samedi 7 juillet 2012

Etienne Hayem: la monnaie comme lien !

Et voici le septième intervenant de TEDxlaDéfense. La monnaie, complémentaire,  comme moyen de créer et de densifier les liens quand l'économie déraisonne selon Etienne Hayem. Ce fut un moment d'émotion car la salle a ressenti que malgré son jeune âge, le benjamin de notre TEDx capitalisait beaucoup de vécu.


Voici la vidéo:


Le rêve:

Etienne nous a fait part de l'importance qu'avait eu pour lui TED puis il nous a raconté son rêve de gosse. Dans ce rêve d'enfant, il comprend qu'il ne sert à rien de braquer une banque, d'avoir de l'argent et même d'avoir tout ce que l'on veut ... si l'on est seul en fin de compte à pouvoir en profiter. Dans son rêve, Etienne peut aussi réveiller qui il veut et le voilà parti, devenu grand, dans ce qu'il appelle une "quête d'abondance" où la richesse n'est pas dans la monnaie mais dans le lien et le partage qu'elle permet. La finalité prime sur le moyen.

Voici ce qu'il dit de son expérience avec nous dans son blog.

Au passage une citation:
"Ils ont échoué parce qu’ils n’ont pas commencé par le rêve'" . Etienne ne la reprend pas mais moi si, à la marge d'abord parce que je n'ai pas réussi à convaincre mes collègues d'adopter dans une mission de conseil un language direct et une option ambitieuse, il n'y a pas pire dormeur que celui qui ne veut pas se réveiller. Et pour le fun ensuite parce que François Hollande l'a reprise dans un discours en Janvier 2012 en se trompant car il l'a attribuée à William Shakespeare alors qu'elle est de l'un de ses lointains descendants contemporains journaliste au "Telegraph" de Londres !

Le message:

Tout commence donc pour Etienne par un voyage d'étude au Mexique puis en Argentine. Il y côtoie des "vrais humains" appauvris, marginalisés voire désocialisés du fait de l'explosion de leur dette et de leur incapacité à rembourser comme son ami et mentor Manolo. Impact des crises qui ne sont pas l'exception mais la règle et des intérêts composés qui seraient "la plus grande force qui existe" ! Qu'il s'agisse de la dette immobilière de Manolo ou de la dette souveraine des Etats, la force des intérêts composés et l'impact des crises à répétition semblent en effet impossible à contre-carrer...

Et pourquoi ? Et si le système financier et monétaire était simplement mal conçu ? Et s'il s'agissait de se réveiller pour ne plus courir après l'argent mais utiliser l'argent dans toute sa dimension de création de valeur par le lien ?

Facile à dire mais quand on n'a plus d'argent du tout comment échanger ? C'est justement l'intérêt des monnaies complémentaires.

Je vous renvoie à un article que j'avais déjà écrit sur Etienne et sur les monnaies complémentaires, ici.

Je ne sais pas si Etienne a "réveillé" nos visiteurs mais il n'a certainement pas laissé la salle indifférente.

En quoi sommes-nous concernés ?

Concernés par les crises, nous sommes menacés des mêmes dangers que Manolo. Je retiens en outre cette idée de résilience monétaire qui nécessite une certaine diversité de moyens d'échanger (monnaies) qui renvoie à des articles que j'avais écrits pour traiter de résilience en écologie ici, ici et ici.

Etienne reprend sur ce point les théories de Bernard Liétard. N'avoir qu'une seule monnaie ou seulement quelques monnaies internationales renforcerait l'asphyxie monétaire des classes moyennes pendant les crises. Avoir une pléthore de monnaies locales ne serait guère mieux qu'un système peu efficient de troc. En revanche disposer en plus des grandes monnaies de monnaies complémentaires  solides permettrait de créer pour les précaires et pour les autres un surcroît de richesses et de lien social.

jeudi 5 juillet 2012

Stéphanie Boulay: management éthique

Sixième intervention de TEDxLaDéfense, Stéphanie Boulay parle de management éthique à partir de son expérience de la banque dans l'optique de cette seconde session consacrée aux "apaisements".

