mercredi 28 décembre 2011

Les lyonnais: quoi après ... le sens de l'honneur ?

Les fêtes ont ceci de bon que l'on peut se donner le temps de lire et de voir un peu autre chose. Avec le film d'Olivier Marchal, "les Lyonnais", je voudrais partager non une critique cinématographique mais un loisir familial et une digression historico-philosophique. Olivier Marchal est cet ancien flic qui a fait des films sur les policiers au bout du rouleau. Les retours en arrière de ce film d'action nous présentent les derniers bandits ayant le sens de l'honneur ... On pense aux films de Melville, à Lino Ventura ... Le Monde a titré "les vieux se rebiffent". Allez, hop, je vous donne aussi la bande annonce car ce n'est pas de l'histoire dont je veux vous parler:


Ce film m'a plu. Je l'ai vu dans un complexe multisalles avec mes fils et l'ami de l'une de mes filles pendant que toutes nos femmes allaient voir un autre film ...

Les jeunes ont aimé: film pas idiot, de l'action, pas prise de tête. Pas idiot du tout quand j'y songe. Et moi ? En sortant, je leur ai répondu: "oui j'ai aimé ... car ce film nous a parlé de lascards de 50 ans et plus (ils ont la soixantaine, les lyonnais !) qui s'interrogent sur leur jeunesse et aussi sur leurs repères disparus". En plus, les cinéastes d'aujourd'hui ont des moyens et une qualité de prise de vue ... même si le critique du monde a regretté l'absence d'un style vraiment original ... Je veux vous parler à cette occasion des valeurs qui y sont abordées.

Les Lyonnais : décryptage d'une morale en bout de course
  • Momon, comme Mesrine, vit de braquages mais respecte un code de l'honneur. Pas de violence gratuite, pas de drogue. Les amis et la famille sont sacrés, la parole donnée n'est jamais reprise. Tout écart est puni de mort. Une morale de pionniers de western, de guerriers défendant la patrie en danger et de pauvres immigrants fondant des mafias pour se faire une place dans une société en croissance. Toute la mentalité du cinéma holloywoodien des années 50 à 70. Et du polar français de la même époque. Olivier Marchal en est nourri bien sûr et nous avec.
  • Suttel, le copain de Momon, est traqué par son ancien boss  de la drogue (le grec) et par la police. Momon protège son ami, tente même de négocier. Le grec explique à Momon qu'il ne peut passer l'éponge sous peine de perdre la face (« baisser son froc »). Selon leur code, le grec est donc dans son rôle de « businessman » même si cela ne lui plaît pas de faire  des victimes collatérales comme la fille de Suttel.
  • Pour la même raison, Momon tue le grec qu'il soupçonne en plus de l'avoir trahi autrefois, venge la jeune maman et protège son ami tout en comprenant que ce dernier, au fond, n'est pas clair. Mais pour l'instant les bons sont d'un bord et les méchants de l'autre …
  • Mais voilà que le flic révèle à Momon que non seulement Suttel double le grec mais que ce n'était pas le Grec mais bien Suttel qui l'avait dénoncé à la Police et qu'il est le vrai responsable de leurs années de prison à tous les deux. Momon devrait désormais tuer son ami pour rester un impeccable guerrier à ses propres yeux et en même temps devenir un véritable salop comme le grec qu'il vient de tuer …
Momon devient faible, il ne sait plus que faire. Le dilemme ne peut pas être résolu par la violence héroïque. En plus, Suttel l'avait autrefois balancé parce qu'il avait craqué sous la torture. Le héros n'a pas supporté la douleur, il a été faible comme est faible moralement Momon à son tour. Ce monde est devenu trop complexe pour un code moral trop simple. Le guerrier héroïque n'a plus sa place. D'abord parce que le plus dur des durs peut être faible à tout moment. Ensuite, la violence mimétique quelle qu'en soit la justification héroïque n'est finalement plus compatible avec une Société « stabilisée » qui doit en garder le monopole à travers sa Justice …

Le désenchantement du monde:

Edmond Vidal s'en sortira de justesse (il vit rangé aujourd'hui) après avoir laissé à son ami la possibilité de se suicider. Ultime geste d'honneur du truand qui abandonne et que le flic comprend. La Morale bourgeoise est donc à peu près sauve, le voleur de cerises du début a bien été puni … !

Eh bien pas tout à fait quand on sait que le flic en question, conseiller d'Olivier Marchal sur ce film, devenu le n° 2 de la DIPJ de Lyon et qui a su user de manipulation avec Momon et certainement d'autres moyens « efficaces » a été mis en examen le 3 Octobre dans une affaire de stupéfiants ! Michel Neyret, le flic, ne s'est-il pas pris au piège lui aussi des méthodes des truands ? En partant du principe que Neyret (photo du Progrès de Lyon à droite) n'est pas un simple ripou (je ne sais pas), ne se serait-il pas mis à jouer les héros, justifiant à son tour des moyens par la fin plus que par le Droit ?

Le lent travail des transformations silencieuses:

Comme les gangsters d'Olivier Marchal, il semble donc que la fin ne puisse justifier les moyens, que les vieilles méthodes "violentes mais justes" d'hier ne marchent plus: ni dans la guerre, ni dans la pègre, ni en famille, ni avec les femmes, ni en société, ni avec le climat ... et je dirais même pas davantage dans l'entreprise ni dans l'économie. Je reviendrai sur tout cela dans un prochain article sur les valeurs viriles.

