mercredi 7 septembre 2011

Polémique comptable ou problèmes de fond

La semaine dernière, une polémique a été lancée par la nouvelle Directrice du FMI, la sémillante et souriante  Christine Lagarde. Le FMI a-t-il décidé un grand emprunt mondial pour aider le tiers monde ? Pas tout à fait. Mme Lagarde dont l'esprit d'à-propos a déjà fait merveille, vient de conseiller aux banques européennes d'augmenter leurs fonds propres pour couvrir leurs risques compte tenu de la désormais médiocre qualité de leurs créances aux Etats en difficulté comme la Grèce ...

De quoi s'agit-il ?
D'une différence comptable ! Aux USA, dont l'orthodoxie bancaire passera à la postérité après l'affaire des subprimes entre autres, il convient d'enregistrer au bilan les créances à leur valeur de marché et en Europe elles le sont à la valeur faciale moins une décote de 21%. Donc en simplifiant (car il faudrait tout prendre en compte) quand une créance n'est pas spécialement risquée, elle est sous-évaluée en Europe (et le bilan paraît moins bon) mais quand le risque est fort comme dans le cas de la crise grecque, il se peut que la créance soit sur-évaluée (et le bilan paraît meilleur de ce fait)."Selon le FMI, si les banques européennes prenaient en compte les obligations souveraines de la zone euro, et donc de la Grèce, à la valeur qu’elles ont actuellement sur le marché, leurs fonds propres perdraient immédiatement de 10% à 12%. Soit un besoin de recapitalisation de 200 milliards d’euros pour être certain de faire face à la crise."

Pour évaluer la solidité d'une banque, il faut analyser l'ensemble de son portefeuille de créances (pas seulement certaines dettes car selon les méthodes choisies, les risques peuvent se compenser) et sous un ensemble de critères ... Il y a maintenant les stress-tests pour cela, l'ancien ratio Cook ne suffit plus et bientôt se réunit le comité Bâle III pour revoir tout cela une nouvelle fois. L'argument de C. Lagarde n'est donc pas intrinsèquement faux mais il est très insuffisant et devrait être nuancé. Une mesure plus logique aurait pu être de proposer de changer de méthode comptable en Europe pour TOUTES les créances et pour TOUTES les Banques, de refaire les stress tests et de voir alors si la banque européenne est moins protégée que son homologue américaine. Il me semble que l'affirmation de Mme Lagarde soit donc pour cette raison  hâtive et insuffisante techniquement. En revanche, les conséquences de son application, elles, me semblent au contraire très nettes si l'on réfléchit un peu. Voyons ce que tout cela pourrait bien vouloir dire.

Quelles seraient les conséquences ?
Imaginons que ce ratio soit actuellement de 5% (pour prêter 1000, la banque doit avoir 50 dans ses coffres). Cela veut dire que si les banques devaient passer à 10%, pour prêter 1000 elles devraient avoir 100 en propre ou avec 50, diminuer leurs créances de 1000 à 500. Ce % détermine les fonds que la banque doit détenir en propre (capital principalement) pour faire face à des faillites "normales" voire, dans le cas précis, à une crise exceptionnelle et pouvoir continuer à honorer ses propres engagements. Car la banque ne prête pas que son propre argent ou les dépôts de ses clients, elle emprunte également ... On comprend que ces ratios servent théoriquement à éviter les faillites en chaîne. Et doubler ce ratio signifierait soit doubler son capital soit réduire de moitié ses prêts ou un peu des deux !

La mise en oeuvre de cette idée poserait un vrai problème économique. Imaginez-vous tout un chacun dans un tel contexte souscrire à l'augmentation de capital massive des banques que cela signifierait ? Et avec quel argent ? Alors sans apport supplémentaire, il faudrait que les banques réduisent leurs prêts de moitié. Tout simplement. Moi qui aimerait revendre ma maison, il faudrait que je songe à limiter mes recherches aux seuls acheteurs qui pourraient se passer de prêt immobilier parce que dans une telle situation, l'accès au crédit serait rendu encore plus difficile aux acteurs "normaux" de l'économie (entreprises et particuliers). Je viens rarement au secours des banques (qui n'en ont pas besoin d'ailleurs) mais là se profilerait une crise financière bien plus importante. Une telle proposition aurait pour effet de réduire la masse monétaire "M2" (celle qui correspond justement aux crédits) et de plonger rapidement les économies dans une récession plus brutale et plus massive encore que celle que nous connaissons déjà. Je n'aurais pas l'outrecuidance de conseiller cette vidéo à C. Lagarde mais si vous, vous avez un peu de temps, allez regarder (merci Christine !).