L'angle de Stéphanie Boulay:

La Banque lui a tout d’abord permis de percevoir les interactions entre finance et économie puis, en tant que manager, de rapidement prendre conscience de l’importance de la qualité d’expérience de ses collaborateurs sur la qualité de leur travail et de leur implication. Elle a alors cherché à améliorer son savoir-être, source de toute qualité ou non qualité, qu’elle soit managériale ou autre. Le Leadership Ethique lui a fait prendre la pleine mesure de l’impact du système financier sur notre économie, des sommes en jeu et de la qualité ou de la non-qualité massive qui découle des choix des investisseurs, quels qu’ils soient.

Voici la vidéo:


Les clefs de ce talk:

Pour Stéphanie, tout commence avec le blanchiment d'argent qui représentait 15% des flux transitant par ses équipes. Cela signifiait drogue, trafics d'armes, prostitution et quand il s'est agi pour elle de participer dans sa banque à un grand projet sur le management éthique, elle a réalisé qu'il était question, en vérité, d'une façade et non d'un engagement de fond. Elle a donc quitté la finance pour étudier puis former au leadership éthique.

L'exemple par l'absurde de la crise des subprimes

Prêts immobiliers aux plus modestes fondés sur deux espoirs déçus à savoir que les taux variables peuvent ne pas rester bas et ensuite que le marché immobilier peut aussi se retourner. Les risques associés ont été disséminés sur la planète par les "dérivés de crédits".
  • Actifs toxiques en lien avec les subprimes: 800 milliards de $,
  • Dettes contractées par les Etats pour aider les banques: 2800 milliards de $,
  • Pertes en capitalisation boursière: 30 000 50 000 milliards de $
  • Coût humain: 3,5 millions de familles perdent leur toit, 600000 emplois détruits.
L'urgence de la survie: coûts annuels au niveau planétaire
  • Traitement de la malnutrition sévère: 3 milliards de $,
  • Faim dans le monde: 30 milliards de $,
  • Accès à l'eau potable: investissement unique de 200 milliards de $.
Ces quelques éléments montrent qu'à l'échelle globale, un gâchis et une grande disproportion existent montrant que les priorités d'actions éthiquement correctes ne sont pas prises.

A l'intérieur des organisations, puisqu'il s'agit en Management Ethique de commencer à agir là où l'on est et où on peut le faire, le BIT estime à 3 à 4% du PIB les pertes en non-qualité liées au stress sans parler des coûts du manque de confiance, de la résignation, des conflits ouverts ou larvés, du manque d'initiative et de créativité ...

Conjuguer Humanisme et Profits en particulier dans une banque, c'est réaliser à quel point la seule démarche rationnelle et humaine consiste à remettre l'Humain au coeur de l'économie.

En quoi sommes-nous concernés ?

Stéphanie nous souhaite à tous de tenter l'aventure et de tous devenir des leaders éthiques en commençant par résoudre les problèmes du quotidien pour participer à la résolution des absurdités globales.

Stéphanie est venue compléter le sujet de Spiros Risopoulos en le généralisant. Lors de la constitution de notre programme, nous avons été frappés par la convergence de ces deux sujets. Et pourtant, ils ont des perspectives et des origines fort différentes.

mercredi 4 juillet 2012

Spiros Rizopoulos: du romantisme dans l'économie





Voici notre cinquième intervenant de TEDxLaDéfense. Dans la session "apaisement", pourtant il vient nous parler lui-aussi de la crise . La crise de la Grèce. Il le fait en voisin, comme un ami qui vient à la fois chercher de l'aide et nous prévenir en revenant à l'essentiel qui, cependant, est actuellement passé sous silence.

Voici la vidéo de TEDxLaDéfense:



Les sous-titres français et grecs sont disponibles en cliquant sur "cc" en rouge, en bas à droite de l'écran.
(click on the red "cc", bottom right of the screen to select French, English or Greek subtitles)

Quel est l'angle de Spiros ?