Et voilà, que de nouveau j'en arrive au lâcher-prise: ... Momon, dans le film, finit par comprendre qu'il lui faut vraiment lâcher-prise. Pour sauver sa famille, il va devoir apprendre à vivre autrement après un ultime acte de seigneur. Les gangsters d'aujourd'hui sont vraiment des salops sans honneur et sans réflexion ... Et puisque même les durs de durs finissent par craquer sous la torture, pourquoi résister ? Pourquoi s'encombrer de valeurs dépassées ?

Au passage, ce que nous renvoie le cas Neyret, c'est que pour que la violence reste réellement le monopole de la Justice, si le cadre moral bouge, il devient crucial de faire également évoluer le cadre légal de l'exercice de la Justice ... sinon celle-ci dysfonctionne, devient inopérante et pour le coup la Société risque s'effondrer.

En quoi sommes-nous concernés ?

Le défi des "vieux" dans la catégorie desquels je me retrouve désormais (et des autres aussi d'ailleurs), c'est de comprendre ce phénomène d'ajustement nécessaire. Les (encore) plus vieux qui font actuellement des constats justes, désenchantés et catastrophiques (et donc insignifiants pour paraphraser Talleyrand) ne semblent pas comprendre que c'est peut-être bien une autre façon de penser qui se substitue peu à peu à celle qui nous a formés et qui a engendré progrès et catastrophes et non pas seulement un système qui meurt comme meurt dans le film un type de voyou que l'on voudrait presque nous faire regretter.

Peu à peu, l'ancienne morale semble donc laisser place à autre chose ... Tout fout le camp diraient certains et c'est angoissant car on ne voit pas bien par quoi cela va être remplacé. Voilà un premier grand chantier qui va nécessiter beaucoup de travail.

dimanche 25 décembre 2011

Lionel Zinsou: l'euro passe Noël !

Joyeux Noël à tous ! Aujourd'hui ce sera Lionel Zinsou notre père Noël. Jeudi dernier, j'étais dans ma voiture lorsque ma radio m'a apporté la bonne nouvelle par sa voix: l'Euro allait passer Noël et même le jour de l'an et encore plusieurs ... ! Tiens un banquier d'affaire, Président du fonds PAI (Paribas Affaires Industrielles: 17 MM$ investis en France) qui ose parler publiquement et ... tenir des propos optimistes !

J'écoutais l'émission de Marc Voinchet sur France Culture, la même que celle qui accueillait Paul Jorion le 30 Novembre, la voici:


Vous pouvez retrouver l'émission complète ici (je ne parviens pas à copier le code de la vidéo)

En résumé:
1) Le système financier est en meilleure forme depuis ce mercredi 21 Décembre où la Banque Centrale Européenne a mis à disposition des banques 480 MM d'Euros à faibles taux pour éviter le "credit crunch". Ceci nous permet d'éviter une crise profonde (grande dépression) mais nous aurons une récession limitée et probablement courte.
2) Les entreprises, contrairement à 2008, ne déstockent pas ni n'accélèrent les plans sociaux ... Une reprise assez rapide est possible.
3) La crise du financement des Etats n'est pas résolue mais l'économie ne va pas câler dans l'immédiat parce que les mesures décidées vont avoir un effet positif sur l'emploi. La plus puissante économie d'Europe, l'Allemagne est à 6% de taux de chômage et est en mesure mieux que d'autres de faire face. L'emploi est le facteur le plus important.
4) De ce fait le moral sera meilleur ! (enfin quelqu'un qui se préoccupe d'une chose qui était passée sous silence ces derniers temps, qui est le véritable carburant de la confiance et qui mon propos ici).
5) Le système financier n'a pas été assez contrôlé, ni réglementé mais il n'est pas foutu. Un produit financier était bien moins encadré qu'un yaourt ! Cela a changé.
6) La France sera en stagnation en 2012 mais la croissance mondiale sera de plus de 4% et le système financier va la financer.
7) La peur des banquiers n'est pas la dégradation de la note mais que nous passions d'une crise du financement des Etats à une crise économique si la confiance disparaît. Les banques disposent des moyens de financer les entreprises y compris les PME.
8) Il est essentiel que les Etats fassent un effort de gestion en diminuant leurs dépenses de fonctionnement pour que les capitaux restent disponibles pour le financement de l'économie.
9) Eviter ou retarder la dégradation de la note de l'Etat est important financièrement et pour le moral des acteurs économiques.
10) Les taux payés par la France correspondent déjà à une note dégradée.
11) Nous oublions les progrès importants réalisés par de nombreux pays européens (Irlande, Espagne ... cela me rappelle ce que disait Jacques Marseille !) mais il arrive un moment où il faut savoir réaliser que les bonnes méthodes du passé ne sont plus applicables.
12) (Avec François Lenglet) Depuis les années 80, la croissance s'emballe par la dette; Que restera-t-il de cette croissance-là ? Le réajustement est extrêmement violent dans certains pays d'Europe du Sud.
13) Les banquiers ont-ils fait la crise ? Ils ont poussé à la roue car leur rémunération dépendait de cette croissance de la dette, mais le barman est-il responsable de la gueule de bois de l'alcoolique ?
14) les opinions publiques commencent à accepter que les dettes doivent correspondre à de bons actifs et non à des dépenses de fonctionnement des Etats. La crise aura permis d'améliorer les pratiques de gestion des banques et des Etats ...

