode scientifique en tant que prix Nobel de physique.

Tout cela  me donne envie de partager une opinion personnelle plus ou moins éduquée sur ce qui passe en boucle sur nos chaînes info depuis deux ou trois jours à propos de la COP 21.

COP 21: C'est la joie !

Je n'ai pas encore lu l'accord, comme d'ailleurs les journalistes. Et pourtant comme eux, je suis sensible à la joie évidente des protagonistes. D'accord, ils sont payés pour ça et savent jouer la comédie. Pourtant, j'affirme que ce que je perçois sur ces visages fatigués, c'est une joie authentique et cela me semble encourageant. Laurent Fabius qui a si souvent une posture molle et pourtant rigide, est rayonnant pour une fois. Al Gore, grossi, blanchi et rougeot est hilare au côté d'une Ségolène Royal encore pimpante ... Al Gore, quelle réussite narrative ! Mais c'est une autre histoire. Même Ban Ki-moon semble authentiquement heureux ! 

Un accord joyeux donc, comme le disent les journalistes qui couvrent l'événement, et je crois sincèrement que cet accord obtenu à 195 pays est une avancée. Mais dans quel sens ?

Une phrase m'avait traversé les oreilles quelques semaines avant cet événement. Un représentant appointé par les tenants de la thèse officielle de l'extrême urgence climatique avait affirmé que plus personne aujourd'hui ne mettait plus sérieusement en doute le réchauffement climatique et que l'urgence était telle que cet accord était absolument vital ... était-ce si sûr ? Je n'aurais sans doute pas vérifié ... Mais les débats américains sur le climat viennent démontrer sans aucun doute possible pour qui vérifie que la première partie de cette phrase est absolument fausse: il y a au contraire des gens sérieux qui ont de puissantes objections et qu'il en résulte une vraie bataille politique entre factions derrières lesquelles s'alignent de gros intérêts financiers (des deux côtés !).

COP 21: réserves sur le contenu (perçu) de l'accord sur le changement climatique

L'accord porte sur des actions à financer pour rester "nettement en dessous des 2 degrés de réchauffement en 2100". Voici de sérieuses réserves:

1) Les très complexes questions systémiques d'environnement et leurs conséquences sociales et économiques, posées à l'échelle climatique, se résument-elles à 2 degrés sur un siècle et à l'émission de CO2 ?

2) Les mesures géographiques sur terre sont encore partielles et sélectives, les mesures atmosphériques en altitude et océanographiques en profondeur sont encore très peu représentatives et souvent "interpolées" ou "ajustées", les prévisions du GIEC fondées sur de purs modèles mathématiques coupés des réalités ont été démenties jusqu'ici par les faits (les températures moyennes terrestres ont cessé de croître depuis 1998 voire décroissent). Peut-être avez-vous l'impression que les températures de chez vous ont fortement augmenté, ce n'est pas si sûr selon cette courbe empruntée à http://www.climat-optimistes.com et issues des sources officielles américaines "climato-conformes":


Si cela se confirme, le problème environnemental ainsi posé ne serait-il pas en réalité déjà résolu ? Sinon, avec un objectif aussi "précis", comment se propose-t-on de mesurer et de piloter de façon neutre et réaliste les résultats avec un thermomètre aussi peu partagé ?

3) 100 Mds de $ par an représentent deux fois le service de dette de la France ou les budgets combinés de l'Education et de la Défense, c'est beaucoup à l'échelle d'un seul pays. Mais cela semble peu à l'échelle planétaire car il s'agirait rien moins que de changer volontairement le climat de la planète. Et le financement des actions n'est pas assuré. C'est trop ou trop peu ... et la crédibilité de l'ensemble peut être mise en doute.

Marcel Leroux
3) Toute la "méthodologie" du GIEC repose sur une série d'hypothèses présentées comme irréfutables: l'activité humaine est responsable du réchauffement climatique, l'activité humaine émet beaucoup  de CO2 donc produit un important effet de serre, donc en réduisant le CO2, on contiendra le réchauffement ! Or il y a des réalités physiques établies indépendamment des débats politiques: le principal gaz à effet de serre est la vapeur d'eau qui représente 95% de ces derniers (contre 3% pour le CO2) et serait responsable de 72% de l'effet de serre et les observations sur périodes longues (carottages des glaces arctiques et antarctiques) et récentes par prélèvements directs montrent que l'augmentation des températures précède celle du taux de CO2 non l'inverse.

Alors a-t-on posé le bon problème ? Je vous propose pour creuser, une vidéo rare (https://www.youtube.com/watch?v=thYTIcs7P_M) d'un authentique climatologue reconnu et malheureusement disparu, Marcel Leroux.

4) Si les émissions de CO2 étaient un aspect si central du problème, pourquoi des sujets majeurs comme les transports ou la valeur du point-carbone sont ils  laissés hors de l'accord ?

5) Malgré les affirmations initiales de F Hollande sur la nécessité de prévoir des contraintes, comment faire respecter l'accord sans cela ?

Pendant qu'ils étaient à la COP 21 au moins ils se parlaient et ne se battaient pas ...

Je n'étais pas de ceux que l'on appelle avec condescendance "climato-sceptiques". Je le deviens sans nul doute depuis que je m'intéresse vraiment au sujet mais ce n'est pas essentiel pour l'instant. Restons constructivement sceptiques, ayons horreur des dogmes et prenons l'habitude d'identifier les "belles ou les horribles histoires" qui s'avèrent être des mythes et voyons si l'idée de gouvernance collective aura bientôt progressé grâce à la négociation et à la communication autour de la COP 21.