Politologue et analyste écouté des médias grecs et internationaux, il commente régulièrement les évolutions de son pays et propose une vision de l’action à mener qui va rechercher l’humain au cœur de l’économie.

Formé au management politique aux Etats Unis, Spiros y mène une carrière de conseil en stratégie et en communication avant de revenir en Grèce en 2004 pour fonder Spin-Communications un cabinet leader dans ce pays en matière de planning stratégique et de communication de crise.

Voici une vidéo par Yiorgos Gotsinas du même cabinet qui présente une analyse de la situation politique grecque:


En résumé voici les éléments clefs du discours de Spiros à TEDxLaDéfense:

Flash back sur une scène d'un vieux film grec des années 50, un homme a perdu une Drachme et la cherche sous un réverbère. Pourquoi là ? il y a de la lumière !  Image classique ... et totalement d'actualité.

La situation grecque est aussi désespérément simple que cela. Les gens sont perdus. Ils n'ont plus d'espoir, plus le ressort psychologique pour trouver les solutions adaptées, plus d'initiative. C'est pour cela que le thème Humanisme et Profits est aussi important pour nous en Grèce en ce moment. Mais est-ce seulement en Grèce ?

De quoi s'agit-il au fond ? D'idées et de théories comme toujours en Europe et particulièrement en Grèce depuis l'aube de la civilisation. D'idées et de vivre ensemble. Il s'agit de ré-activer les cerveaux. Il faudrait un plan Marshal européen de la formation !

La Grèce fait partie de l'Europe. Elle doit s'appuyer sur ses partenaires comme sur ses amis non parce qu'ils sont ses créanciers focalisant sur des chiffres. Elle doit convaincre ses amis de lui venir en aide sur l'essentiel: l'aider à bâtir ce programme pour re-fonder l'espoir, réapprendre à entreprendre dans les règles (diriger, suivre, respecter des délais, rendre un reporting ...), ré-inventer les productions nécessaires, ré-inventer les emplois existants et si croissance il y a (et quelle raison y aurait-il qu'il n'y ait pas croissance ?) en créer de nouveaux !

Croyez-moi, quel que soit le niveau et l'origine (grecque ou étrangère) de la formation de nos dirigeants, cadres ou employés plus personne ne semble savoir, vouloir ni pouvoir entreprendre et travailler. La clef est dans la ré-invention radicale des compétences entrepreneuriales. Nous voulons le dire à l'Europe pour que l'on ne focalise pas les aides européennes sur l'accessoire (la dette ou les infrastructures) mais qu'une partie s'investisse dans l'essentiel: les ressources humaines ! A l'intérieur des grandes entreprises, la fonction RH doit intégrer le triangle de la décision stratégique pour le transformer en  un quadrilatère à côté de la finance, du commerce et de la production.

Ne s'agit-il pas d'une réflexion qui dépasse le cadre national ? Ne s'agit-il pas de la compétitivité de l'Europe ? Si nous n'y arrivons pas dans un aussi petit pays que la Grèce, il n'y aura bientôt plus d'Europe. Merci.

En quoi sommes-nous concernés ?

Lors de mon récent passage à Athènes, j'ai constaté que tout fonctionne. Il n'y a pas plus de mendiants dans les rues que de SDF à Paris. Alors tout va bien ? En apparence et jusqu'à ce que l'on parle aux gens dans la rue, dans les boutiques ... le moral semble bien bas. Spiros nous dit cela justement. Relancer la Grèce et l'Europe, c'est s'attaquer au moral, à l'humain. Pas pour des raisons idéologiques, pour des raisons économiques. Personne ne remboursera rien si l'on laisse la Dépression s'installer. Dépression nerveuse avant que d'être économique. C'est cela le romantisme de Spiros ! Un romantisme pragmatique.

mardi 3 juillet 2012

Djamel Berbachi: Mal nommer les choses c'est ajouter au malheur



Voici donc notre quatrième intervenant de la journée TEDxLaDéfense , Djamel Berbachi vient opportunément nous rappeler le pouvoir des mots et de l'écoute.