Conclusions:
A court terme, l'économie devrait donc se maintenir malgré les annonces catastrophistes de certains analystes si l'on évite une crise sociale majeure. On retrouve ici le constat que le système financier s'est emballé avant 2008 en développant des produits toxiques, la crise ce serait la faute des banquiers, du Capitalisme ou même des élites corrompues (Paul Jorion) ... Les Etats, comme dit le nouveau président de l'Institut Turgot (Charles Gage), sont en faillite, la crise actuelle ce serait la faute des Etats... Pour d'autres encore, l'incapacité (relative puisque la BCE intervient dans l'économie aujourd'hui) à concevoir des politiques communes dans l'Euroland, la crise ce serait donc la faute de l'Euro ou de l'Europe....

Pour ma part, je voudrais dire ceci, à l'occasion de Noël: toutes les crises sont d'abord et profondément des crises de confiance. Tous les conflits, qu'il s'agisse de crises économiques ou politiques ou d'affaires privées ou d'entreprise sont affaire de défiance. Donc tous les points listés dans le paragraphe précédent sont vrais et probablement quelques autres aussi ... Je voudrais souligner le point que martelait Lionel Zinsou: l'importance de garder confiance. Les dépressifs, les marxistes, les cavaliers de l'apocalypse, les tenants de la théorie du complot... diront que la confiance est le moyen qu'ont les profiteurs actuels de continuer à profiter ... 

La confiance en nous c'est ce qui nous permettra de résoudre la véritable crise que nous avons et qui se traduit dans la finance: on nous prête plus cher parce que l'on ne fait plus rien de bon avec l'argent qu'on nous prête. Eh bien, les chantiers ne manquent pas où investir non seulement l'argent que nous empruntons mais aussi notre temps, notre travail et nos idées. Donc si nous gardons la confiance à court terme pour ouvrir les chantiers d'avenir indispensables, je parie que l'euro et le reste passeront l'année et plus. Mais avons nous confiance que nous pouvons enfin ouvrir les chantiers nécessaires ? Et d'ailleurs quels chantiers ? Ce seront les sujets de mes trois prochains billets.

J'allais oublier: ce billet est le 100ième !

Bon Noël


samedi 17 décembre 2011

Pierre Rabhi: tous acteurs du changement

Dans mes précédents billets sur la crise, j'exprimais ma réticence vis à vis des attitudes défaitistes affichées par certains sans démonstrations probantes du caractère inévitable de la catastrophe. Au contraire, je crois que nous avons le choix et que nous avons les moyens d'agir. En voici un exemple.

Pierre Rabhi que je vous présente aujourd'hui est un philosophe, écologiste de la première heure qui s'est installé en Ardèche dans une petite ferme où il a développé un savoir-faire cultural (et culturel) respectueux de la nature à l'époque où personne ne s'en préoccupait. Il a ensuite formé et accompagné des ONG, des Etats du tiers monde ou d'ailleurs et il a développé son concept de frugalité heureuse.

Quand certains disent que nous vivons dans un système qui est allé au bout de sa logique et qui est donc mort, ils ne voient pas que ce même système a permis à des hommes comme Pierre Rabhi de prendre leurs distances et de faire, eux, des propositions d'action ! En effet, l'un des arguments des apôtres de la nouvelle apocalypse consiste à affirmer que notre système capitaliste injuste (il l'est) tend à s'autodétruire en concentrant toujours plus de richesses dans les mains de ceux qui n'en font rien et qu'il a toujours repoussé l'échéance en colonisant d'autres nations et en épuisant les ressources de la planète. Ce triste constat ne démontre pourtant pas qu'aucune autre voie ne serait possible, ni que l'Humain ne peut l'emprunter !

Des hommes à la conscience plus large comme Pierre Rabhi nous montrent que ce n'est peut être pas une question lié à tel ou tel "-isme" et encore moins une affaire de telle ou telle école ou courant de la pensée économique mais une règle universelle. Si le paysan n'y prend pas garde: produire épuise son sol ! Pour le régénérer, il faut observer les cycles naturels et enrichir le sol. Pour prendre soin de notre société désormais mondialisée et de notre économie désormais ultra-complexe, il convient de traiter nos affaires avec humilité et les hommes avec bienveillance ...


Pierre Rabhi, en paysan et en homme avisé, sait qu'avant de récolter, il faut semer. Et quand d'autres poussent à tout brûler, lui, il a semé. Il a semé deux plantes. D'abord celle de l'agro-écologie pour nourrir les hommes sans épuiser la terre. Ensuite, avec ses nombreuses ONG et actions mobilisatrices, il a semé la solidarité et la culture de la responsabilité.

Il vient de publier un petit ouvrage: "Eloge de la créativité de la société civile" pour présenter la candidature de son mouvement Colibris à la Présidence de la République avec une originalité. Il s'agit que nous soyons tous candidats pour devenir tous acteurs des solutions à mettre en place et ... arrêter de gémir devant les problèmes que nos gouvernants tardent à poser quand ils sont évidents et tardent à résoudre quand ils ont enfin été posés.

