vendredi 20 janvier 2012

Elle survit à une chute de 100 m au milieu des crocodiles !

Voici un titre bien inhabituel pour ce blog: "elle survit à une chute de 100 m au milieu des crocos" ! Je voudrais traiter de ce qui est vraiment important: l'état d'esprit approprié en situation dangereuse. A travers, un fait divers, voyons comment, gentiment, sans y penser plus que cela, la presse nous abreuve d'informations qui finissent par devenir le décors de notre vie quotidienne, décors qui a certainement une influence sur notre propension à agir correctement ou pas ou à ne pas réagir du tout.

Examinons les faits comme disait Aristote:

Peut-être aviez-vous lu le titre ci-dessus ici ou là, cette histoire a été diffusée le 13 Janvier. Qu'avez-vous appris de cet événement ? Voici le lien de la vidéo sur yahoo. La vidéo originale de ses amis est plus claire que celle diffusée par les média:



Est-ce vrai ?  Je le crois à 100%. Le risque existe-t-il ? Oui Erin Langworthy aurait pu se noyer. Plutôt banal, alors, pourquoi y revenir ici ? Parce que la présentation des faits est "ordinairement" abusive. Analyse:

En quoi la relation du fait divers est-elle abusive ?

Le pont est à 111 mètres au dessus d'une portion rapide du Zambèze peu avant les chutes Victoria. La vidéo "privée" montre du courant et des rives escarpées. Gagné, vous venez de comprendre qu'il n'y avait aucun croco. Aucune proie des crocos ne traverse ou ne se baigne dans un fort courant, les crocos eux-mêmes attendent dans des eaux très calmes et ne prennent pas le risque d'être emportés dans les rapides. Aucun danger donc pour la jeune fille de ce côté. Quoi d'autre ?

On peut supposer que l'élastique a cédé lorsqu'il a supporté la tension la plus forte ou peu avant ce moment précis. Réfléchissez, n'est-ce pas justement le point d'inversion du mouvement de chute ? Bien sûr que si ! C'est donc au moment même où Erin était presque immobile au bout du fil avant qu'il ne se contracte à nouveau que la véritable chute a commencé c'est-à-dire quand Erin est arrivée relativement près de la surface de l'eau.  Sur le film, on voit nettement ce moment. Erin tombe à l'eau environ 1 à 2 secondes plus tard en partant donc de tout en bas et d'une vitesse initiale quasi-nulle... C'est d'ailleurs pour cela que le saut à l'élastique au dessus de l'eau est presque sans danger.

Si le décors est spectaculaire (la photo de droite montre les Victoria Falls où conduisent les rapides de la vidéo), la véritable chute, elle, s'est donc limitée à une douzaine de mètres au plus ce qui a cependant suffi à lui causer une fracture de la clavicule à l'entrée dans l'eau ou en cognant une pierre après. Une fois dans l'eau, le véritable danger qu'elle courait était de se noyer. Mais qui aurait été intéressé par un titre du genre: "une touriste manque de se noyer dans un rapide" ?

Quelle est la leçon de cet heureux dénouement (si j'ose dire !) ?

Une fois écarté le sensationnel journalistique, cet événement reste intéressant. Pourquoi ? Cette jeune fille est en réalité bien "câblée". Vaincre le vide est facile, nager au milieu de crocos qui font leur sieste à plusieurs centaines de mètres en amont ne présente aucune difficulté, en revanche Erin a bien sauvé sa peau en ayant le bon réflexe. Lequel ? Elle le raconte, son seul véritable risque était que la corde ne s'accroche et que le courant ne la fasse couler Mourquoi , la presse ne s'intéresse-t-elle pas à son récit ? Plutôt que de lutter pour rester à la surface, elle a alors plongé pour libérer ses pieds. Elle a lâché prise pour mieux se sauver (je fais ici expressément référence aux travaux de Paul-Henri Pion). Et elle a survécu. Elle explique aussi que la veille, son instructeur de rafting lui avait enseigné les gestes à faire pour survivre dans un rapide ! Voilà quelqu'un que l'on a oublié de féliciter.

J'ai emmené mes enfants faire ce genre de saut sans danger réel (au dessus de la Vienne près de Poitiers (ci-contre au viaduc de l'île Jourdain: 40 mètres, pas de courant et pas de crocos !). Voyez comme le sauteur vient frôler l'eau du bout des doigts. L'élastique amortit la chute et s'il casse, plouf, une petite trempette ! L'émotion est réelle, le risque est nul.

Ne sommes-nous pas tous un peu victimes du sensationnel qui nous fait passer à côté de l'essentiel ?  Le saut de Benji au dessus du Zambèze est un beau prétexte, de la mousse médiatique. En revanche, le geste de survie d'Erin que personne n'a vu montre que même en jouant à se faire peur, il faut rester vigilant et savoir réagir. Je regrette que la presse n'ait pas saisi l'occasion de souligner non pas le "miracle" (il n'y en a aucun) mais la belle envie de survivre de cette jeune fille et la qualité de l'enseignement de son guide de rafting ...

En quoi sommes-nous concernés ?

Besoin de montrer le spectaculaire, de se faire peur sans prendre de risque et de s'extasier une demi-seconde sur une banalité qui nous concerne mais ne nous implique pas ...banal ! Pourquoi insister alors sur cette "brève" ? Parce que je me demande s'il en est autrement de sujets plus "sérieux" tels que les causes des accidents de la route ou la crise économique par exemple ? Et de tant d'autres ...

Ne sommes-nous pas intoxiqués par de trop hautes doses de "sensationnine" et de "sécuritine" qui se font miroir dans la presse et qui tendent à obscurcir notre jugement et in fine à nous empêcher de nous préparer à agir correctement le moment venu en tant qu'automobiliste comme en tant qu'acteur économique ? Ce temps de cerveau disponible que l'on occupe stérilement avec du sensationnel et du spectaculaire ne nous prépare-t-il pas à prendre l'habitude d'accepter des mesures sécuritaires aux visées électoralistes et aux effets peu évidents qui, peut-être, prendront le pas sur des actions de fonds bien plus utiles ?

Au volant comme dans l'économie, en cas d'événement brutal (ou perçu comme tel), j'ai l'intuition qu'il serait payant de se préparer à réagir, à s'ajuster et donc à changer de trajectoire, à lâcher prise au bon moment comme a su le faire Erin Langworthy pour préserver sa vie. Je n'ai pas pu m'empêcher de faire le parallèle entre la chute d'Erin et celle de la notation de la signature d'emprunteur de la France ... par exemple.

samedi 14 janvier 2012

Pour une agence de notation de la gouvernance ....