Comme le disait Jean François Noubel à TEDxParis en Janvier, il y a déjà un phénomène de "condensation" monétaire qui limite l'accès à la monnaie (l'adage dit qu'on ne prête qu'aux riches !). Ce phénomène serait encore accru. Alors là n'y pensons même plus ! Et pourtant, les enjeux économiques, sociaux et environnementaux ne justifient-ils pas que les acteurs économiques investissent pour y faire face ?

Que faudrait-il faire alors ?
D'abord, souvenons-nous des causes du problème: la crise des subprimes est venue d'une opacité artificiellement créée pour diluer de mauvais risques pris sur l'immobilier aux USA. Il s'agirait donc plutôt de surveiller en amont des ratios prudentiels, la qualité du travail d'engagement des banques. Car pour autant, je ne dirais pas comme Mme Parisot que les banques européennes sont si solides. Les ratios actuels ne sont pas toujours respectés et nous ne sommes pas à l'abri que certaines fassent défaut parce qu'elles prêtent aux Etats qui n'en font pas. Mais s'occuper des ratios ne suffit pas. C'est tout le système de management des hommes et des risques qu'il faudrait rendre plus pertinent et plus près des réalités économiques et sociales, par une gouvernance au niveau des conseils d'administration plus affutée et enfin par un meilleur contrôle des institutions financières de la part des Etats. En gros, par un véritable exercice des responsabilités de chaque niveau à l'intérieur et au dehors des banques. 

Venir a posteriori simplement modifier les ratios de gestion (et pas qu'un peu) sans se préoccuper de la chose gérée, est-ce bien responsable ?

Qui est le plus irresponsable ?

Certaines banques sont donc  coupables à l'origine d'avoir mal fait leur travail. Aujourd'hui elles le sont d'avoir prêté à la Grèce, quel est le plus gros problème ? Un Etat comme la France disposant (encore) d'un "AAA" et qui est  endetté à plus de 80% de son PIB dispose d'un accès au marché dans les meilleures conditions c'est-à-dire avec les meilleurs taux. Par opposition, mon acheteur immobilier même disposant d'un emploi stable et de garanties, si ses remboursements dépassent 30% de son revenu, n'aura pas de crédit du tout... Même idée pour les entreprises. Or un budget d'Etat chroniquement en déficit ramené à 3% de déficit annuel est, dans le même temps, considéré comme vertueux... Que se passerait-il si votre budget à vous était bouclé au mieux à 97% ?

Ne serait-il pas préférable de recommander aux Etats une gestion plus seine et de s'appliquer à eux-mêmes les règles qui prévalent pour les autres acteurs économiques ? Ce qui est l'évidence pour vous devient une règle d'or" pour l'Etat  de nos jours !!! Difficile dans ces conditions de parler de prises de responsabilités de chaque niveau. Ne dit-on pas qu'un escalier ça se balaie en commençant par le haut ?

Une affaire qui fait "pschitt"
Mme Lagarde a bien plutôt cherché à plaire aux banques américaines pour montrer son indépendance vis à vis de ceux (les pays européens) qui l'ont fait élire au FMI. On voit aussi que cette histoire de ratio n'est pas sérieuse et l'on pourrait en plaisanter si la situation financière des Etats (plus que celle des banques) n'était celle d'une quasi-faillite. Et l'ont voit tristement où se situent les priorités de la nouvelle Directrice du FMI au sujet de laquelle j'ai déjà écrit que j'aurais préféré un économiste indien ... puisqu'il n'est pas politiquement correct de regretter ouvertement Strauss Kahn !