Pierre Bigazzi avait rappelé des concepts philosophiques, Jean David Haddad pointé l'une des expressions aigües de la crise financière, Mario Capraro a décortiqué la construction d'un scénario de crise violente. Nous venions aussi de projeter la vidéo de Justin Hall Tipping déjà présentée ici et qui est une de mes favorites qui montre que la finance peut aussi chercher à sauver la planète. Cette intervention inaugurait la session "apaisements".

Et si une grande partie de nos difficultés venait aussi d'une insuffisance d'écoute et de compréhension des mots ? La vidéo ci-après présente une approche centrée sur la relation à travers l'usage prudent des mots justes et partagés.


Quel est l'angle de Djamel ?

Il intervient depuis 25 ans dans les entreprises, les administrations, associations et syndicats spécialement sur l’art d’expliquer, d’argumenter, d’informer, de dire sans froisser son interlocuteur … oralement comme par écrit.

Ses interlocuteurs sont employés, cadres, dirigeants ou travailleurs sociaux. Dans ses interventions, le contexte est parfois difficile, les mots peuvent être lourds et froids, il aide à mieux les apprivoiser. Pour cela, il réfléchit aux intentions qui conduisent à prononcer ou à écrire tel ou tel mot et aux effets produits par le langage.

Quelques clefs autour du malentendu:

Fable des 4 mendiants: le syndrôme de babel est toujours présent. Chacun a ses mots et ses propres sens. Le mal entendu conduit facilement au malentendu.

Oxymore: par exemple "une triste joie", écartèlement de sens qui crée un choc sémantique qui  engendre dans le nuage de sens un contre-choc conceptuel créatif comme dans "Humanisme et profits" justement !

Trois filtres: éducation, expérience personnelle, bain social. Le mot "chien" rappelle au choix une morsure, un souvenir d'enfance ... un plat en sauce ! Ainsi se crée le malentendu.

Citation de Bourdieu: "Le malentendu est la règle, la compréhension est l'exception".

Trois préconisations:

L'émetteur doit prendre garde à bien nommer les choses. "Mal nommer les choses c'est ajouter aux malheurs du monde" selon Albert Camus.

Le récepteur doit être attentif à produire une écoute prudente. La prudence évite d'être victime d'une perception automatique. Ainsi, un bébé africain de 3 semaines peut être blanc et le restera d'ailleurs toute sa vie car l'Afrique n'est pas uniquement noire ...

Emetteur et récepteur doivent se mettre d'accord ensemble sur le sens des mots pour qu'ils profitent à tous.

Conclusion du talk:

Prenons la plus grande attention aux mots:

"Le mot qui illumine ou redonne vie, déchiffre et définit avant de nous faire sombrer dans une énigme plus vaste encore." Zoé Valdès.

En quoi sommes-nous concernés ?

Si mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur des choses, il nous fallait à ce point du déroulement de notre journée faire cette parenthèse sémantique. La fureur des arguments, l'émotion des prises de positions, l'énormité des enjeux comme nous l'avaient rappelés les trois premiers sujets et la vidéo de Justin, nous obligeaient à observer cette petite pause.

L'apparente simplicité de ce talk est essentielle pour nous rappeler que la crise que nous vivons aujourd'hui est d'abord celle de l'opacité. Est-ce si difficile de comprendre qu'aucune organisation ne peut vivre à crédit indéfiniment ? Que les arbres ne montent pas jusqu'au ciel ? Qu'on ne peut dépenser ce que l'on n'a pas ?

Les mots utilisés par les rhéteurs professionnels (politiques et media, les 1er et 4eme pouvoirs ) prospèrent surtout dans le malentendu. Malentendu sur les chiffres, nous le reverrons avec d'autres intervenants et malentendus sur les mots. Mis à part les intérêts propres aux rhéteurs donc, serait-il si difficile de définir ce qu'est un capitalisme acceptable, ce que sont des outils financiers adaptés et comment le fonctionnement de l'ensemble reste à portée "démocratique" de ceux auxquels ils doivent profiter et qui, entre-temps, doivent régler la facture ?