Image : © Philippe Huguen afp.com
Par les temps qui courent, pourquoi ne pas sacrifier à l'actualité ? Je vous livre donc une courte réflexion personnelle additionnée d'éléments de référence sur le rating de la France, plus une idée. La France vient donc de perdre son « AAA » comme attendu depuis quelques semaines que faut-il craindre ? Mais avant cela, comment marche une agence de notation ? Voici une vidéo assez claire qui nous explique ce que font en réalité ces agences privées :


Elles essaient d'évaluer le risque de défaut d'un emprunteur. Si vous prêtez, vous aimez penser que l'on vous remboursera. En 1346 déjà, le roi d'Angleterre Edouard III ayant financé sa guerre (qui allait durer 100 ans) contre son cousin le roi de France Philippe VI auprès des banquiers florentins Baldi et Peruzzi*, mais ne pouvant pas payer, il décida ... de ne pas rembourser. Première crise des dettes souveraines (on comprend maintenant l'origine du nom) et faillites en chaîne des banques européennes. 

Les agences protègent les créanciers de ce type de risque en évaluant la solvabilité et la volonté de rembourser des Etats et des institutions publiques ou privées : banques, entreprises, collectivités locales … Nous parlerons ici plus précisément du « Sovereign Currency Rating » publié mensuellement. Cette note donne une idée de la qualité de la signature de l'Etat français auprès de ses créanciers. La voici : AA+/Negative/A-1+ . La baisse ne porte que sur le court terme et sur la tendance. La note long terme est inchangée (A-1+) et reste la « meilleure (ex-equo)» de la classe.

Que dit-on de ce changement ?

Baroin : « dommage mais pas si grave ! ». Assez d'accord, voici ce que signifie « AA » (la nouvelle note) : « AA: An obligor rated 'AA' has very strong capacity to meet its financial commitments. It differs from the highest-rated obligors only to a small degree. » La France a donc toujours une « très forte » capacité à respecter ses engagements, un peu moins que d'autres comme l'Allemagne ou le Royaume Uni mais à peine … La tendance est tout de même à la baisse ce qui n'est jamais bon signe.

Royale : « cela sanctionne la politique de Sarkozy ». Bof, cela sanctionne surtout les déclarations fanfaronnes de ses ministres des finances surtout de C. Lagarde en son temps. « cela sanctionne la faible croissance de la France ... ». D'accord, la France a une croissance de 1,75% contre 3% en Allemagne c'est-à-dire une quasi récession. L'écart finit par se remarquer.

Mélenchon : « résister au dictat des marchés ». Pas d'accord, ce serait rendre le thermomètre responsable de la température, l'agence de notation semble plutôt indépendante et dans son rôle compte tenu du système de pensée en vigueur. On pensait à droite qu'elle attendrait la fin des élections pour dégrader la note de la France, comme quand TF1 attendait le feu vert de l'Elysée avant de conclure sa réunion de rédaction … c'est raté. Du coup, c'est un mauvais point pour Sarkozy … mais uniquement parce que les média ont la vue très courte, car ...

Bayrou: « cela traduit l'échec prolongé de tous les gouvernements de la France depuis très longtemps ». Tout à fait d'accord, nous vivons à crédit (5,7% de déficit) quand nos voisins font mieux (1% en Allemagne), il est logique que la différence se paie. Dans les années 1960, les allemands disaient de la France : « la France voyage en 1ère avec un billet de seconde », voilà, nous sommes logiquement priés de changer de voiture, mais le train n'a pas encore déraillé !

Notez que les oiseaux de mauvais augure ont tort d'affirmer que les commentaires sont désinvoltes. Les politiques prennent maintenant la chose au sérieux ... surtout dans la perspective de la campagne électorale. Après ... on verra. Ce serait plutôt cela qu'il faudrait regretter. Je vous laisse en juger.

La tendance est négative à court terme

Voilà donc que la « Direction » de la France est sanctionnée comme prévu du fait d'une conjoncture morose et d'une durable incapacité à s'y adapter. La France rejoint dans sa performance (mêmes notes) celle de la Belgique sans gouvernement élu depuis longtemps, celle de la Chine communiste mais nouvel étalon de la croissance, du Japon dont on parle moins, de l'Autriche où l'on ne vit pas si mal et des USA, gendarme et valeur refuge planétaire.

Sur le court terme qui est l'horizon véritable de l'analyse de l'agence de notation, le plus simple est donc de dire qu'il ne s'est pratiquement rien passé ! L'Euro a baissé un peu mais il est si surévalué ..., la bourse a baissé mais on en a l'habitude, elle est chroniquement dépressive et se reprendra  car la note était anticipée. L'Espagne et l'Italie viennent d'emprunter à des taux assez bas malgré leur note inférieure à la nôtre ce qui est plutôt bon signe… alors ? Il ne s'est rien passé à court terme. Un non-événement médiatique !

La secousse n'a pas été assez forte pour sauver le long terme !

C'est d'ailleurs-là une chose qui devrait nous inquiéter car si les transformations sont presque imperceptibles mais profondes, comme je le crois, elles nécessitent une vraie prise de conscience. Certains disent que les belges sans gouvernement ont fait aussi bien/mal que nous. Alors à quoi sert notre « Direction » élue à nous ? Pour ma part, je serais un peu rassuré si cette dégradation très relative servait à nous réveiller vraiment. C'est-à-dire à ce que nous poussions notre nouvelle Direction, quelle qu'elle soit, à conduire les réformes structurelles en plan depuis 30 ans.

Le but n'est pas de choisir entre faire des économies ou faire de la croissance, il faut :
  • Faire des économies ET ...
  • Faire de la croissance tout en préparant …
  • une AUTRE croissance, seule garante d'un renouvellement de notre société et de ses perspectives.
Je crains donc que l'alerte n'ait pas été assez forte pour cela !

Faut-il étatiser le thermomètre … ?