Pourquoi commenter ce non-événement ?
Parce que la Banque n'est qu'un instrument du Capitalisme qui n'est qu'un instrument de notre fonctionnement économique. Un instrument et pas un système idéologique ni moral qu'il s'agirait de détruire, de brimer, de punir ou de servir. Il s'agit seulement de bien l'utiliser. Ce qui pose problème c'est la complexité et les intérêts bien compris de ceux qui se servent de cette complexité à court terme et qui conduisent les institutions à dysfonctionner. Par exemple à prêter quand il ne faudrait pas puis à le cacher le temps que cela devienne ensuite des escroqueries planétaires (les subprimes). Comme sont des escroqueries les magouilles des dirigeants grecs qui n'ont jamais pu rééquilibrer leurs finances internes, mettre en place une fiscalité honnête et fait croire à leurs électeurs que cela pouvait durer éternellement... Comme finiront probablement par apparaître comme des escroqueries les pratiques de nos dirigeants qui ne savent depuis 50 ans équilibrer notre budget national qu'en augmentant la dette sans mener à leur terme les réformes nécessaires. Rappelez-vous du candidat Sarkozy qui s'étonnait: "il n'y a plus de frontières et non seulement il y a toujours des douaniers mais leur nombre a augmenté de plus de 10000 depuis qu'il n'y a plus de frontières ..." Qu'a fait notre manager-président Sarkosy de cet excédent de douaniers ? 

Je n'en veux pas plus aux douaniers qu'aux banquiers en fait. Ni même à Sarkozy plus qu'à Chirac ou à Mitterrand. La vérité c'est que rien ne se fait vraiment sur le fond et que personne même nanti du "AAA" ne peut vivre indéfiniment au dessus de ses moyens. C'est cela qu'il faut changer et non les ratios prudentiels des banques. Les raisons des déclarations de Mme Lagarde apparaissent dès lors bien dérisoires devant les véritables enjeux.

Pour finir voici deux citations que j'aime bien:
Il n'est pas de problème dont une absence de solution ne finisse par venir à bout.
"Il n'y a pas de problème qu'une absence de solution ne finisse par régler" Henri Queuille Ministre de la 3eme République et
"Tout finit par s'arranger, même mal" attribuée à Rudyard Kipling

samedi 3 septembre 2011

Vitesse au volant: mieux que les radars !

Dans la lignée de mes articles sur les contrôles radars et le rattrapage de points, voici un petit film australien qui pose le problème autrement (ou au moins une partie du problème):
L'impact de cette campagne est excellent en Australie, paraît-il. C'est ce qui se passe quand l'imagination arrive au pouvoir ...

mercredi 31 août 2011

Hydroliennes: de l'électricité indéfiniment renouvellable

Et voilà que le 20 heures nous présente le parc d'hydroliennes de Bréhat. Je trouve que le petit film d'EDF ci-après est plus complet que les explications de la TV:

Voilà donc une idée mise en pratique pas loin de chez nous ! Pour les détracteurs des voitures "nucléaires", voilà donc une possibilité d'existence de futures voitures à propulsion hydrolienne. Si je trouve un bilan carbone de l'ensemble de la chaîne et une analyse économique du kwh "hydrolien, je complèterais ce billet.

lundi 29 août 2011

Jessica Green: filtrons-nous les bons microbes ?

Michel Serres dans son "Nouveau Contrat Naturel" nous rappelle que le terme écologie désigne d'abord une science avant d'être un mouvement politique. Cette science se mêle d'observer un "objet" comme toutes les autres sciences mais cet objet est lui-même un système complexe, un "environnement".

Dès lors, l'objet de l'observation n'est plus jeté devant soi (objectum: « ce qui est placé devant ») mais un réseau complexe de relations ... Jessica Green est une écologiste scientifique et qui nous parlait ici à TED Global à Edimbourg en tant que "TED Fellow" (sorte de bourse de recherche) du résultat de ses études sur l'environnement microbien mécaniquement confiné de l'hôpital d'un point de vue "écologique:
Cette vidéo est la première vidéo de TED que Mélanie Chambaretaud traduit en français.  Bravo à elle !

En quoi sommes-nous concernés ?
J'avais évoqué à l'occasion d'un billet sur les accidents de la route que notre gouvernement serait bien inspiré de s'attaquer à un fléau national devenu plus important que celui des accidents routiers, celui des maladies contractées à l'hôpital: les maladies nosocomiales. 

Et voilà donc que cette chercheuse nous explique dans ce petit film que c'est justement parce que nous filtrons l'air des hôpitaux (et de pas mal d'autres bâtiments d'ailleurs) que nous en limitons sa bio-diversité microbienne à des micro-organismes proches ou générés par l'homme. Du coup, la probabilité de la présence de germes pathogènes pour l'homme (ici pour des organismes déjà malades) serait plus forte et une cause importante de maladies nosocomiales. Vous voyez que nous sommes tous concernés !