Voici les quatre principes avancés dans ce petit ouvrage qui m'ont donné envie de m'en faire l'écho:

1) pour motiver un vaste mouvement de société, nous avons besoin de construire une vision positive,
2) la transformation de la société se fera par le bas (élus, entrepreneurs, citoyens ...),
3) la transformation débutera là où les gens pourront agir eux-mêmes,
4) le problème vient moins d'un déficit de solutions que d'un déficit de coopération !

En quoi sommes-nous concernés ?
N'est-ce pas seulement un écolo de plus ? Son message est certes écolo mais raisonné et humain. Face aux incertitudes et aux difficultés que nous rencontrons, il reste optimiste car le chantier qui s'ouvre à nous est prometteur. Nous devons travailler à réinventer un mode productif respectueux de la terre et des relations entre les hommes. Dans cette voie, s'inventeront de surcroît et non préalablement une nouvelle morale, une nouvelle société et une nouvelle  sorte  de croissance économique. C'est parce que nous prenons le problème à l'envers que nous n'y arrivons pas, que notre monde est désenchanté et que nous sommes si déprimés !

dimanche 4 décembre 2011

Jacques Marseille: il avait annoncé la crise de la dette

J'ai modifié mon dernier billet concernant Paul Jorion suite à sa réponse laconique, j'ai ajouté la vidéo complète de l'émission qui me faisait réagir et un dernier commentaire. Je ne creuserai pas davantage.

"Ne renonce jamais, lâche prise et la voie s'éclaire" comme le dit judicieusement mon ami Paul-Henri Pion.

Je vais donc vous parler aujourd'hui brièvement d'un économiste reconnu dont la spécialité était l'histoire de l'économie. De lui, j'ai lu certains livres et j'ai eu la chance de le rencontrer en 2009 grâce à l'APM de la Meuse et de discuter avec lui. Décédé trop tôt en Mars 2010, c'était un homme cultivé, simple et clairvoyant. Vous l'avez peut être écouté dans "C dans l'air". Ronchon, il avait pourtant le sens de l'humour et à son égard, point n'est besoin de parler de "prophéties", ni de lui demander de préciser la voie à suivre. Voyez plutôt cet article du Point qui remonte à Décembre 2005 où l'on trouve tout ce qui fait débat aujourd'hui. Il y parlait de la dette française en comparaison de celle de l'Argentine de 1913.

Jacques Marseille avait la passion des chiffres et les siens étaient clairs. On ne peut indéfiniment dépenser ce que l'on n'a pas. Comme me le faisait justement remarquer Jérôme, un lecteur de ce blog, chef d'entreprise, 4% de déficit par an cela peut se gérer pour revenir à l'équilibre. Nos gouvernants ne l'on pas fait et trente ans plus tard, comme en Argentine jadis, nous risquons de ne plus faire face. Je me tâte de faire un article plus technique sur la nature de la dette. Disons juste que sans gestion adaptée, 4% d'intérêts composés sur trente ans font que la dette aujourd'hui est à moitié constituée de frais financiers qui s'accumulent... comme celle des Pays en Voie de Développement quand j'étais potache !

Ceci annonce-t-il à soi seul la fin d'un système ou révèle-t-il le résultat du cumul de petites lâchetés de nombre de privilégiés qui tiennent à leur rente ? Voyez par exemple ce que disait Jacques Marseille  à propos de la responsabilité des banques dans cette brève vidéo après la "première" crise de 2008:
Il y a bien d'autres soucis c'est entendu, et ce blog s'en fait l'écho: l'épuisement des ressources, un système financier ultra-complexe qui ne sert plus l'économie, une société ultra-sécuritaire repue qui peine à se remettre en cause et à entreprendre ... Pour autant, la crise de la dette est de l'ordre de ce que nous pouvions régler nous-mêmes collectivement, probablement le pouvons-nous encore !
Jacques Marseille était de ceux qui, réellement, avaient attiré l'attention sur ce qui était et est encore plus aujourd'hui l'urgence sans aller se perdre dans de faux débats de systèmes. Voyez cette vidéo où il nous parle de la crise de confiance des français qui conduit à l'attentisme et à la prophétie auto-réalisatrice:


Pour retrouver sa pensée:
L'argent des français
La guerre des deux France


Que penser et que faire ?

Faut-il, comme Paul Jorion nous le laissait croire Mercredi dernier, se résigner à subir le sort des Mayas  en en appelant à une réforme tellement structurelle qu'il faudrait réformer la nature humaine ou comme  les Argentins jadis continuer à se masquer les réalités cruelles jusqu'à la banqueroute ?

Comme le disait Jérôme dans son commentaire, on oublie que chefs d'entreprises et mères de familles s'adaptent et innovent tous les jours pour faire leurs échéances. Demandons à nos institutions politiques et financières de faire de même et vérifions qu'elles le font ! Autrement dit, tirons parti collectivement des ressources d'imagination et d'efforts que nous craignons de ne plus avoir en nous faisons confiance à nous-mêmes, ensemble, et arrêtons de dépenser ce que nous n'avons pas en poche. Pour le dire comme les philosophes: "vivons dans l'immanence et la transcendance viendra de surcroît", ou comme les religieux; "aide-toi et le ciel t'aidera !"