Autre leçon que je tire de ce talk et qui renvoie au travail du médiateur de tout conflit: aller chercher l'autre là où il se trouve. Cela signifie faire l'effort de comprendre les mots de l'autre à travers le prisme de ses trois filtres à lui. Et faire cela pour les diverses parties afin de renouer vraiment le dialogue !

Mario Capraro: un polar pour penser l'impensable

Ceci est le troisième article de notre série TEDxLaDéfense. Déjà présenté dans ce blog Mario Capraro, nous parle de la crise de la dette de la façon la plus simple, la plus agréable et aussi la plus impertinente et pertinente qui soit.

Nous avions le choix, travailler dans le sens des banquiers et creuser l'explication pour donner du crédit au déni ou poursuivre dans le sens de Jean-david Haddad et finalement risquer de verser dans le catastrophisme. Nous ne voulions ni de l'un ni de l'autre ...

Pourquoi le roman policier ?

Hé bien vous le voyez ici dès le début de la vidéo:


Mario pose le problème: la dette. Mais il nous met au parfum tout de suite, il en joue. Les banquiers, il va les tuer et  aussi les économistes creux qui ne savent donner aucune solution claire ! Ce parti pris de romancier est merveilleux car il restitue le temps d'un roman au lecteur comme à l'écrivain ce qu'il n'aurait jamais dû perdre: le pouvoir ! Les banquiers nous gênent, il les tue ! Et s'il s'avère qu'en réalité le problème le plus gênant est la dette elle-même bien plus que le banquier, il la tue aussi ... 

Sous le sourire, une remarque non dite, une solution dont l'évidence devrait nous sauter aux yeux et qu'il faudrait vraisemblablement évoquer de face: ne pas payer les intérêts, voire ne pas rembourser du tout. Est-ce envisageable ? Nous verrons dans un prochain article que cela s'est fait en Icelande. en attendant, cela s'est souvent fait dans l'histoire, lorsqu'un roi ne pouvait plus rembourser, il supprimait le créancier ! Le dernier livre de Mario ici nous l'explique précisément.

Le roman est donc un outil commode pour penser l'impensable.Et en plus, on ne s'y ennuie pas et on comprend tout !

Les ingrédients du polars:

Finalement, l'écrivain procède comme un manager, il enquête et répond à quelques questions de base:

Le crime ? Y-a-t-il crime ? C’est quoi le crime.
Le mobile ? Quel enjeu ?
Les auteurs du crime ? Le, les criminels ? Qui, quoi ?
L’intrigue ? « Combinaisons de circonstances et d’incidents, enchaînement d’événements qui forment le nœud de l’action. Et quels rebondissements ? Comment se sont-ils pris ?
L’enquêteur ? Celui qui va révéler toute l’histoire et qui va nous amener jusqu’à la résolution, la délivrance, le dénouement. Voyons comment sortir de la crise.
Le dénouement ? La meilleur façon de comprendre tout ce qui précède et notamment les causes du crime et, peut-être, la manière de l’éviter.

La morale ?

Notez au passage l'interrogation habituelle. Qui est le bon ? Le héros qui enquête sur les meurtres bien sûr. Et le méchant ? Finalement une incertitude demeure. Est-ce celui qui propose la solution impensable ou ne serait-ce pas plutôt ceux qui ont mis leurs pays à force d'aveuglement et de déni dans une situation impossible ?

L'impensable est d'autant plus facile à penser que l'histoire est là pour nous montrer que l'impensable est arrivé souvent ! Du coup, on peut prendre les parallèles osés de Mario comme une aimable plaisanterie ou au contraire y voir une allusion à peine voilée.

Qui est l'intervenant ?

Il n'est pas banquier mais tous ses romans se passent dans ou autour de l'entreprise et ce n'est pas un hasard. Actuellement intervenant à l’Université de Lyon I, à l'INSA de Lyon, à l'ISEG Lyon, au DIU de Psychocriminalistique, il est né en 1946 à Brindisi, Italie et arrivé en France à l’âge de 22 ans avec un CAP de mécanique, un Bac technique et 10 francs en poche.