Quelles leçons en tirer ?
Tout d'abord l'écologie est une discipline scientifique avant d'être une occasion d'empoignades (Notez que Jessica n'échappe pas à son lot de critiques, à mon sens, gratuites sur le forum de TED). Examinons donc d'abord les faits comme aurait dit Aristote. Ensuite, comme nous le faisons dans tout domaine, n'est-il pas frappant de constater que toujours plus d'une même solution qui a fait ses preuves finit par ne plus rien résoudre puis, comme ici, par créer de nouveaux périls ? 

Ainsi, dans les hôpitaux (j'ai d'ailleurs collaboré à un projet visant à améliorer la performance d'un hôpital en matière d'environnement contrôlé), la posture qui consiste à isoler les espaces sensibles de l'environnement extérieur dans un souci incontournable d'asepsie conduit à sélectionner un environnement encore plus pathogène. Tout se passe donc comme si, parvenus à un certain stade d'avancement, il serait nécessaire de "Lâcher Prise" pour rechercher des solutions dans une autre voie. Attention, je ne dis pas de tout laisser-tomber et de revenir aux cavernes, Pasteur ne doit pas être oublié, je propose de faire un effort de lucidité pour repérer ce qui ne marche plus ou qui a atteint sa limite de validité, de se retourner vers les disciplines qui innovent et de travailler avec elles pour concevoir de nouvelles solutions. 

Pas des solutions forcément radicalement nouvelles scientifiquement d'ailleurs mais à coup sûr radicalement casse-pieds au regard des institutions et des habitudes de pensée existantes.

dimanche 28 août 2011

Ecologie: retour aux cavernes ou réalisme technologique ?

De retour de vacances et de voyage surtout en France, je vous propose de regarder cette petite vidéo sur un projet futuriste de paquebot car je voudrais partager avec vous quelques interrogations sur ce que l'on appelle "Ecologie". Mon sujet sera, comme souvent, le raisonnement humain. Mes prétextes ici seront les problèmes environnementaux et la technologie. Voici donc Eoseas comme mise en bouche:

Pourquoi ce petit film ?
D'abord parce que mes vacances m'ont ramené du côté de Saint Nazaire, région où j'ai découvert la voile, et lieu où l'on a construit le France, les plus grands pétroliers du monde puis le Queen Mary II sous le nom de "Chantiers de l'Atlantique", entreprise où sévissait mon propre père il y a 40 ans (rachetée par le coréen STX depuis) ... Du vécu personnel donc comme toujours.

Ensuite, je vous ai parlé déjà d'un bateau qui prévoit de faire le tour du monde propulsé par l'énergie solaire. Le skipper m'a d'ailleurs très gentiment appelé pour me remercier et a accepté de venir nous en parler à TEDxMetz.

Enfin parce que je vous ai aussi parlé de Serge Latouche et de gens qui intelligemment nous disent qu'il va nous falloir changer de modèle ...

Alors ce petit film est une provocation. J'aimerais bien qu'il devienne réalité et que le "Progrès" nous le permette. Je crois de plus en plus qu'il faudra pourtant abandonner certains rêves. Mais bon sang, je suis heureux de voir que l'on rêve toujours ! Et je dédie ce film à certains de mes amis écologistes sincères et personnes respectables ayant mis leurs convictions en ligne avec leur propre vie mais qui m'agacent lorsqu'ils sanctionnent d'avance toute idée technologique, toute innovation ...

En quoi ceci nous concerne-t-il ?
Certains me disent: "cet avion ne volera jamais, ce bateau n'emportera jamais de passagers, cette voiture électrique est un non-sens nucléaire". Alors bien sûr, quel est le coût écologique de toutes ces expériences, va-t-on refaire les mêmes erreurs avec les technologies vertes comme le solaire qu'avec le nucléaire car ce sont des échecs du point de vue environnemental ?

Ce sont de vraies questions ET en même temps, j'ai très peur qu'après un siècle de foi aveugle en le Progrès, on tombe dans l'excès inverse et qu'on revienne à des réflexes frileux et dépressifs sous couvert de "bien-pensance" écologique.

Tout ceci nous concerne car, je vous livre ma conviction, pour résoudre les problèmes économiques, sociaux et écologiques qui nous assaillent, il nous faudra accepter de réaligner notre consommation sur nos vrais besoins tout en investissant massivement sur de nouvelles technologies. Comme toujours, il y aura des essais et des erreurs mais le choix n'est pas ici entre foncer aveuglément vers la High Tech et revenir aux cavernes (voir les polémiques sur le climat avec C. Allègre), il n'y a pas de choix d'ailleurs et ceux qui raisonnent ainsi de façon arbitrairement binaire m'exaspèrent car nous risquons de lâcher la proie de solutions applicables pour l'ombre du débat polémique.