Jacques Marseille nous ramenait à cette évidence qui ne l'empêchait pas de garder le sourire. Car Jacques Marseille au soir de sa vie, n'avait rien d'un dépressif et ne renonçait pas à communiquer son savoir et sa joie de vivre.

Affaire de travail, de confiance et de volonté donc. Reste plus qu'à choisir des représentants capables d'incarner cette orientation, à se retrousser les manches et à arrêter de gémir.

mercredi 30 novembre 2011

Paul Jorion: le moteur est fondu !

Ce matin, France Culture recevait l'anthropologue Paul Jorion pour parler de la crise de la dette. J'ai échangé brièvement avec lui il y a quelques mois peu après le lancement de ce blog mais je ne le connais pas personnellement. Je voudrais prendre date avec mes lecteurs au sujet de ce que j'entends. Je partage certains constats de cet auteur et en même temps, son incapacité à les dépasser me rend perplexe.

Verbatims

Quelques verbatims de l'émission de ce matin à la volée car je ne me sens pas l'envie de retranscrire le texte intégral:

"La crise des subprimes n'a pas été résolue..."
"Un Etat n'est jamais en cessation de paiement, il y a l'impôt ... il y a une mode des réductions d'impôts"
"Quand une récession intervient aussi vite après une première récession, on est en dépression ..."
"Je ne fais pas de prédiction ... mais c'est possible que l'euro n'ait pas 50% de chances de passer les 15 prochains jours"
"c'est la fin du capitalisme ..."
"Quand les autres pays ne voudront plus des dollars, les Etats Unis ce sera entièrement est fini"
"Le coeur à l'intérieur de la machine est fondu"
"Economistes et politiques ne savent plus, ne savent pas comment marche ce machin".
 "il faut reconstruire un système financier de zéro, celui qu'on avait est entièrement fini ..."
"... on fait des sacrifices humains car on ne sait pas comment faire repartir la machine..."
"le marché n'existe plus ... c'est un cadavre !"

Voici la vidéo faite pendant l'émission de France Culture:

les matins - Paul Jorion par franceculture

Paul Jorion m'a, à juste titre, reproché de n'avoir pas lu ses livres. J'en avais bien l'intention mais pas l'envie. Comme lui, je crois qu'il faut changer de cadre. Comme lui, je pense qu'une nouvelle classe de privilégiés chanceux et non méritants profite sans rien y comprendre au fond d'un nouvel "ancien régime" (financier et politique) ... Pourtant son propos entièrement négatif me rebute, je l'avoue. Je ne suis pas banquier, ni payé par les banques, c'est moi qui les paie ... comme tout le monde. Pourtant, je n'entre pas complètement dans le propos de Paul Jorion car, jamais ni dans son blog, ni dans les diverses émissions où il est intervenu, ni d'ailleurs dans ses conférences filmées, je n'ai pu identifier de proposition concrète ! Il affirme ne pas faire de prophétie puis annonce la fin du système et distribue les mauvais points sur l'air de "je vous l'avais bien dit" sans rien proposer... Il est vrai que dans l'atmosphère actuelle, un brin de dépression supplémentaire ne peut qu'être acceptée sans remise en question !

Marc Voinché tente bien de lui faire dire ce qu'il faudrait faire selon lui...  J'ai noté en guise de réponse qu'il y a des dirigeants de second niveau, des professeurs associés que l'on n'interroge jamais et qui ,eux, sauraient ! Fin du programme.

Ceci me semble un peu court. Oui, il nous faut repenser le système financier qui dysfonctionne et gérer l'euro sur de meilleures bases. Je laisse tomber les autres verbatims car ce serait un mauvais procès., il est difficile de développer en 15 minutes. Mais tout de même que peut-on sérieusement  faire ? Pour moi, le système financier comme la banque et la monnaie, sont de simples instruments. Ils sont utiles à l'économie et donc à la société. S'ils ne rendent plus service, changeons les ! Mais quels outils faudrait-il à la place ?

Je voudrais ici vous prendre à témoin et vous donner rendez-vous !

Si le 14 Juin 2012, l'euro est toujours là, je propose de réunir devant un public et les caméras de TEDx un plateau d'experts d'horizons variés pour contribuer à dessiner les contours de ce nouveau système que Paul Jorion appelle de ses voeux mais qu'il ne semble pas pouvoir nous décrire. Puisqu'il nous montre la voie sans pouvoir l'emprunter lui-même, nous allons le faire à sa place !

Si ses propos particulièrement alarmistes se vérifient avant cette date, nous ne pourrons peut être pas organiser ce forum (dans le cadre de TEDx) mais si nous tenons bon c'est qu'il y a encore de l'espoir ! Les lumières enfin allumées de Monsieur Jorion et de quelques autres nous seraient alors utiles, il est donc invité. N'hésitez pas à lui faire parvenir ce billet ! 

Si vous soutenez cette initiative, faites-vous connaître. Nous aurons besoin d'exposition médiatique, de sponsors, de vos idées et d'aides pratiques.