Il s'agit selon moi d'un essai transformé par la diplomatie française de réunir la famille des gouvernants humains sur un sujet commun ... pour le moins controversé. Le contrôle du réchauffement climatique par la limitation des émissions de CO2 n'est pas un sujet si urgent, il est mal défini, l'objectif est inadapté et non mesurable et le processus n'est pas contrôlable mais l'accord en lui même est un pas dans une direction qui, elle, est essentielle, celle d'une gouvernance mondiale.

En quoi sommes-nous finalement concernés ?

Que ce soit pour des causes environnementales (raréfaction ou mauvaise répartition des ressources,  diminution de la bio-diversité et mauvaise mise en valeur des sols etc ...), politiques (extrémismes, conflits armés, réfugiés politiques ...) ou économiques (financiarisation absurde, précarisation, marchandisation du vivant ...), la famille humaine a besoin d'une gouvernance commune. La COP 21 aura sans doute un peu servi d'entraînement dans ce but. Et dans la mesure où ces résolutions annoncent de nouvelles dépenses futures non financées, il faut que le citoyen de base s'attende à de nouvelles ponctions fiscales. Faisons donc en sorte que cela serve vraiment à quelque chose et mettons nos gouvernants sous surveillance.

L'important ce n'est pas de freiner un éventuel réchauffement climatique de quelques degrés sur quelques décennies, l'important c'est d'apprendre à élaborer ensemble les meilleurs moyens de nous adapter collectivement aux situations réellement urgentes que nous allons rencontrer et d'y contribuer individuellement pour nous-mêmes et pour ceux qui dépendent de nous.

6 commentaires:

Robert JAMEN a dit…

Bonjour et merci beaucoup, Didier, pour tes bons commentaires sur la COP21 ! J'ai bien apprécié le très gros effort de synthèse que tu as fait. Merci de la part du lecteur fidèle de ton bloc, que je suis ! En particulier, tu mets l'accent sur la nécessité d'une gouvernance mondiale. C'est bien la noble mission de nos gouvernants de se mettre au service de l'humanité, d'une humanité en marche vers l'unité, malgré tous les conflits et égoïsmes que nous voyons aujourd'hui.
Robert Jamen

Robert JAMEN a dit…

Bonjour et merci beaucoup, Didier, pour tes bons commentaires sur la COP21 ! J'ai bien apprécié le très gros effort de synthèse que tu as fait. Merci de la part du lecteur fidèle de ton bloc, que je suis ! En particulier, tu mets l'accent sur la nécessité d'une gouvernance mondiale. C'est bien la noble mission de nos gouvernants de se mettre au service de l'humanité, d'une humanité en marche vers l'unité, malgré tous les conflits et égoïsmes que nous voyons aujourd'hui.
Robert Jamen

Didier Chambaretaud a dit…

Bonjour Robert,

Merci à toi pour ce commentaire.

Oui cet article salue le bout de chemin effectué. Il m'est apparu sur ce sujet et un peu par hasard (la grippe !) que le contenu officiel (le réchauffement, le CO2, l'urgence ...) n'était pas le point important et qu'il fonctionnait comme un dogme. Pour paraphraser Saint Ex, ici vraiment le cheminement valait plus que la destination !

Alors j'ai choisi de souligner ce point-là plutôt que de trop souligner les réserves qu'un esprit un peu scientifique devrait nourrir sur les contre-vérités climatiques qui développent les peurs de ceux (nous) à qui on demandera de payer la note (on commence déjà à parler de taxer un peu plus les carburants et autres causes d'émissions de CO2).

Aux USA au moins, le débat sur les émissions de CO2 et leurs conséquences réelles ou supposées est ouvert et durement, républicains et démocrates ont leurs lobbys et leurs arguments. Chez nous, il est malvenu de mettre en doute le dogme et l'on continue de débattre sur les appareils politiques ou l'existence ou non d'une différence entre la droite et la gauche pour contrer le FN.

Quelle gouvernance globale pour quelles adaptations collectives aux véritables urgences planétaires devrait être notre questionnement de fond à mon sens.

Jean-Claude Dussaucy a dit…

Une gouvernance mondiale ... Je crains que ce ne soit qu'une belle utopie quand on voit les difficultés rencontrées par la tentative de gouvernance européenne !
Toutes ces promesses et cette euphorie des participants risquent d'être des feux follets.

Didier Chambaretaud a dit…

... comme l'ont été la Société des Nations, l'ONU et nombre d'initiatives mondiales qui semblent aujourd'hui servir de serres cultivant de nouveaux dogmatismes qui vont servir à la confection de nouveaux impôts ... sensés éviter de nouveaux conflits.

En attendant, que ce soit à cause de l'urgence climatique ou d'autres urgences planétaires plus réelles, ce qui semble nécessaire c'est une adaptation collective. Jusqu'ici les adaptations ont toujours été violentes et ont toujours servi le plus fort. Un début de gouvernance mondiale peut être un premier pas, certes utopique, mais un premier pas vers une alternative.

Ce qui me semble dommage c'est que l'unanimité qui est sensée en former le socle soit aussi fragile et contestable.

Merci de votre commentaire.

Saranne PEYTHIEU a dit…

Merci pour cet article, en effet, cela m'a semblé tout de suite saugrenu de ne parler que d'un objectif de "degrés". Qu'en est-il des problèmes démographiques (hausse de la population mondiale) ?