Après un début comme ouvrier, puis technicien et un passage dans le conseil, il a dirigé des PME indépendantes, une grande filiale d’un groupe, créé sa propre entreprise et assuré  au sein d’une organisation patronale la conception, le développement et la mise en œuvre  de plusieurs programmes de développement industriel territorial ayant impliqué plus de mille PME en France.

Ses livres:

Le Cercle des Lombards: il est la référence de la conférence ci-dessus et nous plonge à la fois dans l'Italie de la renaissance et le Lyon des cyber-pirates.

Le Pacte des Grands Rois: je l'ai lu dans l'avion l'autre week end et il nous entraîne à la fois dans la Chine du 17ième siècle et d'aujourd'hui et dans l'univers des black hackers autour de l'archivage numérique.

J'ai beaucoup aimé ces romans dont je connaissais de nombreux décors et certains enjeux. On ne s'ennuie pas une seconde.

En quoi sommes-nous concernés ?

Le roman est un gisement de signaux faibles nous dit Mario. Il a entrepris son enquête il y a près de deux ans maintenant. Autant dire qu'il avait vu bien des choses bien mieux que beaucoup dont c'est le métier ! Alors nous avons choisi de lui faire parler de l'impensable qui devient de plus en plus probable et de le faire avec le sourire en se disant que nous devrions nous voir nous mêmes comme les vrais héros de l'histoire et comme le romancier lui-même. Nous devrions nous voir comme ceux qui vont décider de leur propre avenir !

Jean-David Haddad: Le vrai rôle des marchés

Voici donc notre second intervenant de TEDxLaDéfense. Jean-David Haddad est un professionnel de la bourse qui nous rappelle le véritable rôle du marché. Son coup de gueule est utile et nécessaire à l'heure où l'on désire plutôt stigmatiser que comprendre.

Le rôle du marché:

Il s'agit simplement de rapprocher l'investisseur disposant de liquidités de l'entreprise qui recherche les moyens d'investir. Chacun y gagne. L'investisseur fait fructifier son placement, l'entrepreneur trouve ainsi les moyens de développer son projet et de rémunérer le risque que prend l'investisseur. Un tel système direct est, pour certains, l'archétype du Mal Capitaliste, pour Jean-David il a trois vertus: il rémunère chacun des acteurs, il évite de passer par les banques qui ont bien du mal à prendre le pari de ce qui est nouveau et donc il permet l'émergence d'innovations notamment technologiques.

Des entreprises comme Apple, symbole de l'innovation que tout le monde connaît ou comme Carmat qui crée des coeurs artificiels nous le rappellent. La bourse a donc finalement aussi un rôle social en permettant l'innovation qui ne serait autrement pas possible.

Voici la vidéo présentée sur le site de TEDxLaDéfense:



La quête excessive du profit et le marché "marche" sur la tête

Depuis les années 2000, l'enrichissement à très court terme sans aucune recherche d'investissement a peu à peu remplacé le schéma classique précédent. Les marchés ont été dérégulés, peu à peu les hedge funds ont remplacé les particuliers, les mécanismes de trading à court terme, les ventes systématiques à découvert ont engendré une série de comportements bousiers aberrants. Les CDS (Credit Default Swap) sont par exemple ce qui permet au spéculateur de parier sur le non-remboursement des dettes des états.

Pour Jean-David en effet, le marché est anormalement baissier, à partir de ce type de dévoiement, une partie des raisons de la crise financière ont pu se mettre en oeuvre.

La finance est l'ennemi du marché !

Les solutions sont à trouver dans l'encadrement légal du marché permettant de retrouver le rôle classique du marché. L'obstacle majeur se situe dans la nécessité de réguler à l'échelle internationale.

Autre possibilité, recréer la bourse "ailleurs" à partir de la volonté humaine et de la nécessité de mettre en place le financement des innovations attendues

Qui est Jean-David Haddad ? 