Il y a un an, le journal Alternatives Economiques disqualifiait les notations des trois grandes agences parce qu'elles seraient à la solde … des banques, du complot mondialiste, du grand Capital, de la Droite (après les « … », c'est moi qui énumère par dérision, pas le journal que je trouve par ailleurs souvent pertinent). Il proposait une agence de notation nationale indépendante ! Il est vrai que ces agences sont privées (S&P est filiale de l'éditeur US Mc Graw Hill). Elles dépendent des Banques et des grandes entreprises qui leur commandent des analyses comme les auditeurs dépendent de ces mêmes entreprises qui les payent pour certifier leurs comptes…

Je persifle parce que nos esprits français sont souvent tentés de renverser la table de jeu à laquelle nous  sommes si confortablement assis. D'un trait de plume, on renverserait le « système libéral-capitaliste » pour opter pour un « national/social-caporalisme». Personne, en vérité, ne dit plus sérieusement cela, on se contente, parce que l'on ne sait pas quoi dire, de proposer une sorte d'ORTF de la notation financière qui serait un gage d'indépendance …(LOL)

… ou en inventer de nouveaux ?

Toujours ce principe du débat du Bien contre le Mal et réciproquement … tiers exclus etc, je l'ai déjà dit. Alors, je vous propose une idée : et si dans pour rassurer les investisseurs (dont personne ne peut se passer, pas plus que de la « finance » dont le rôle est de les rapprocher des acteurs qui font usage de leurs fonds), on essayait autre chose EN PLUS des « big 3 » ? Les chinois ont certes Dagong leur propre agence de rating façon ORTF... Et si, une agence de notation indépendante se développait qui saurait peu à peu intéresser les populations et les politiques à l'évaluation des projets des entreprises, des collectivités locales et des Etats sur la base :
  • de l'équité de leur gouvernance ,
  • de la durabilité de leur politique,
  • de la compétence et de l'honnêteté de leurs dirigeants,
  • de la qualité de leurs résultats pour :
    • leurs clients/administrés,
    • leurs employés,
    • leurs partenaires,
    • leurs actionnaires
    • et la planète ?
Je suis sûr que si l'idée me vient, elle est venue à des tas de gens. Nous passons-là sans en avoir l'air de l'estimation de la solvabilité à l'analyse de la gouvernance. Je m'en rends compte mais n'est-ce pas le vrai problème ? Soyez gentils de me suggérer vos idées pour documenter ce sujet dans de futurs billets si cette proposition évoque des choses pour vous.

* je vous présenterai ultérieurement un livre sympathique à ce sujet.

jeudi 12 janvier 2012

Michel Onfray sur le capitalisme de Gulliver

Aujourd'hui permettez-moi de vous dire un petit mot du philosophe Michel Onfray qui m'est resté sympathique malgré les joutes médiatiques stériles concernant le Freudisme dans lesquelles il s'est laissé entraîner récemment. Dans cette courte vidéo, il soutient de façon pragmatique une certaine forme de capitalisme qui recoupe à la fois la réalité profonde de l'Entreprise et de nombreuses micro-initiatives d'aujourd'hui. 

Alors que l'actualité économique et financière a fait déferler sur nous une vague d'angoisse et de prédictions plus ou moins apocalyptiques, voici donc une posture intéressante produite à l'occasion de la publication du dernier livre d'un philosophe habitué à dénoncer les supercheries intellectuelles: Manifeste hédoniste


En résumé ...

Michel Onfray, philosophe "populaire" et médiatisé que j'ai eu le plaisir d'écouter et de rencontrer lors de mes années normandes croit en une forme de capitalisme "libertaire" capable, par ses multiples liens de lilliputiens, de ligoter le géant qui dysfonctionne aujourd'hui. Son capitalisme est à rechercher dans l'initiative personnelle, dans les coopératives, le mutualisme ... certainement aussi dans l'économie solidaire ou de Communion (ça c'est moi qui complète). C'est une véritable idée car à l'opposé de tout militantisme politique ou religieux. La simple observation montre que la vision du philosophe correspond d'une part à l'origine et à la genèse du capitalisme que nous connaissons et d'autre part au mouvement naturel des initiatives humaines.

Il est intéressant que ce soit Onfray qui la diffuse. A la fois homme de gauche, vraiment issu du peuple, enseignant-philosophe à succès, ni financier, ni économiste, Michel Onfray était simple prof de lycée technique qui a quitté le confort de son statut protégé pour devenir le chef d'entreprise de la PME-Michel-Onfray ... qui marche bien et qui fait des envieux. Des centaines de milliers de livres vendus et depuis neuf ans, chaque semaine, 5 à 600 personnes dans un amphi pour entendre parler philo et souvent de philosophes totalement inconnus (à l'université populaire de Caen). Vous connaissez beaucoup d'hommes politiques qui seraient capables de tenir des meetings de 500 personnes toutes les semaines pendant 9 ans ? Je l'ai déjà dit, nos contemporains sont à l'écoute, ils recherchent quelque chose d'autre ...

L'importance du discours catastrophiste:

Je rendais compte le mois dernier de divers discours qui présentent un constat souvent juste et devenu évident depuis:
  • la crise des subprimes en 2008, 
  • la crise des banques et la première récession qui s'en sont suivies,
  • l'accentuation des déficits publics depuis lors doublée d'une très faible croissance du PIB, 
le tout aboutissant désormais:
  • à la crise des dettes souveraines, 
  • de nouveau à la crise des banques, à l'augmentation du coût du crédit et à sa raréfaction pour les PME et les particuliers et à une nouvelle récession
  • et enfin à la crise de l'Euro qui n'a pas été accompagnée le pilotage politico-monétaire ad hoc,
  • et possiblement à une profonde Dépression.
Ce discours constitue la suite "pendulaire" logique des paroles toujours déçues: celles de la classe politique européenne et française (j'ai évoqué par exemple dans ce blog la régularité avec laquelle C. Lagarde s'est trompée), celle des économistes "officiels" très sollicités par les média et proches de grands groupes comme ceux qui forment  le Cercle des Economistes ...

Puis vient en contrepoint de ces discours destinées à garder les populations "en ligne", la voix de ceux-qui-avaient-prévenu. Du coup, ils apparaissent à pas mal de gens respectables comme de nouveaux prophètes, parfois à leur corps défendant d'ailleurs. Leurs analyses et leurs dénonciations doivent autant à la justesse de leurs constats qu'à la permanence de leurs idées fixes.... Il m'est arrivé de m'indigner d'affirmations catastrophistes aussi délirantes dans le pessimisme que l'étaient les officielles dans l'optimisme. Paul Jorion disait par exemple: "le capitalisme est mort, c'est un cadavre ..." sans faire vraiment l'effort d'expliquer son point de vue dans les grands média. Du coup, le débat perd beaucoup de son intérêt.