Nous devons à la fois parier sur les innovations technologiques ET remettre en cause notre modèle de croissance !

mercredi 20 juillet 2011

TED Global et TEDx: les nouvelles du front !

Chers amis, je vous ai entretenus ici et là de notre projet TEDxMetz dans le cadre du développement du phénomène TED. Voici le moment de faire le point de l'actualité de TED et de faire des annonces.

TEDxMetz en 2012
Notre équipe d'organisation n'était pas encore complète que l'entreprise qui accompagnait ce projet disparaissait ! J'ai donc poursuivi seul le projet qui devrait prendre corps en Mai 2012.

Je vous en rappelle le thème: les transformations discrètes. Reprenant l'idée de François Jullien qui n'a d'ailleurs pas répondu à mon invitation, nous proposons de décrire en pleine période de ce qui est de plus en plus une crise structurelle lourde les transformations discrètes déjà présentes autour de nous mais imperceptibles, celles qui aideront à passer le cap des grandes ruptures. Trois sessions s'enchaîneront: les transformations de l'individu, celles de l'entreprise et enfin celles de l'environnement. Plus de vingt "speakers" ont dans un premier temps accepté de nous rejoindre, nous verrons ceux qui pourront nous accompagner dans ce décalage de dates.

La ville de Metz a également donné son accord pour ce projet. Nous mettons désormais l'accent sur la recherche de sponsors entreprises et universités. Si d'autres institutions réalisent l'importance du phénomène TED et veulent voler au secours du succès, nous les accueillerons certainement.

TED Global à Edimbourg
Je rentre tout juste d'une semaine passée à TED Global qui se tenait à Edimbourg et dont le thème était "The stuff of Life". Je suis rarement aussi admiratif et j'ai déjà un peu "voyagé" mais là, je peux vous assurer que sur le fond comme sur la forme, cela valait le déplacement. Je vous propose ci-après l'une des premières vidéos mises en ligne, celle de Tim Harford sur "the God Complex":
Il faut imaginer environ 850 "congressistes" dont une cinquantaine de TEDxorganizers (les TEDxers), une centaine de "speakers" plus les TED fellows et le staff de TED.com et quelques invités le tout sur au total toute une semaine dont trois jours et demi de conférences TED.Une sorte de "Davos" des idées nouvelles !

J'ai découvert et parfois rencontré: un artiste français JR lauréat du TED Prize, une musicienne cybernécienne planante à TED University, Imogène Heape, un artiste de l'éphémère manipulant du sable en musique Juan Castillo, plusieurs dirigeants d'ONG très convaincants dont Bunker Roy qui dirige "Barefoot Villages en Inde et dans tout le tiers monde et surtout Justin Hall Tipping qui a fait un exposé parfait sur un sujet qui est une révolution dans l'histoire humaine et non seulement un remède aux crises financière et environnementale le tout à base de nanotechnologies du graphite appliquées à la captation, transformation, distribution et stockage de l'énergie et j'en passe. Je vous ferai peu à peu découvrir certaines de ces conférences majeures.

Le but de TED est atteint: divertissement, technologie, concepts mais aussi état d'esprit et qualité de la relation entre participants avec les intervenants et les organisateurs. A noter que les TEDxers sont en train de créer un réseau mondial d'organisateurs qui projètent de travailler ensemble à l'avenir ... je vous en dirai plus ultérieurement.

Pour un coût bien plus abordable, nous projetons de nous inspirer de cette expérience pour amener à Metz ces idées et cette pratique intelligente et humaniste du "story telling" décriée il est vrai par quelques activistes dogmatiques mal informés.

Evolution de ce blog.
En outre, le présent blog devenant très "gros", relativement visible mais très divers dans sa thématique, il continuera à exister mais comme recueil des articles qui seront publiés par la suite dans des blogs plus spécialisés. L'un de ces blogs sera ainsi dédié à l'actualité TED et TEDx. Plus bientôt, je repars en voyage !

mercredi 6 juillet 2011

Faut-il négocier avec les terroristes ?

Cette dernière semaine a été marquée par la libération de deux otages en Afghanistan, tant mieux (la photo ci-contre à droite provient du site de FR3.fr). Je voudrais profiter de l'événement pour répondre à la question du titre, saluer le travail des négociateurs de l'ombre et présenter une excellente méthode de négociation.

Nous l'avons entendu maintes fois, les politiques disent: "nous ne négocierons pas avec les terroristes !" Faut-il les croire ? Faut-il suivre les journalistes qui immédiatement lancent la polémique: qu'est-ce que le gouvernement français a donc lâché ? Avant de répondre à la question-titre et de vous raconter une petite anecdote personnelle, je voudrais vous présenter une vidéo longue de William Ury, elle n'est pas traduite, la voici pour ceux qui veulent en savoir un peu plus sur l'un des deux fondateurs de la méthode de négociation raisonnée développée à la Harvard Law School:

J'espère bien que certains d'entre vous auront la patience de l'écouter jusqu'au bout car il s'agit de l'expert mondial n°1 du domaine. Voici une seconde vidéo beaucoup plus courte dont j'ai eu l'occasion de faire la traduction des sous-titres sur TED.com et que je diffusais à l'occasion des voeux de la nouvelle année. La revoici:

En très résumé:
Vous pouvez négocier selon trois modes principaux: sur la base d'un bras de fer (la guerre par un moyen pacifique), le marchandage ou la négociation raisonnée, celle dont parle Ury ici. Cela fait presque 30 ans que je connais ses livres et ceux de Fisher et même que je les enseigne pour partie et cela fait seulement une semaine à l'occasion d'une formation fort bien faite que je viens de comprendre ce que  nous redit W Ury dans la première vidéo ci-dessus: nous passons l'essentiel de notre temps à négocier en famille, au bureau, avec soi-même aussi. Et bien sûr à l'occasion des grands conflits de notre temps. Les conflits sont partout: ouverts ou larvés, armés ou au tribunal, assumés ou ignorés ... Autant comprendre de quoi il est vraiment question car il ne s'agit pas d'une simple recette mais véritablement d'une révolution de l'Esprit ! Au passage, reportez-vous à leur livre de base en français: Comment réussir une négociation.

Le principe:
Dès que deux points de vues se rencontrent, ils peuvent s'opposer. Si l'on laisse les énergies et les émotions se masser derrière les positions des protagonistes, on arrive à la guerre totale ... jusqu'à ce que l'amoncellement des cadavres les amène à négocier ! William Ury rappelle que les sociétés traditionnelles "stables" disposent d'un moyen d'éviter le conflit: la troisième force, "the third side". Un principe de médiation naturel: la pression informelle de la communauté des proches et des amis qui amène à découvrir la position commune viable pour les deux protagonistes sans en venir à la guerre ou au meurtre.

Le principe du médiateur est de retrouver la voie de cette troisième force, de créer les conditions de la négociation (voir mon article sur le sujet ici). Puis, se tient la négociation proprement dite qui consiste à distinguer les personnes du problème, "être doux avec les gens et durs avec le problème". Il s'agit alors de discuter non pas des positions qui s'opposent mais de découvrir les intérêts de chacun qui sont cachées derrière et d'imaginer les options les meilleures qui vont permettre de trouver un accord durable.

Les anecdotes:
Ecoutez d'abord celles de William Ury.

Cependant, comme vous le savez, j'aborde le plus souvent des sujets vécus personnellement. Je vous parlerai bientôt d'un conflit d'entreprise que je vis maintenant depuis 4 ans mais en attendant de l'avoir enfin résolu et tout en enseignant partiellement les techniques de négociation moi-même, je continue à me former, ce que j'ai fait la semaine passée au sein de l'Ecole Centrale à Paris sur le thème de la Négociation Raisonnée de Harvard par Philippe Hardier du cabinet GT Conseil que je recommande. Comme je le disais, nous négocions tout le temps. En même temps, les conflits explosent tout autour de nous car il est de plus en plus difficile de les traiter par la force, le mépris ou l'autorité "hiérarchique" surtout quand les média s'en mêlent ... Il va donc falloir apprendre à négocier. Et quel est l'obstacle majeur à la négociation dont le champ s'élargit chaque jour ? Comme le dit W. Ury, c'est ... nous-mêmes ... qui sommes les jouets de nos émotions et de celles de nos interlocuteurs !


Le paradoxe du gourou de la négociation:
Voici donc une petite négociation paradoxale dans laquelle j'ai été partie prenante. Paradoxale car elle illustre ce que je viens de dire et pourtant elle m'oppose à l'un des plus éminents représentants de la méthode Fisher et Ury en France. Cet homme connu dans son milieu, préfacier et auteur de divers ouvrages dont certains sont fondamentaux, forme des négociateurs. Voulant compléter mon cursus de médiateur par un rafraichissement sur la méthode Fisher et Ury sans aller à Boston cette année, en ce mois de Février, je contacte son secrétariat pour trouver une place dans l'un de ses stages. Possible malentendu à l'énoncé de mon profil, il semblerait que ce cabinet pourrait me proposer une collaboration alors que je ne demande qu'une formation. Echange très courtois et agréable puis pas de son, pas d'image pendant deux mois.

Ma formation à la médiation entamée, je rappelle et je sens alors que l'on ne veut ni prendre mon inscription ni me dire pourquoi. Après plusieurs rappels et force insistance, je ne peux toujours pas parler au "gourou" mais je comprends qu'il ne veut pas prendre le risque de me former car il craint de créer ainsi son propre concurrent ! Je pourrais en effet enseigner cette matière très porteuse mais ce n'était pas mon intention de le concurrencer et  de toute manière, je crois qu'il y a vraiment beaucoup de place pour cette matière sans s'en prendre au gâteau d'un gourou !

En quoi cela nous concerne-t-il ?
Tout d'abord, j'ai découvert l'importance de ces techniques et surtout leur utilisation au sein d'un continuum qui va de la guerre à la paix et les limites de leur utilisation. On ne négocie pas quand on pense facilement détruire son ennemi ou lui prendre ce que l'on convoite.

Nous négocions quand nous y avons intérêt. Encore faut-il savoir le faire ! Le gourou ci-dessus m'a démontré que, même un spécialiste, peut partir en vrille rapidement suite à une mauvaise gestion de ses propres peurs et autres émotions et des malentendus. Son refus s'appelle en droit un "refus de vente" surtout s'il n'est pas ou mal motivé... Je ne l'ai pas attaqué en justice (j'avais une bonne "MESORE" ou "BATNA*"). J'aurais pu.  Cependant, alors que Ury et Fisher insistent sur la nécessité de se centrer sur les intérêts et le problème, le "gourou" n'a fait aucun cas de ma personne ... qui saura s'en souvenir et le raconter: la preuve !

J'ai également découvert à cette occasion la vertu cardinale de la simple question "pourquoi ?" qui permet même en cas de positions inconciliables (95% des négociations n'ont pas, au départ, de zone d'accord potentiel !) de trouver des options créatives de solutions communes car le "pourquoi" quand il est bien présenté met sur la voie de l'écoute active. Dans le cas du gourou au moins, malgré l'échec de notre négociation, j'ai rétrospectivement appris et compris que les meilleurs experts ne sont pas forcément ceux qui s'auto-proclament tels ! Faites ce que je dis ... pas ce que je fais ! S'il avait soudain changé d'attitude à mon égard, aurais-je maintenu ma demande à votre avis ? Absolument pas car il m'a démontré son manque de maîtrise tout en me faisant une démonstration éclatante mais par l'absurde de la nécessité d'être "congruent**", au moins en ce domaine.

Alors revenons au titre, faut-il négocier avec les terroristes ? 
Hé bien si vous ne pouvez pas libérer les otages par la force ou la menace, avec qui d'autre voudriez-vous négocier, avec leurs grand-mères ou avec leurs imams ? Evidemment qu'il faut, dans ce cas, négocier avec les terroristes preneurs d'otages. Et que faut-il lâcher ? Le moins possible pour obtenir le mieux possible pour les otages et pour son pays tout en obtenant un accord de la partie adverse ! Et cela nécessite beaucoup d'écoute, de maîtrise et de "pourquoi ?". Je pense que M. Juppé plus que d'autres sait gérer ce type de situation. Bravo donc à son administration et bon retour aux otages.

* MESORE: MEilleure SOlution de REchange (traduction de BATNA)
BATNA: Best Alternative To a Negotiated Agreement
** Congruence: terme employé par le pyschologue Carl Rogers pour indiquer une correspondance exacte entre l'expérience et la prise de conscience. C'est ainsi que la congruence est la qualité majeure pour celui qui enseigne la pédagogie, écrit sur l'écriture, conseille les consultants, communique sur la communication ...