Compléments du 4 Décembre:

Paul Jorion fait part dans son blog de son expérience avec les média cette semaine. Satisfaisant devant un public de spécialistes et éprouvant à France Culture. J'avoue que même sa vidéo de réponse m'inquiète, Paul Jorion pense avoir été assimilé à un charlatan (c'est exagéré) et fait part de ses lettres de noblesses ! Bizarre, quand on se dit porteur d'un engagement essentiel pour ses congénères retient-on de son passage à la radio que la responsabilité du faible niveau d'information échangé ne lui incombe pas ... ?

La faute au journaliste donc ! Et moi je dis que quand on prétend avoir un message aussi important que le vôtre, on se prépare pour faire un bien meilleur usage des 47 minutes qui vous sont accordées. C'est ce qui ne donne pas envie de vous lire Monsieur Jorion, les média sont les média si vous essuyez un échec (relatif) dans ce contexte, relevez-vous et demandez-vous ce que vous pouvez améliorer, Brice Couturier n'est pas le seul responsable ! Essayez de sourire sous l'injure (puisque vous le ressentez ainsi) et cherchez des réponses à la fois simples et tournées vers l'action !

Paul Zak sur la molécule de la coopération.

Voici de nouveau une conférence de TEDGlobal. Avant tout, n'hésitez  pas à venir sur le blog pour voir les vidéos qui ne passent pas dans la newsletter que vous recevez par mail.

Je vais vous faire un aveu: c'était en fin de journée et vers la fin de la semaine et je n'ai donc pas assisté à la conférence dans la grande salle mais dans une salle annexe où l'on pouvait se relaxer. Je n'ai pas été très attentif et ce fut une erreur ! J'avais donc prévu de la revoir car Paul Zak aborde une question très intéressante, celle de la dépendance de nos émotions à des processus biochimiques qui déterminent  nos comportements et jusqu'à nos prises de décisions les plus "rationnelles" comme en économie par exemple. Voici:

Que nous apprend Paul Zak ?
Tout d'abord il m'apparaît que Paul Zak nous parle ici surtout de la nature biologique de la connexion entre les gens, ce que je nommerais volontiers la relation. Il s'agit donc de la relation positive notamment de l'empathie qui engendre la confiance et donc, selon Zak, la réciprocité et la coopération. Et qu'a mis en évidence ce pionnier de la neuroéconomie ? Eh bien qu'une hormone peptidique, l'ocytocine, découverte à l'occasion de recherches sur l'accouchement serait responsable, au moins partiellement, de nos "bons" comportements sociaux ! Zak que certains nomment , Dr Amour, nous amène à considérer que nos plus nobles sentiments: l'amour, la tendresse, la compassion ne sont pas loin de résulter de la biochimie plutôt que de la force morale, de l'éducation, de Dieu, ou de la peur du gendarme. Une hormone serait donc responsable de notre capacité à accorder notre confiance, à coopérer et donc à nous comporter selon des codes dénommés "moraux".

Les recherches de Zak se fondent sur des mesures en double aveugle des taux de cette hormone présente dans le sang avant et après une interaction ou une action. Ainsi en laboratoire, on met par exemple en évidence la propension des sujets à donner de l'argent à un tiers après en avoir reçu eux-même. Augmentons la dose d'ocytocine artificiellement et cette propension augmente ! Zak mesure cela aussi à l'occasion d'évènements de la vraie vie et confirme l'influence de l'ocytocine sur nos comportements collaboratifs ou affectifs. Selon d'autres sources cependant, l'ocytocine peut aussi être une cause importante de la violence défensive... une mère défendra âprement son petit contre une menace réelle ou supposée. Alors attention, l'ocytocine ce n'est pas seulement "peace and love" !

La neuroéconomie:

Le Dr Zak est un réprésentant de cette nouvelle discipline la "neuroéconomie" qui remet en cause expérimentalement certains principes de base de la théorie économique classique, rejoignant en cela au passage les premiers écrits d'Adam Smith qui était d'abord un moraliste. Voici quelque liens pour aller plus loin:
Tout d'abord le premier livre d'Adam Smith, publié en 1759, où le moraliste, avant que de devenir le fondateur de l'économie politique classique, s'interroge sur les comportements parfois liés à l'intérêt égoïste, parfois soucieux de la communauté de "l'observateur impartial" que peut aussi être l'acteur économique ... Théorie des sentiments moraux
Le livre de notre conférencier Paul Zak ...The Moral Molecule: The Source of Love and Prosperity
Un ouvrage en français de Sacha Gironde sur la neuroéconomie en général ... La neuroéconomie : Comment le cerveau gère mes intérêts


En quoi ceci nous concerne-t-il ?

En tant que bipèdes de base nous sommes concernés surtout si, en tant que décideurs ou responsables, nous cherchons à décrypter les comportements. Un médiateur ou un négociateur par exemple ne peuvent ignorer de telles recherches pas plus qu'un manager ou un DRH. Attention cependant, il n'y a ni miracle, ni potion magique derrière cette découverte. Quelques éléments de réflexion :

D'abord, selon le Dr Zak, 5% de la population seraient incapables de libérer cette hormone et ne pourraient donc être influencés par les comportements qui appellent une collaboration réciproque. En clair, ce sont les types qui dans les expériences de laboratoires gardent tout l'argent pour eux peu importe le climat de confiance créé par les autres ... Ceux-là portent un nom scientifique très connus: les salauds ! En fait, ces personnages sont asociaux et manipulateurs peuvent se comporter en escrocs ou en psychopathes suivant les contextes. Ils fonctionnent en fait sur un mode de survie très primitif. Ce peut être aussi le cas d'individus ayant connu des conditions très difficiles dans l'enfance ou, plus ponctuellement, celui de gens "normaux" en situation de stress très fort.