Jean-David est professeur agrégé d’économie et auteur d’ouvrages pratiques sur le fonctionnement des marchés boursiers. Son dernier est paru sous le titre: Devenez l'Homme qui bat le marché Souvent présenté comme l’homme « qui bat le marché », il est aussi entrepreneur et créateur d’un site d’informations boursière indépendant qui surperforme régulièrement les « marchés » et lui permet un regard particulièrement incisif sur les acteurs et le système financiers tel qu’il existe. 

Il est courant que les représentants du front de Gauche ou que les émules toujours vigoureux d'une certaines lectures des oeuvres de Marx et Engels vouent le Capitalisme au pilori ou en annoncent la mort imminente. Il est moins fréquent que ce soit le boursier qui en appelle à une régulation permettant le bon fonctionnement du marché.

En quoi sommes-nous concernés ?

Nous sommes désormais habitués à des plaidoyers anti-finance, l'objectif est cependant ici différent. Jean-David connaît parfaitement et rappelle le rôle du marché avant de s'en prend au véritable problème qui est le dévoiement du marché par quelques institutions financières profitant de l'absence de gouvernance globale. Alors que d'autres, faisant le même constat, en profitent pour jeter le bébé avec l'eau du bain, pour en appeler à de nouvelles valeurs humaines (une nouvelle religion mondiale peut-être) qui seraient susceptibles de remplacer les lois économiques... L'idéalisme a rarement fait bouillir la marmite.

Ce que propose Jean-David n'est pas chose simple: mobiliser les partis politiques dans les grands pays pour réguler ensemble les marchés. Pourtant, en nous rappelant cette évidence: la crise financière n'est que l'effet et non la cause, nous comprenons que le problème à poser est bien celui de la gouvernance économique planétaire permettant d'utiliser au mieux les outils économiques et financiers à notre disposition.

Ce n'est certes pas simple. C'est cependant souhaitable. A l'opposé, des idéologies passéistes voire millénaristes se réveillent aux extrêmes de tous bords dès que soufflent les vents de panique au mépris des réalités terre-à terre et finalement des intérêts de la Société.

Réfléchir à "Humanisme et Profits" ne consiste donc pas seulement à avoir de belles intentions, cela consiste aussi à avoir la rigueur de comprendre les mécanismes de base.

dimanche 1 juillet 2012

Pierre Bigazzi: l'humanisme, le profit et la relation

Il n'est pas si courant qu'un intellectuel, universitaire, philosophe et économiste vienne ainsi en toute humilité nous raconter son propre parcours. Premier pari gagné de TEDxLaDéfense puisque c'est ce que fait ici Pierre Bigazzi pour le sujet introductif de la journée en éclairant les concepts d'humanisme et de profits. 

Ce sont des concepts tellement habituels que l'on s'y arrête rarement. Il en a pourtant fait son domaine de recherche, d'enseignement et son parcours de vie.

Voici la vidéo de Pierre Bigazzi telle que présentée sur notre site de TEdxLaDéfense.


La rencontre.

Augustin Pajou, 1781 
Pour nous parler de l'importance de relier les considérations attachées à "l'Humain" à celles propres au Profit, Pierre commence donc par nous narrer la rencontre avec un "humain", ce dirigeant de la Banque Mondiale ... Flash de tragédie grecque quand j'ai écouté cette histoire pour la première fois. Pierre, le philosophe n'en a pas dit mot et pourtant, instantanément j'ai repensé à Diogène de Sinope se promenant comme sur le bas-relief ci-contre avec une lanterne en main et disant, par  provocation: "je cherche un homme !"

J'y repense parce que notre thème consiste à faire cela, nous recherchons l'Homme avec notre lanterne dans un domaine économique et financier qui l'ignore sans l'exclure. L'Homme et la finance ne sont pas des concepts opposés. Orthogonaux plutôt, ils se croisent rarement !

Or un jour, Pierre fait une rencontre en un point d'origine sans doute pour lui, où justement les deux axes se croisent lors d'une rencontre qui oriente sa vie.

Ne sommes-nous pas ainsi souvent orientés par une seule rencontre ? C'est la vertu de cette technique qu'utilisent TED et les TEDx et que l'on appelle "Story Telling" de nous faire parfois résumer les idées les plus complexes à quelques histoires simples et intimes.

La relation

Pierre nous dit donc: "pour moi la vie ce n'est pas ça ou ça, mais ça et ça". La vie c'est l'humanisme et le profit et la relation". Il insiste sur l'importance d'une pensée associative de l'efficacité (profit) et de sa finalité humaine (humanisme) en y ajoutant la relation. Une trinité laïque pour aller vers l'unité du vivant. Tout notre sujet s'en trouve introduit.

Les mots et leur sens profond

Pierre Bigazzi nous entraîne alors dans un petit voyage dans le temps et l'espace pour cueillir au passage le sens profond des mots que nous utilisons au quotidien, qui émaillent conversations, text books et articles de journaux pour nous faire entrevoir le sens profond de la quête qui l'anime.
Le profit est un outil et non une finalité. Un moyen et non une fin. "Pro Facere" en latin signifie "pour faire". Le profit sert à avancer. Sans argent, pas d'investissement, donc pas d'action, pas de bien commun. Il cite au passage François Michelin qui en fait un instrument de mesure, un critère de la qualité, du  service rendu.

La rentabilité: Bernard de Clairvaux, Saint Bernard, grande figure du Moyen Age Chrétien, en serait l'un des précurseurs. La rentabilité c'est ce qui est profitable à la quête spirituelle des moines, au bien-être des hommes qui viennent se ressourcer dans l'abbaye et aussi à la terre qui nourrit et qu'il s'agit de respecter. Nous, les autres, la terre: une trinité primitive du développement durable.

Le commerce: du latin "cum merx", avec marchandise et aussi "cum mercis", avec "merci", donc une relation marchande mais aussi une relation humaine.

La coopétition: compétition et coopération pour les anglo-saxons. Nous avons besoin des autres. Dans concurrence, il y a "courir ensemble" et non pas écraser l'autre. Nous avons donc besoin d'une éthique des affaires.

L'éthique: Selon Aristote (ήθος, éthos), pour avoir le comportement juste, il faut aussi la tenue de l'âme, travail intérieur. Le connais-toi toi-même est nécessaire pour guider l'action.

L'humanisme: il nous vient de la renaissance (Montaigne, Rabelais, Thomas More, Leonardo da Vinci, Erasme). On disait alors "faire ses humanités" c'est-à-dire, au delà de la connaissance livresque, dans le métier quel qu'il soit, il fallait donner du sens à partir de la connaissance des savoirs pour déboucher sur une philosophie de l'action. Philosophie de la connaissance et philosophie de l'action sont indissociable .

Le pneuma: selon Hippocrate et d'autres médecins de l'antiquité, c'est le souffle. L'intelligence pneumatique est plus profonde que les intelligences esthétique, hédonique, logique ... Cela correspond à la fine pointe de l'âme chez Platon et aussi au Sanatana Dharma (सनातन धर्म) de l'Inde. Il nous faut aussi retrouver l'inspiration d'une spiritualité laïque dans nos entreprises.

Tenir toutes ces dimensions est nécessaire car l'homme est pluri-dimensionnel.

En quoi sommes-nous concernés ?

L'histoire zen traditionnelle d'Hachiko nous le montre:

Le cheval vole des graines au marché, le marchand frappe le cheval qui part au galop.

-"Pourquoi galopes-tu ?" demande un passant au cavalier qui n'a pas vu la scène:
-"Je ne sais pas, demande à mon cheval" répond-t-il.

Ne sommes-nous pas emportés par les circonstances, ne devrions-nous pas apprendre à tenir les rênes de notre cheval ? Pour cela, Pierre nous suggère avec Paul Claudel de mieux connaître, en fait de co-naître. Naître avec soi, avec l'autre, avec notre travail pour donner du sens (entrer dans un processus dynamique de transformation).

Au seuil des grandes paniques financières, vous voyez que la diversité géographique et historique des sagesses humaines est bien propre à apporter à tous ceux qui s'interrogent sur "Humanisme et Profits".