Entre les deux discours, la grande majorité des "acteurs" économiques, salariés, patrons etc ... subit à la fois les conséquences des crises et le chaud et froid de débats qui n'aboutissent qu'à laisser:
  • une impression d'incompétence (personne ne sait vraiment), 
  • de confusion (comment démêler un sens dans toutes ces oppositions mystérieuses)
  • de fatalité et d'impuissance (personne ne peut rien), 
  • de complot (les puissants confisquent tout à leur profit), 
  • de découragement (à quoi bon), 
  • de ressentiment (certains s'en sortent très bien malgré tout),
En quoi ceci nous concerne-t-il ?
Les excès actuellement cruellement ressentis de ce que l'on a nommé "libéralisme" ou "financiarisme" ont des effets violents sur l'économie en général, ce qui suscite un peu partout un rejet violent compréhensible. Le communisme, tout aussi violent, avait auparavant  radicalisé, lui aussi, le débat. De sorte qu'il n'existait rien entre capitalisme mortifère et communisme rayonnant idem si les adjectifs sont échangés. Nous sommes-là dans un grand classique de la pensée occidentale du "tiers exclu" ... de la "France coupée en deux", du "bouc-émissaire" ...
Le dualisme actuel entre optimisme officiel et catastrophisme nous renvoie donc nettement à ce néant, ouvrant la porte à des discours défaitistes et obscurantistes relookés. Et pourtant de nombreux acteurs économiques ont des idées, des envies, des projets. C'est justement dans l'entre-deux de ce débat stérile qu'apparaissent actuellement les transformations discrètes génératrices de nouvelles pousses. La position de Michel Onfray recoupe cette conviction, c'est pour cela que je le cite à nouveau. Produire ensemble de façon compétitive et agréable peut entrer dans les visées jubilatoires du philosophe hédoniste mais aussi dans le pragmatisme du chef d'entreprise. Et c'est justement ce qui se passe dans une PME qui marche bien.
Pour le philosophe donc, le capitalisme a toutes ses chances de "faire le métier" comme disent les journalistes de "L'Equipe" car il l'a toujours fait même quand il ne savait pas qu'il portait ce nom-là. J'ajouterais ... pourvu qu'on puisse lui conserver une partie de l'épargne disponible pour son développement (c'est à cela que doit servir la Finance) et qu'on laisse espérer et prospérer ceux que l'on n'invite pas souvent à prendre part au débat (c'est à cela que pourrait servir au moins une partie des media) ...

Réseau et transformations discrètes

Je vous livre cette opinion  parce qu'elle témoigne, selon moi, d'un changement subtil du réseau des opinions qui se transforme en profondeur et discrètement et grâce auquel il reste permis d'espérer. Un personnage, comme Michel Onfray sans être économiste, est cependant placé sur un "noeud" intéressant et d'une certaine importance car il est à la fois dans le réseau sous-jacent qui bouge discrètement et très visible dans les médias superficiels. Et il propose une vision simple (étonnant pour un intellectuel français) que l'on retrouve chez de nombreux acteurs économiques: "je ne comprends rien au méga-système de Gulliver mais moi lilliputien, je peux et je dois agir ..."

La grande nouveauté, c'est que ces options lilliputiennes ont aujourd'hui la faculté de s'agencer assez vite en réseaux hors des centres de décision classiques. L'université populaire de M. Onfray est devenue une référence hors du système universitaire classique, comme le micro-crédit finance les projets des plus pauvres hors du système bancaire, comme les villages aux pieds nus de Bunker Roy s'organisent pour vivre et produire hors du système étatique indien ...Je crois même pouvoir prédire selon mon observation actuelle en France qu'à mesure que leurs budgets s'amenuisent, élus locaux et (fait nouveaux) représentants locaux de l'Etat deviennent attentifs à ces petits changements qui prennent forme sous leur nez....

vendredi 6 janvier 2012

Steven Vromman: sa consommation diminue et son audience augmente !

Steven Vromman est coach et accompagne des entreprises dans la réduction de leur empreinte écologique. L'histoire ne dit pas si c'est avant ou après qu'il a décidé de réduire drastiquement sa propre empreinte écologique. Je vous parle de lui comme d'une illustration de l'un des grands chantiers que je vous annonçais à ouvrir d'urgence. Lui, à son échelle, il le fait tous les jours.
Je n'aime pas livrer ici des vidéos journalistiques banales qui ne nous épargnent aucun clichés. A défaut de mieux, celle-ci vous permettra de faire connaissance avec cet écolo congruent (il met sa pratique et ses idées en harmonie):



En résumé que fait Steven concrètement ?

1) Moins consommer: mutualiser les objets durables ou culturels (livres, musique, films) par exemple en louant ou en empruntant plutôt qu'en devenant propriétaire et en entassant ...
2) Réutiliser: plutôt que d'acheter du neuf, acheter des objets usagés courants en brocantes ...
3) Acheter des objets sans emballages pour réduire les déchets
4) Consommer des produits de saison et de proximité afin de réduire les transports et les intermédiaires.
5) Economiser l'électricité en utilisant des ampoules basse consommation et des multiprises avec interrupteurs.
6) Laver à basse température
7) Ne pas utiliser sa voiture pour des trajets de moins de 5 km
8) Passer ses vacances à proximité en se déplaçant à vélo
9) Isoler partout
10) Utiliser un fournisseur d'énergie verte
11) Récupérer l'eau de pluie
12) Manger moins de protéines animales.

La vidéo montre son quotidien. C'est vivable et même "fun" parfois sauf que je n'ai pas l'intention d'arrêter de faire des barbecues même en hiver ...!


Quels sont les résultats concrets ?

Très simples: en vivant ainsi, cet urbain, consultant en "Développement Durable" démontre ce que faisaient d'ailleurs mes 4 grands-parents, à savoir qu'on peut vivre en réduisant son empreinte écologique de 80 %. Au passage, il enregistre aussi une économie de 500€ par mois (j'aurais dit plus ...). J'ai déjà dû vous dire que je ne crois pas à l'écologie qui coûte plus cher. Mais c'est un bon début.

A la différence de mon ami Patrick Baronnet qui vit à la campagne ou de Serge Latouche qui prône l'a-croissance d'un point de vue théorique, Vromman nous montre que c'est possible pour la majorité d'entre vous comme c'est possible pour nous dans la pratique. Une fois n'est pas coutume, je vais vous montrer 4 petites choses que nous faisons, nous-aussi en milieu suburbain (comme de nombreuses autres familles ... mais surtout en Allemagne et au Bénélux). Mais il n'y pas qu'en Flandre qu'on met en oeuvre des actions pratiques.

Nos petites expériences familiales:

Voici quelques illustrations photographiques de nos petites expérimentations privées:
 
1) Lessives naturelles (nous n'achetons plus de détergents depuis deux ans): lessive de cendre, de lierre, de savon de Marseille et quelques autres produits ménagers naturels.
2) Récupération de l'eau de pluie et usage à la place de nos chasses d'eau en plus de l'arrosage du jardin.
3) Compost des déchets végétaux d'alimentation et du jardin.
4) Cultures "en carré" sur notre balcon et dans des coins du jardin.


Faites moi savoir si vous souhaitez en savoir plus.

En quoi ceci nous concerne-t-il individuellement ?

Voir Vromann chez lui porte à sourire peut-être ... On se dit: c'est pas pour moi, pas l'espace, pas le temps, ridicule, ce n'est pas ma vie ... Quand nous avons rencontré Patrick et Brigitte Baronnet nous avons un peu pensé cela et puis nous avons voulu expérimenter. En l'état actuel de l'habitat, il vaut mieux en effet avoir un peu d'espace. En l'état actuel du monde du travail urbain, le temps est compté ... pourtant quand on essaie, on découvre plusieurs choses:

1) Cela prend en effet du temps et un peu d'espace (c'est pour cela que nous n'avons pas de toilettes sèches par exemple (du coup nous n'aurions plus besoin de chasses d'eau) mais on redécouvre des évidences: le cycle de l'eau, de la germination de la décomposition, du temps qu'il fait.
2) On fait de multiples petites économies. Ce n'est pas pour rien que se développèrent à différents moments les jardins ouvriers par exemple: ils fournissaient une base alimentaire aux plus pauvres.
3) Les tomates du balcon sont vraiment très bonnes !
4) C'est possible !

Anecdote: comment nous en sommes vraiment venus à économiser l'eau des toilettes.
Il y a un an, au seuil de l'hiver, panne de chaudière, simultanément avis de la compagnie des eaux concernant une consommation anormale d'eau (fuite ?). Passons sur l'intervention des chauffagistes qui ne sont ni plombiers, ni terrassiers. Arrivée d'eau détruite, chaudière plus installable donc pas d'eau, pas de chauffage pendant deux semaines, le temps que mes fils et moi fassions nous-mêmes les travaux (et apprenions à les faire du même coup). Ces travaux de terrassement respectueux de notre haie et de notre terrasse nous les avons faits à la main,  avant de rétablir l'eau puis le chauffage.

Nous avons à ce moment-là décidé de capter notre eau comme le font déjà beaucoup de familles belges ou allemandes afin de ne plus risquer de nous laver à l'eau minérale.  Nous avons même , de temps à autre expérimenté les toilettes sèches dans le jardin à cette occasion... Concrètement, nous avons compris l'intérêt de mettre en oeuvre des solutions "directes", raisonnables, économiques et de surcroît écologiques. Nous avons acheté une citerne extérieure de 500 litres qui sert surtout au jardin. En outre, l'hiver venant et craignant le gel, nous avons voulu la vider sans perdre l'eau. D'où les seaux d'eau à côté des toilettes ... et nous avons continué pour voir !

En quoi ceci nous concerne-t-il collectivement ?

Prenez seulement cette collecte d'eaux pluviales en attendant les toilettes sèches. Imaginons que, ne voulant plus transporter de seaux,  nous décidions d'aménager les toits, les combles et/ou les jardins de nos habitations urbaines ou suburbaines pour stocker l'eau de pluie, c'est 30% au moins de notre consommation d'eau que nous économiserions, 70% si nous nous lavions avec à l'eau de pluie. Pensez qu'aujourd'hui nous traitons et transportons notre eau chlorée pour que 30% passent directement dans nos toilettes et 40% dans le lavabo ! Est-ce bien raisonnable ?

Ce que je viens de décrire trop vite est théoriquement réalisable sur une grande échelle. Pourquoi pas chez vous ? Il est vrai que du coup, nous qui avons le privilège en France de disposer de trois compagnies des eaux de taille mondiale, si nous faisions tous cela, l'équivalent de la totalité du chiffre d'affaires de l'une d'elle, voire de deux, disparaîtrait.  Cela ne serait pas sans conséquences  entre sur le prix unitaire du m3 ... il faudrait continuer à amortir les installations et les coûts fixes !

Mais il y aurait alors changement, matière à négocier et à aller plus loin. Car je voudrais avant de finir souligner que mon intérêt pour ce genre d'actions n'est pas d'espérer sauver la planète (elle se sauvera avec ou sans nous !) mais sauver notre porte-monnaie. L'écologie ne réussira que si elle nous permet de vivre mieux et moins cher ! Et en cette matière comme avec l'eau de pluie, les petites ruisselets font les grandes économies.

dimanche 1 janvier 2012

De la virilité aux vertus du jardinage !

Ce billet fait suite à mes réflexions sur l'évolution de notre cadre moral. J'avais pris pour support un film policier. Cette fois, je m'appuie sur un travail universitaire pour signaler une évolution significative de notre environnement social sur un sujet que je trouve voisin car il renvoie à l'ordre patriarcal de notre société.

Le code d'honneur des voyous n'est autre qu'une morale de l'action violente supportée par d'indéniables flots de testostérone. Cette morale-là n'opère plus non pas parce que celle des bourgeois a triomphé mais parce que leur socle commun se transforme avec la fin de la société et de la morale dites "viriles", c'est peut-être ce que nous suggèrent les recherches ci-après.

L'histoire de la virilité: 

Je viens donc de découvrir le travail d'un groupe de 40 historiens-chercheurs de l'EHESS qui publient une véritable "somme" sur  l'histoire de la virilité:

Histoire de la virilité : Tome 1, De l'antiquité aux lumières, L'invention de la virilité
Histoire de la virilité : Tome 1, De l'antiquité aux lumières, L'invention de la virilité
Histoire de la virilité : Tome 3, La virilité en crise ?, Le XXe-XXIe siècle


Voici une vidéo de Georges Vigarello, l'un des directeurs avec Alain Corbin de cet ouvrage phénoménal:


J'aime bien que l'on puisse parler dans le même ouvrage de Sparte, des guerriers de l'An II et du rugby actuel ... et j'aime bien penser que notre société et nos écoles sont capables de produire des réflexions de cette ampleur-là ! Je vais donc m'appuyer sur ce travail pour mettre en perspective les remarques que je faisais au sujet du film "les lyonnais".

Que nous apprennent finalement les chercheurs de l'EHESS ?

Eh bien, les valeurs viriles auxquelles se rattachent nos représentations de l'honneur et de l'héroïsme que les papis gangsters de mon précédent billet ne peuvent plus porter dans leur activité criminelle semblent finalement une illustration d'une évolution plus générale. La somme historique sur la virilité évoquée ci-dessus nous présente une transformation majeure et d'ailleurs pas si silencieuse en Europe. La domination de l'homme "viril" s'est exercée sur:
  • son propre corps et sur sa propre douleur,
  • sur son foyer et donc sur sa compagne et sur sa terre,
  • et, pour l'homme de pouvoir, sur les autres hommes de la tribu puis de la cité,
  • et, pour le combattant passant de guerrier à soldat, sur ses ennemis au champ de bataille,
  • puis, pour l'homme occidental, sur les autres cultures et continents,
  • et enfin par la technique pour l'Homme comme concept sur la Nature elle-même...("L'homme doit se rendre comme maître de la nature", Descartes, discours de la Méthode, sixième partie)
Or voici venir la fin de cette évolution:
  • la douleur sensible aux femmes selon la tradition (d'où le mot sensiblerie) le devient aussi aux hommes qui ne sont plus "durs au mal" mais qui sont hospitalisés avec des traitements anti-douleurs même sur le champ de bataille,
  • le foyer se recompose, la compagne a dû prendre son destin en mains,
  • l'activité n'est plus que rarement en rapport avec la terre autour de l'homme,
  • la guerre qui s'est faite un temps en rampant et non plus debout a lieu maintenant par drones et écrans interposés,
  • le colonialisme et les conflits violents sont officiellement stigmatisés (plus le droit de nier les génocides en France même si l'on est d'origine turque !),
  • et la domination par la technique de l'Homme sur la Nature touche à sa fin: le climat change et la mer monte ! 
En voici une critique qui me semble un peu trop centrée à mon goût sur la question du genre. En voici donc une autre qui se termine sur des considérations sportives et rugbystiques beaucoup plus dans mes goûts ! Mais je voudrais aller un peu plus loin.

Tout se passe donc comme si, au delà du travail réalisé depuis quelques décennies sur les "genres" (gender studies), c'est toute une morale, toute une posture de l'Homme vis à vis de son extériorité qui est peu à peu remise en question. Comme nos papis gangsters du film "les Lyonnais" qui ne peuvent plus être de simples héros "durs de chez durs" mais qui doivent choisir entre se ranger ou vivre en salops. 

Les sociétés antique, traditionnelle, moderne parce qu'elles étaient en perpétuelle croissance ou reconstruction, permettaient que soient exaltée la figure du "vrai homme". Maintenant que notre monde se tasse sur lui-même, demande de l'attention minutieuse et non seulement de l'énergie, le seul profil viril ne fonctionne plus. Peut-être le panachage en cours en Europe des valeurs traditionnelles viriles avec des valeurs plus "féminines" est-il annonciateur de changements subtils mais essentiels ?
    En quoi sommes-nous concernés ?

    La question est de savoir si cette transformation est une exception européenne ou un signe avant coureur d'une inflexion de l'humanité en général. Envoyons les raccourci:

    Les femmes voilées vont-elles, elles-aussi, décider de s'affranchir du pouvoir viril dans les autres cultures humaines comme je l'ai cru des femmes de la place Tahrir en Egypte ?
    Les extrémistes vont-ils avoir la frousse de revêtir des ceintures d'explosifs pour la Cause et avoir le bon sens de renoncer aux vierges du paradis des martyrs ?
    Les pauvres du tiers monde vont-ils accepter la perspective d'une sobriété heureuse plutôt que celle d'avoir comme nous une automobile et un frigo dans chaque foyer ?
    Les brésiliens (à titre d'exemple) vont-ils accepter d'arrêter la déforestation amazonienne et les bateaux usines russes de piller les fonds marins mauritaniens et malgaches ?
    Les très riches de partout vont ils se rendre compte que la répartition actuelle conduit à de terribles désordres sociaux au delà des questions momentanées liées au "système" financier ?

    Quand le gibier se fait rare, cessons de chasser, devenons jardiniers !

    Avec ces questions-là, on est loin de l'héroïsme viril, me direz-vous ! C'est justement parce que je suggère de jeter des passerelles entre ces diverses notions, toutes liées à la domination: de soi, de l'autre, de la matière, de la nature, de la société, de l'argent. Domination devenue vaine quand on constate partout que toutes ces choses s'usent si l'on n'y prête pas au contraire une attention de jardinier: la santé, les relations sentimentales ou autres, les ressources naturelles ... 

    Comme me le suggère mon ami Robert et cela aurait d'énormes conséquences potentiellement positives dans le champ du management comme dans celui de l'économie globale, sommes-nous peu à peu en train, en Europe, d'adopter les premiers une autre forme de pensée ? Ce serait un mode mixte qui aurait fait son deuil des excès de virilité, en s'adjoignant des valeurs féminines de tempérance. le tout permettrait désormais d'avancer en confiance de façon mesurée, raisonnée et respectueuse (comme le font plus souvent les gens d'âge mûr) dans un monde désormais perçu comme limité et fragile.

    "La vie est un Etat d'Esprit"

    Pour finir, voici  l'occasion pour moi de vous parler de l'un de mes films favoris, Bienvenue Mister Chance (Being There) avec Peter Sellers en 1979 (tiens, tiens fin des années 70s, comme par hasard):


    L'épilogue du film (ci-après) dit "La vie est un état d'esprit". Peter Sellers est décédé peu après la fin du film et sa tombe porte cette épitaphe justement ! 


    Cet Etat d'Esprit me semble le bon pour ouvrir les chantiers que Michel Serres recommandaient dans son dernier livre. Je me demande si ce genre de réflexions se retrouvera incarné dans les débats politiques qui s'annoncent. Ce pourrait être le premier des trois chantiers que j'annonçais le jour de Noël.

    Ce sera aussi ma façon de nous souhaiter une heureuse année 2012...
    déjà annoncée comme terrible,
    je suis certain qu'elle va être en fait la première de notre futur ...
    et je nous souhaite qu'elle soit celle de l'action avec un Etat d'Esprit adapté aux défis à relever.

    Bonne année à tous.

    mercredi 28 décembre 2011

    Les lyonnais: quoi après ... le sens de l'honneur ?

    Les fêtes ont ceci de bon que l'on peut se donner le temps de lire et de voir un peu autre chose. Avec le film d'Olivier Marchal, "les Lyonnais", je voudrais partager non une critique cinématographique mais un loisir familial et une digression historico-philosophique. Olivier Marchal est cet ancien flic qui a fait des films sur les policiers au bout du rouleau. Les retours en arrière de ce film d'action nous présentent les derniers bandits ayant le sens de l'honneur ... On pense aux films de Melville, à Lino Ventura ... Le Monde a titré "les vieux se rebiffent". Allez, hop, je vous donne aussi la bande annonce car ce n'est pas de l'histoire dont je veux vous parler:


    Ce film m'a plu. Je l'ai vu dans un complexe multisalles avec mes fils et l'ami de l'une de mes filles pendant que toutes nos femmes allaient voir un autre film ...

    Les jeunes ont aimé: film pas idiot, de l'action, pas prise de tête. Pas idiot du tout quand j'y songe. Et moi ? En sortant, je leur ai répondu: "oui j'ai aimé ... car ce film nous a parlé de lascards de 50 ans et plus (ils ont la soixantaine, les lyonnais !) qui s'interrogent sur leur jeunesse et aussi sur leurs repères disparus". En plus, les cinéastes d'aujourd'hui ont des moyens et une qualité de prise de vue ... même si le critique du monde a regretté l'absence d'un style vraiment original ... Je veux vous parler à cette occasion des valeurs qui y sont abordées.

    Les Lyonnais : décryptage d'une morale en bout de course
    • Momon, comme Mesrine, vit de braquages mais respecte un code de l'honneur. Pas de violence gratuite, pas de drogue. Les amis et la famille sont sacrés, la parole donnée n'est jamais reprise. Tout écart est puni de mort. Une morale de pionniers de western, de guerriers défendant la patrie en danger et de pauvres immigrants fondant des mafias pour se faire une place dans une société en croissance. Toute la mentalité du cinéma holloywoodien des années 50 à 70. Et du polar français de la même époque. Olivier Marchal en est nourri bien sûr et nous avec.
    • Suttel, le copain de Momon, est traqué par son ancien boss  de la drogue (le grec) et par la police. Momon protège son ami, tente même de négocier. Le grec explique à Momon qu'il ne peut passer l'éponge sous peine de perdre la face (« baisser son froc »). Selon leur code, le grec est donc dans son rôle de « businessman » même si cela ne lui plaît pas de faire  des victimes collatérales comme la fille de Suttel.
    • Pour la même raison, Momon tue le grec qu'il soupçonne en plus de l'avoir trahi autrefois, venge la jeune maman et protège son ami tout en comprenant que ce dernier, au fond, n'est pas clair. Mais pour l'instant les bons sont d'un bord et les méchants de l'autre …
    • Mais voilà que le flic révèle à Momon que non seulement Suttel double le grec mais que ce n'était pas le Grec mais bien Suttel qui l'avait dénoncé à la Police et qu'il est le vrai responsable de leurs années de prison à tous les deux. Momon devrait désormais tuer son ami pour rester un impeccable guerrier à ses propres yeux et en même temps devenir un véritable salop comme le grec qu'il vient de tuer …
    Momon devient faible, il ne sait plus que faire. Le dilemme ne peut pas être résolu par la violence héroïque. En plus, Suttel l'avait autrefois balancé parce qu'il avait craqué sous la torture. Le héros n'a pas supporté la douleur, il a été faible comme est faible moralement Momon à son tour. Ce monde est devenu trop complexe pour un code moral trop simple. Le guerrier héroïque n'a plus sa place. D'abord parce que le plus dur des durs peut être faible à tout moment. Ensuite, la violence mimétique quelle qu'en soit la justification héroïque n'est finalement plus compatible avec une Société « stabilisée » qui doit en garder le monopole à travers sa Justice …

    Le désenchantement du monde:

    Edmond Vidal s'en sortira de justesse (il vit rangé aujourd'hui) après avoir laissé à son ami la possibilité de se suicider. Ultime geste d'honneur du truand qui abandonne et que le flic comprend. La Morale bourgeoise est donc à peu près sauve, le voleur de cerises du début a bien été puni … !

    Eh bien pas tout à fait quand on sait que le flic en question, conseiller d'Olivier Marchal sur ce film, devenu le n° 2 de la DIPJ de Lyon et qui a su user de manipulation avec Momon et certainement d'autres moyens « efficaces » a été mis en examen le 3 Octobre dans une affaire de stupéfiants ! Michel Neyret, le flic, ne s'est-il pas pris au piège lui aussi des méthodes des truands ? En partant du principe que Neyret (photo du Progrès de Lyon à droite) n'est pas un simple ripou (je ne sais pas), ne se serait-il pas mis à jouer les héros, justifiant à son tour des moyens par la fin plus que par le Droit ?

    Le lent travail des transformations silencieuses:

    Comme les gangsters d'Olivier Marchal, il semble donc que la fin ne puisse justifier les moyens, que les vieilles méthodes "violentes mais justes" d'hier ne marchent plus: ni dans la guerre, ni dans la pègre, ni en famille, ni avec les femmes, ni en société, ni avec le climat ... et je dirais même pas davantage dans l'entreprise ni dans l'économie. Je reviendrai sur tout cela dans un prochain article sur les valeurs viriles.

    Et voilà, que de nouveau j'en arrive au lâcher-prise: ... Momon, dans le film, finit par comprendre qu'il lui faut vraiment lâcher-prise. Pour sauver sa famille, il va devoir apprendre à vivre autrement après un ultime acte de seigneur. Les gangsters d'aujourd'hui sont vraiment des salops sans honneur et sans réflexion ... Et puisque même les durs de durs finissent par craquer sous la torture, pourquoi résister ? Pourquoi s'encombrer de valeurs dépassées ?

    Au passage, ce que nous renvoie le cas Neyret, c'est que pour que la violence reste réellement le monopole de la Justice, si le cadre moral bouge, il devient crucial de faire également évoluer le cadre légal de l'exercice de la Justice ... sinon celle-ci dysfonctionne, devient inopérante et pour le coup la Société risque s'effondrer.

    En quoi sommes-nous concernés ?

    Le défi des "vieux" dans la catégorie desquels je me retrouve désormais (et des autres aussi d'ailleurs), c'est de comprendre ce phénomène d'ajustement nécessaire. Les (encore) plus vieux qui font actuellement des constats justes, désenchantés et catastrophiques (et donc insignifiants pour paraphraser Talleyrand) ne semblent pas comprendre que c'est peut-être bien une autre façon de penser qui se substitue peu à peu à celle qui nous a formés et qui a engendré progrès et catastrophes et non pas seulement un système qui meurt comme meurt dans le film un type de voyou que l'on voudrait presque nous faire regretter.

    Peu à peu, l'ancienne morale semble donc laisser place à autre chose ... Tout fout le camp diraient certains et c'est angoissant car on ne voit pas bien par quoi cela va être remplacé. Voilà un premier grand chantier qui va nécessiter beaucoup de travail.

    dimanche 25 décembre 2011

    Lionel Zinsou: l'euro passe Noël !

    Joyeux Noël à tous ! Aujourd'hui ce sera Lionel Zinsou notre père Noël. Jeudi dernier, j'étais dans ma voiture lorsque ma radio m'a apporté la bonne nouvelle par sa voix: l'Euro allait passer Noël et même le jour de l'an et encore plusieurs ... ! Tiens un banquier d'affaire, Président du fonds PAI (Paribas Affaires Industrielles: 17 MM$ investis en France) qui ose parler publiquement et ... tenir des propos optimistes !

    J'écoutais l'émission de Marc Voinchet sur France Culture, la même que celle qui accueillait Paul Jorion le 30 Novembre, la voici:


    Vous pouvez retrouver l'émission complète ici (je ne parviens pas à copier le code de la vidéo)

    En résumé:
    1) Le système financier est en meilleure forme depuis ce mercredi 21 Décembre où la Banque Centrale Européenne a mis à disposition des banques 480 MM d'Euros à faibles taux pour éviter le "credit crunch". Ceci nous permet d'éviter une crise profonde (grande dépression) mais nous aurons une récession limitée et probablement courte.
    2) Les entreprises, contrairement à 2008, ne déstockent pas ni n'accélèrent les plans sociaux ... Une reprise assez rapide est possible.
    3) La crise du financement des Etats n'est pas résolue mais l'économie ne va pas câler dans l'immédiat parce que les mesures décidées vont avoir un effet positif sur l'emploi. La plus puissante économie d'Europe, l'Allemagne est à 6% de taux de chômage et est en mesure mieux que d'autres de faire face. L'emploi est le facteur le plus important.
    4) De ce fait le moral sera meilleur ! (enfin quelqu'un qui se préoccupe d'une chose qui était passée sous silence ces derniers temps, qui est le véritable carburant de la confiance et qui mon propos ici).
    5) Le système financier n'a pas été assez contrôlé, ni réglementé mais il n'est pas foutu. Un produit financier était bien moins encadré qu'un yaourt ! Cela a changé.
    6) La France sera en stagnation en 2012 mais la croissance mondiale sera de plus de 4% et le système financier va la financer.
    7) La peur des banquiers n'est pas la dégradation de la note mais que nous passions d'une crise du financement des Etats à une crise économique si la confiance disparaît. Les banques disposent des moyens de financer les entreprises y compris les PME.
    8) Il est essentiel que les Etats fassent un effort de gestion en diminuant leurs dépenses de fonctionnement pour que les capitaux restent disponibles pour le financement de l'économie.
    9) Eviter ou retarder la dégradation de la note de l'Etat est important financièrement et pour le moral des acteurs économiques.
    10) Les taux payés par la France correspondent déjà à une note dégradée.
    11) Nous oublions les progrès importants réalisés par de nombreux pays européens (Irlande, Espagne ... cela me rappelle ce que disait Jacques Marseille !) mais il arrive un moment où il faut savoir réaliser que les bonnes méthodes du passé ne sont plus applicables.
    12) (Avec François Lenglet) Depuis les années 80, la croissance s'emballe par la dette; Que restera-t-il de cette croissance-là ? Le réajustement est extrêmement violent dans certains pays d'Europe du Sud.
    13) Les banquiers ont-ils fait la crise ? Ils ont poussé à la roue car leur rémunération dépendait de cette croissance de la dette, mais le barman est-il responsable de la gueule de bois de l'alcoolique ?
    14) les opinions publiques commencent à accepter que les dettes doivent correspondre à de bons actifs et non à des dépenses de fonctionnement des Etats. La crise aura permis d'améliorer les pratiques de gestion des banques et des Etats ...

    Conclusions:
    A court terme, l'économie devrait donc se maintenir malgré les annonces catastrophistes de certains analystes si l'on évite une crise sociale majeure. On retrouve ici le constat que le système financier s'est emballé avant 2008 en développant des produits toxiques, la crise ce serait la faute des banquiers, du Capitalisme ou même des élites corrompues (Paul Jorion) ... Les Etats, comme dit le nouveau président de l'Institut Turgot (Charles Gage), sont en faillite, la crise actuelle ce serait la faute des Etats... Pour d'autres encore, l'incapacité (relative puisque la BCE intervient dans l'économie aujourd'hui) à concevoir des politiques communes dans l'Euroland, la crise ce serait donc la faute de l'Euro ou de l'Europe....

    Pour ma part, je voudrais dire ceci, à l'occasion de Noël: toutes les crises sont d'abord et profondément des crises de confiance. Tous les conflits, qu'il s'agisse de crises économiques ou politiques ou d'affaires privées ou d'entreprise sont affaire de défiance. Donc tous les points listés dans le paragraphe précédent sont vrais et probablement quelques autres aussi ... Je voudrais souligner le point que martelait Lionel Zinsou: l'importance de garder confiance. Les dépressifs, les marxistes, les cavaliers de l'apocalypse, les tenants de la théorie du complot... diront que la confiance est le moyen qu'ont les profiteurs actuels de continuer à profiter ... 

    La confiance en nous c'est ce qui nous permettra de résoudre la véritable crise que nous avons et qui se traduit dans la finance: on nous prête plus cher parce que l'on ne fait plus rien de bon avec l'argent qu'on nous prête. Eh bien, les chantiers ne manquent pas où investir non seulement l'argent que nous empruntons mais aussi notre temps, notre travail et nos idées. Donc si nous gardons la confiance à court terme pour ouvrir les chantiers d'avenir indispensables, je parie que l'euro et le reste passeront l'année et plus. Mais avons nous confiance que nous pouvons enfin ouvrir les chantiers nécessaires ? Et d'ailleurs quels chantiers ? Ce seront les sujets de mes trois prochains billets.

    J'allais oublier: ce billet est le 100ième !

    Bon Noël