Ensuite, Zak nous raconte l'histoire d'une escroquerie dans une station service qui se fait avec un comparse au téléphone. Zak dit en avoir été victime mais il n'était pas bien malin à l'époque car ce type d'arnaque est classique (c'est pour cela que je pense que c'est une histoire reconstituée pour le fun du "story telling"). Passons, ceux qui se sont fait arnaquer comprendront la leçon humaine qu'il en tire: l'escroc ne vous oblige pas à lui faire confiance, c'est lui qui donne, en apparence, une grande preuve de confiance laquelle appelle  alors chez sa victime un comportement réciproque. C'est la victime qui devient volontaire pour lui accorder sa confiance, elle insiste même ! J'ai connu cela aussi ... je me comprends !

Enfin, en cette période de totale perte de boussole notamment concernant les marchés financiers, je vous laisse écouter cette seconde vidéo de Zak qui approfondit son explication sur la "moralité" intrinsèque des échanges marchands (je dirais plutôt des échanges directs, ce qui n'a plus rien à voir avec les marchés financiers actuels à mon avis):





Conclusion personnelle:

J'aimerais que soit développé ce thème dans notre prochain TEDx. Si notre biologie de mammifère vivant en groupes nous conduit principalement à favoriser des comportements coopératifs (y compris économiques), comment se fait-il que nos sociétés restent inégalitaires et que nos systèmes de régulation dysfonctionnent aussi gravement qu'actuellement ? Nous aboutissons alors à un débat politique qui dépasse les conditions des expériences du Dr Zak. 

Il reste que Zak pointe un élément scientifique majeur qu'il ne faudrait pas négliger parce qu'il tend à remettre en cause un axiome de base de la théorie classique: l'homme est capable de chercher à maximiser non seulement son intérêt propre mais aussi l'intérêt collectif ! Message d'espoir: notre biologie nous conduit à des modes de relation gagnants-gagnants, voilà une bonne nouvelle en ces temps agités !

Et puis j'avoue être curieux de découvrir ce domaine que Zak appelle la neuroéconomie. Cela me rappelle un peu le travail de Laurie Santos ainsi que les pensées de Georges Soros auxquels je vous renvoie.

Enfin, rappelez-vous le billet sur ce curieux jeune homme qui distribuait des câlins, Juan Mann, eh bien, le Dr Zac recommande le même remède: huit câlins par jour cela libère plein d'ocytocine !

vendredi 4 novembre 2011

Barefoot college: l'école des pauvres et des illettrés

Voici venir Bunker Roy. Comme vous le verrez à la fin de la vidéo ci-après, il a eu beaucoup de succès à TEDGlobal et reçu une "standing ovation". Tellement qu'il m'a été difficile de l'approcher après sa conférence. Je vais traduire ce "talk" en Canadien sous une dizaine de jours ! Il nous y présente les enseignements de sa vie passée à développer l'école des illettrés en Inde et comment cette initiative est devenue une ONG mondiale avec des essaimages en Asie, en Afrique et en Amérique Centrale et du Sud:


De quoi parle-t-on concrètement ?
Il s'agit d'initiatives villageoises d'amélioration du cadre de vie communautaire en milieu rural beaucoup axée sur l'utilisation de l'énergie solaire. Il y a du Mahatma Gandhi chez Bunker Roy: naissance dans la très bonne société indienne, éducation élevée, sens de la dramaturgie, parti pris pour les humbles et opiniâtreté. Les villageois manquent parfois de tout en Inde: d'eau, d'énergie, de sols fertiles ... Le Barefoot college enseigne aux pauvres à mettre en place des systèmes écolo-économiques: éclairages individuels, fours solaires,  construction, production d'énergie photovoltaïque, stockage des eaux de ruissellement, etc ... Et comment ? En s'appuyant sur le savoir existant chez les villageois et en organisant au mieux la transmission de ce savoir entre eux grâce aux ... grand-mères et en comptant d'abord sur le travail et l'implication des femmes, des anciens et des enfants.

Pour aller plus loin, je vous encourage à aller voir sur le site de Barefoot et aussi sur le blog en français de l'Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle .

Sanjit "Bunker" Roy controversé:
Bunker Roy est critiqué. Il est parfois accusé d'être un peu "show off", d'exagérer et de caricaturer... ou de jouer les gourous, cela c'est pour les gentils. Les plus vicieux soulignent que ce que l'on montre ici ressemble fort à une utilisation abusive de main d'oeuvre bon marché ... et à une flatterie des femmes présentées comme plus intelligentes et plus fiables... surtout plus disponibles et plus soumises comme le pensent certains. D'autres encore, l'accusent d'avoir un agenda caché et de s'enrichir sur le dos des pauvres tout en recherchant les honneurs pour lui-même ... en récupérant les dons d'organisations charitables comme la Deutsche Welthungerhilfe (contacts: Annette Benad et Lotte Roman si vous voulez faire les recherches que je n'ai pas le temps de faire).

Sa réponse est dans sa conclusion, c'est une citation de Ghandi: 
" Au début ils t'ignorent, ensuite ils se moquent de toi, puis ils t'attaquent et enfin tu gagnes !"

Que nous apprend ce "talk" ?
Franchement, je ne sais s'il faut prêter l'oreille à ces ragots ou s'il faut prendre le risque de se faire abuser mais pour ma part, j'ai envie de retenir ceci:

0. Il existe des ONG issues du "tiers" monde !
1. Il existe un autre modèle d'enseignement que celui que nous pratiquons dans les pays occidentaux.
2. L'âge ou les discriminations ne sont pas des barrières pour apprendre et enseigner.
3. Les pauvres n'ont pas à attendre une aide extérieure, le développement rural peut être largement endogène, l'intrant essentiel est déjà sur place: le savoir, il faut le développer et le transmettre.
4. Les illettrés et les déshérités ne manquent ni de savoir, ni d'intelligence, ni d'envie de vivre.
5. Le patriarcat et l'Etat traditionnels font figures de freins alors que la famille et la communauté ont besoin d'apprendre et d'innover pour survivre.
6. La détermination et la vision stratégique de certains individus accomplit parfois les miracles que les gouvernements, la technologie et les puissances financières ne réalisent pas.

7. Faire par soi-même permet de survivre et surtout de retrouver une fierté légitime. 


Pour aller plus loin sur le thème d'une autre approche éducative pour le monde, voir ce nouveau film: http://schoolingtheworld.org/film/

En quoi sommes-nous directement concernés ici et maintenant ?
Comme dans de nombreux sujets dont il m'a été donné de rendre compte dans ce blog, j'ai je sentiment profond que ce qui s'accomplit dans le tiers monde à l'occasion de très graves crises de survie oubliées pourrait bien avoir valeur d'exemple chez nous sans attendre que la catastrophe (quelle qu'en soit la nature) soit sur nous si nous savions en tirer les leçons. Prenons deux exemples qu'il ne faut pas décalquer mais qu'il faut mûrir en cherchant les points communs plus que les différences.

Eau/énergie/construction: 
Cette vidéo montre qu'en milieu rural, face à la famine et à la sècheresse et quand l'Etat est défaillant, les pauvres peuvent survivre en mettant en oeuvre des technologies vertes. Pourquoi attendre la sècheresse pour creuser des citernes ? Avez-vous remarqué: l'hiver dernier a été sec, les agriculteurs ont manqué de fourrage et d'eau au début de l'été puis la campagne a reverdi et rien n'a été fait ! Pourquoi ne pas apprendre déjà comme les Baronnet à construire avec de la paille, à creuser sa citerne ou à produire soi-même son énergie électrique ? 

Ce n'est pas seulement parce que ces technologies sont vertes qu'elles paraissent plus désirables mais de plus en plus comme en Inde dans ces villages perdus parce qu'il n'y a rien d'autre à faire ce qui se traduirait chez nous par le fait que beaucoup ne peuvent déjà plus payer les factures correspondantes des compagnies des Eaux ou d'électricité ... c'est-à-dire indirectement qu'ils ne peuvent plus financer les infrastructures centralisées (et détournées) des Etats modernes.

L'éducation:

Après avoir fait un progrès gigantesque au XXème siècle, l'institution éducative patine chez nous. Elle devient de plus en plus difficile à financer dans sa forme et ses missions d'origine (tout est difficile à financer quand l'Etat est en faillite* !). 

Bien sûr, on peut, comme François Hollande, s'en émouvoir et proposer toujours la même recette: embaucher 60000 fonctionnaires de plus dans l'Education Nationale. On peut faire comme Nicolas Sarkozy en dénoncer le coût et ne rien proposer sinon ne pas remplacer les départs en retraite. A la place de ce statu quo stérile, ne pourrait-on un peu s'inspirer de l'esprit du Barefoot College et appliquer la maxime de Mark Twain: "Faire en sorte que l'Ecole n'interfère plus avec l'Education". 

Cette provocation de Bunker Roy est radicale car le Barefoot Collège s'est créé dans un contexte radical de survie. Les premiers villages ont démarré au Rajasthan en pleine famine et sècheresse. Mais n'avons-nous pas besoin d'un peu plus de radicalité et de courage face à des situations qui pourraient s'enkyster ? Nous sommes ici et maintenant en pleine récession avec "mise à disposition" de millions de chômeurs, retraités, ... qui tous disposent de temps et beaucoup de savoir, certains ont encore de la détermination. Ne voyez-vous pas le lien entre ces deux histoires ? Devrions-nous attendre que la situation devienne radicale chez nous aussi ou ne pourrions-nous par exemple faire en sorte que les disponibilités et les bonnes volontés viennent naturellement à la rescousse d'un Etat déficient et en désarroi au besoin en faisant en plus un usage productif et contrôlé des NTIC qui sont maintenant à notre disposition ? 

*"Si la France était une entreprise, un ménage, elle serait en cessation de paiement.  François Fillon en visite en Corse le vendredi 21 Septembre 2007 (il ne l'a pas redit officiellement depuis mais est-ce nécessaire ?)

Barefoot College dans le monde: