samedi 12 octobre 2013

La Science de la Richesse

... Où l'on découvre un univers du "Développement Personnel" et aussi des pratiques managériales  d'entreprise étonnamment ancrés entre religion et business et philosophiquement éloignés de la culture et "humanités" françaises ... Voici un livre qui aide à recoller les morceaux.
Wallace D Wattles

Un auteur inconnu et influent

Le portrait de droite appartient à Wallace Delois Wattles un modeste prédicateur américain mort en 1913 et surtout auteur d'un livre le plus souvent traduit par  La Science de la Richesse. Je suis sûr que certains  se disent: "mais c'est ridicule, s'il y avait une science pour devenir riche, cela se saurait ..." Eh bien si et c'est le sujet du livre que je publie ces jours-ci en version bilingue sous la marque "Acatl Editions" sur Amazon:



Une théorie "attractive"

De quoi parle Wattles ? De foi ! Oui cet apprenti pasteur, exclu de chez les méthodistes pour ses sympathies réformistes en faveur d'une approche sociale-chrétienne vivait dans une extrême pauvreté et prêchait qu'une certaine approche du contrôle mental  permet d'obtenir richesse et santé. Il s'agissait de penser et de faire les choses d'une "Certaine Manière" ou comme je préfère le traduire: "une Manière Certaine". Et cela a marché pour lui ... en partie. De santé très précaire, il est mort à 51 ans ... avec la satisfaction de savoir que son livre se vendait si bien que sa famille aurait désormais de quoi subvenir à ses besoins. De son point de vue, il était enfin devenu riche !

Derrière cette conviction érigée en principe scientifique se trouve la foi remaniée et émergente des Eglises américaines d'origine calviniste regroupées dans ce mouvement de la fin du XIXème siècle nommé "Nouvelle Pensée". Et cet auteur, peu connu chez nous en dehors du milieu du Déveleppoment Personnel, apparaît dans l'édition américaine au moment précis où son propos matérialise parfaitement l'aspiration à la concrétisation du vertigineux rêve américain et de la société de consommation ...

Une pseudo-science entre "foi et fric"

Pourquoi diable s'intéresser à cet inconnu ? D'abord, à l'égal de ce que j'avais découvert avec Emile Coué, l'univers réel de Wattles est sociologiquement bien plus passionnant que les fables qu'on nous raconte souvent dans les bouquins de Développement Personnel. Ensuite, ce que démontre sa biographie, c'est que cet homme était sincère.

Alors ? La Science de la Richesse donnée à découvrir dans ce livre en VO et dans une retraduction personnelle très proche du texte d'origine est un curieux témoignage de cette foi calviniste rénovée qui se fonde sur le principe de la "loi de l'Attraction". En fait, ce livre en est l'un des "Evangiles" même si le terme "Attraction" n'y est pas utilisé.

C'est quoi l'"Attraction" ? 

Il s'agit de considérer que la nature de notre pensée oriente l'énergie de l'univers dont elle fait intrinsèquement partie. Si cette nature est positive, on réussit; sinon on attire la poisse ! Vous trouverez le détail dans le livre. Plus de 180 livres étaient en vente en français sur ce thème en Juillet dernier !

Et ce discours, à lui seul, tira Wattles de l'indigence, preuve pour lui de l'efficacité de "sa science". Et après lui s'ouvrit un énorme marché ... qui connaît actuellement un regain de forme du fait de la "crise".

Quelle importance ?

11 Milliards de dollards ! C'est la taille estimée du marché américain du Développement Personnel constitué notamment de petits livres sur: comment devenir riche, influant, bien portant, sexy ou mince ... Et cette loi de l'Attraction est la théorie de loin la plus souvent invoquée à l'appui des gourous qui ont investi cette important niche éditoriale. Ajoutons qu'en ce domaine comme dans d'autres, le marché américain se décalque sur un autre marché de même orientation mais plus vaste encore: le Marché Global !

Autre élément moins connu, sous différents aspects sur lesquels je reviendrai, notamment le principe de Pensée Positive et une nuée de techniques psychologiques qui en découlent, nous retrouvons cette "loi" à la manœuvre dans l'enseignement de nos grandes écoles après l'avoir été sur les plus prestigieux campus américains. Harvard, par exemple, a été l'un des creusets de la Nouvelle Pensée.

Ainsi donc, livres de Développement Personnel, stages motivationnels, enseignement du management, pratiques d'entreprises s'appuient en partie sur une base de croyances dont j'ai voulu retrouver et donner à lire, comme tels, les textes et contextes des histoires vécues originelles. D'où ce premier livre et il y en aura au moins deux autres. J'espère que vous aurez à coeur de les lire et même de les faire connaître.

J'ai voulu donner le "vrai" texte et les commentaires qui permettent de le situer. Libre ensuite aux uns et aux autres, croyants et sceptiques de se faire leur opinion. En plus, vous verrez, cela se lit vite.

Vieille histoire que voilà, pourquoi remuer ainsi la poussière ? 

Mais parce que nous sommes en "crise" et que ces petits livres, sous couvert de nous redonner de l'espoir, vendent un dogme qui vaut ce que valent tous les dogmes, à chacun d'en faire ce qu'il veut. Il m'a paru utile de les resituer, justement parce que la crise pousse beaucoup de gens à vouloir désespérer ... ou à vouloir croire ...

En France, nous sommes peu informés et très éloignés du phénomène évangéliste et des "Mégachurchs", qui s'inspirent du contenu de ce livre. D'où d'ailleurs notre incompréhension de certains aspects économiques, sociaux et politiques américains ... Certes, nous avons aussi nos propres dogmes religieux et politiques. Raison de plus pour être attentifs aux courants de pensée d'où qu'ils viennent. Ils influencent l'édition, le management et imperceptiblement aussi les discours "positifs" des dirigeants économiques et politiques. Peut-être apportent-ils du nouveau d'ailleurs ? A chacun de se faire une opinion.



mardi 8 octobre 2013

Le micro-crédit a le vent en poupe

Babyloan a fêté ses 5 ans le 2 octobre,  à l'espace au Comptoir Général, quai de Jemmapes dans le Xème à Paris, j'y étais. Le concept prend racine, la start up s'étoffe et l'on apprend que le micro-crédit va être facilité.

La croissance d'une start up solidaire

A l'occasion de TEDxLaDéfense, je vous présentais cette plateforme et son dirigeant il y a maintenant 15 mois. Comme le montre l'évolution du bandeau de son site ci-dessous entre ces deux dates, la croissance relative de cette activité est significative:


En cinq ans, ce site s'est imposé comme le n°2 mondial du domaine dans le monde. Certes, les montants sont encore faibles en valeur absolue mais les banques traditionnelles s'y positionnent. On sent qu'au delà des critiques pessimistes sur les méfaits de la finance mondiale dont nous nous sommes faits l'écho dans ce blog, il s'agit bien d'une piste de financement de l'économie dite solidaire qui s'impose peu à peu dans les esprits. La goutte d'eau fait une petite flaque et c'est heureux car pour moi l'économie solidaire n'est autre qu'une forme émergente de l'économie tout court.

Je vous avais dit que j'avais moi-même décidé de faire un prêt pour voir. Le projet que j'avais choisi était celui d'une jeune maman palestinienne éleveuse de lapins, il était proposé par une ONG locale, IMF. Ce prêt est désormais remboursé à 75%. L'expérience montre aux Babyloaniens que malgré les risques présentés par la plateforme, eh bien, ces prêts sont remboursés dans une très forte proportion. Cela permet au prêteur de récupérer son argent moins les frais initiaux versés à la plateforme ou de prêter à nouveau à un autre projet. C'est ce qu'ils choisissent la plupart du temps. C'est ce que je ferai.

Babyloan nous a présenté plusieurs entrepreneurs et aussi des collégiennes d'une école participant à un programme scolaire qui associe les classes volontaires au parrainage de certains projets que les élèves choisissent eux-mêmes. 

Les perspectives

Le gouvernement avec qui cette plateforme et d'autres sont en relation serait en train d'assouplir les règles permettant le prêt solidaire c'est-à-dire sans intérêt comme celui que pratique Babyloan mais aussi le prêt de particuliers avec intérêt. Ces mesures, si elles sont votées, permettront sans doute un essor encore plus important de la formule. Les projets financés en France sont déjà une réalité comme nous l'avons constaté avec deux témoignages mais devraient devenir plus communs. Nous avons aussi appris que d'autres pays assouplissent leur législation sur le contrôle des changes, c'est ainsi que le Maroc par exemple s'ouvre désormais et que Babyloan présentera prochainement des projets marocains.

Babyloan prépare de nouveaux projets capitalistiques visant à assurer son développement même si Arnaud Poissonnier, son président, indique qu'elle devrait rester dans le domaine des prêts sans intérêt. Des estimations indiquent que l'ensemble de ce nouveau secteur financier pourrait atteindre un volume d'encours de l'ordre de 6 milliards d'euros d'ici 8 à 10 ans.

En quoi sommes-nous concernés ?

Nous avons évoqué ici et à TEDx le fait que l'humain et le profit pouvaient se conjuguer. Il semble que cet exemple, certes encore tout petit, montre que c'est possible. La meilleure façon que vous auriez de vous en convaincre serait de faire comme moi: essayez. Ce n'est même pas de l'argent perdu !

Peut-être un jour prochain, les PME classiques pourront-elles se financer de cette façon ? Pour que ceci advienne il faudra que beaucoup d'autres choses changent mais enfin, en attendant, je voulais déjà partager cette note d'espoir car elle rejoint le thème d'une autre de nos intervenants de TEDxLaDéfense sur le financement de l'innovation. Il s'agit de Geneviève Bouché, ex-dirigeante de start up et présidente d'un club de Business Angels dont j'ai eu le plaisir de publier le dernier ebook que voici: Des business angels au crowdfunding


mardi 10 septembre 2013

La souveraineté du jury

Suite de notre dernier article. Des parents protestaient contre les notes partiales de toute une classe d'un lycée privé d'Agen au bac de français. Ils étaient reçus par le recteur le jour même (le 29 Août), je parlais de ce fait divers car il me semblait que pour une fois, à part la grande presse, tout le monde avait bien réagi.

Rappelons-nous qu'il y avait dans cette affaire un soupçon de partialité sur le jury qui avait demandé aux élèves de quel lycée ils venaient. Il aurait bien pu vouloir régler de vieux comptes entre privé et public, vieille passion triste à la française. Et de fait, les notes étaient toutes nettement inférieures aux attentes ce qui ne s'observait dans aucun autre groupe-classe comparable. Le résultat est tombé, "administrativement" on ne peut rien faire. Les notes suspectes ne changeront pas. Mais le recteur précise que si certains élèves sont un peu "justes" pour avoir leur bac ou une mention, on leur ajoutera quelques points... Un jugement de Salomon ... qui pousse la poussière sous le tapis.

Au fond, tout reste bien sobre et bien mesuré. Parents et élèves apprennent à composer avec la toute puissance des représentants de la République et s'il le faut, on saura arranger le coup le cas échéant .. Mouais ... les apparences sont sauves et tout le monde apprend à vivre avec un système arbitraire et qui n'a pas dans ses gènes la capacité à apprendre de ses erreurs. Pourquoi voudrait-on réformer la perfection ?

L'histoire ne dit donc rien en effet sur ce que le "process" républicain aura pu "apprendre" sur lui-même de cet incident et l'on peut douter que l'on aura à cœur "en interne" d'élucider le problème sous-jacent. Je regrette que le journal Sud Ouest qui est, semble-t-il, le seul à rendre compte de l'affaire, n'évoque même plus le fait générateur de ce qui est peut-être un abus de pouvoir (avec en arrière plan des querelles pubic/privé)... Comme si une telle éventualité n'était même pas envisageable.

Nous verrons dans un prochain article que nous avons ici un exemple d'un fonctionnement que l'on retrouve à des niveaux beaucoup plus élevés de l'Etat et que les mêmes causes produisent les mêmes effets ...c'est à dire aucun effet ! Il me semble que ces parents et ces enfants-là, comme nous tous, devrions être plus exigeants sur la qualité et l'impartialité des décisions de notre fonction publique dont la réforme en profondeur semble partout moins que jamais à l'ordre du jour. A suivre.

jeudi 29 août 2013

L'Ecole, la Presse et les passions françaises

En cette veille de rentrée, voici une petite réflexion suite à une nouvelle de ce mois d'Août. Un parent d'élève a rendez-vous ce soir avec le recteur de son académie (Bordeaux) pour évoquer le cas de sa fille et de ses 20 camarades de classe injustement notés, selon lui, au bac français de juin.

Le scoop
Crédit photo: Sud Ouest, T-DV
6/20 en moyenne (de 2 à 10/20) pour la section littéraire passée en totalité devant un jury qui a, à chaque fois, insisté pour connaître le nom de leur lycée, Saint Caprais ci-contre, un lycée privé d'Agen. Pendant le même temps, la section scientifique du même lycée passait devant un autre jury qui ne posait pas cette question et obtenait des notes correctes et conformes aux notes nationales habituelles. Vous trouverez plus de détail de l'affaire dans Sud Ouest.

L'interview bâclée
Bon, sans doute pas terrible comme scoop. En fait, je n'étais pas informé de ce "fait divers" et bien qu'ayant une fille qui a passé cette épreuve-là en Juin, je n'étais pas spécialement intéressé par le sujet jusqu'à ce matin. J'ai, en effet, entendu l'interview du parent d'élève qui a pris la tête de ce que "20minutes", jamais en panne d'un bon mot, appelle une "classe-action". Cet interview est celle d'un parent (Virgil Javorski) à Europe Un (Europe matin) un peu avant sept heures ce Jeudi 29 Août. Le journaliste, sans doute excédé d'avoir à s'occuper des "chiens écrasés", a semblé peu à l'écoute de ce parent et plus préoccupé par ses "bons mots" à lui que par son sujet. L'interview fut introduit par un cliché, une question-alibi et un jugement moralisateur qui donnaient à peu près ceci (citation approximative):
 "il n'est pas courant qu'un parent décide de passer un oral pour sauver celui de sa fille, qu'est-ce qui vous a poussé à prendre rendez-vous avec le recteur, vous vous rendez-compte si les recteurs devaient recevoir tous les parents dont les enfants ont eu une mauvaise note ... ?".

La réponse professionnelle
Heureusement, ce monsieur fut précis et neutre: 
"nous sommes 21 parents à avoir écrits au rectorat et c'est le recteur qui m'a proposé ce rendez-vous et je corrige la présentation que vous avez faite: ma fille n'est pas une brillante élève mais plutôt moyenne mais ses camarades et elle sont 21 à avoir des notes ne correspondant pas à leur niveau, ils sont tous passés avec le même jury, tous ont dû dire, contrairement aux règles de cet examen, de quel lycée ils venaient..."

L'arrogance d'un journaliste qui ne connaît même pas son dossier, qui tronque ou change les faits pour faire un mot et qui, en plus ensuite, houspille l'interviewé, me dérange. Par chance, en peu de mots, le parent d'élève fut nettement plus professionnel que le journaliste qui ne put s'empêcher de finir en parlant du "grand oral" de ce papa et de lui conseiller avec une superbe condescendance de s'entraîner , pour avoir une bonne note, à faire court et d'être concis. Pour moi, ce journaliste que je ne connais pas, car j'écoutais Europe Un par hasard ce matin, ne mérite vraiment pas la moyenne. 

Chacun a bien fait son boulot
Il y a un peu plus. Je voudrais, en contrepoint de la médiocrité et de l'arrogance de ce mauvais interviewer, souligner l'exemplarité des acteurs de cette affaire. Qu'avons-nous en effet ici ?
1) Tout porte à penser à un règlement de compte sous-jacent entre privé et public, une vieille passion triste à la française et pour autant aucune accusation hâtive n'a été proférée.
2) Des faits assez clairs. En effet, il ne s'agit pas d'un cas isolé comme l'avait compris le journaliste mal informé d'Europe Un, mais d'un échantillon de 21 cas à comparer presque selon la méthode du double aveugle chère aux chercheurs en sciences sociales, avec un autre échantillon comparable et neutre (la section scientifique). Ce genre de situation est rare au naturel.
3) Les parents, pour une fois unanimes, se sont concertés et ont sagement écrit au rectorat. Peut-être aussi au journal (Sud Ouest) mais l'histoire ne le dit pas. En tous cas, ils ont été des parents et des citoyens responsables et respectueux.
4) Le rectorat, malgré les vacances, a réagi rapidement et de façon appropriée. Il montre ainsi qu'il est vraiment à l'écoute et là-encore, contrairement à notre pauvre journaliste, il démontre sa considération et sa compétence.
5) Les media écrits locaux (Sud Ouest) voire nationaux (Le Figaro) qui ont rendu compte du problème l'ont fait de manière précise et mesurée.

Alors ? 
Sans l'arrogance et la bêtise de cet interviewer, grâce à qui  j'ai tout de même été informé (LOL), je constate que malgré un problème encore à clarifier et à traiter, tout le monde a parfaitement fait son travail dans cette affaire jusqu'ici ! Je voulais souligner cette petite bonne nouvelle partielle parce que, grâce aux clichés entretenus par les media, on a l'habitude de considérer les parents d'élèves comme des veaux totalement partiaux, l'administration de l'Education Nationale comme impuissante et les media locaux comme insignifiants. Il est temps que les "grands media centraux" cessent de penser avec des clichés.

Les grands media entretiennent les passions tristes
La seule chose qui semble déplacée ici et c'est d'ailleurs le cas dans bien d'autres affaires plus conséquentes, c'est la "grande" aristocratie médiatique qui attend qu'on lui apporte les sujets, qu'on les lui prépare et qui ensuite ne les lit pas et ne sait même pas en tirer parti sauf pour entretenir les préjugés, le défaitisme et les tenaces passions françaises. En plus, l'évolution de leur audience montre que le public, peu à peu, "consomme" l'information à la demande via le net et prend ses distances par rapport à ces nouveaux féodaux que sont les media traditionnels. Je trouve cela plutôt réconfortant. 

Souhaitons à monsieur Javorsky et au recteur de l'académie de Bordeaux non pas un bon "grand oral", ni que l'un donne à l'autre une "bonne note" et réciproquement, mais que le dialogue constructif amorcé permette de régler intelligemment le problème sous-jacent. Souhaitons surtout que le traitement médiatique du sujet ne vienne pas empêcher les gens compétents et concernés de gérer leurs affaires entre eux.

Comme promis avant cette longue interruption d'été, je vous donnerai bientôt la suite et sans doute la fin du feuilleton sur la douane et je vous parlerai des dernières parutions ACATL.

lundi 17 juin 2013

Morale, fonction publique et simplicité

Source: syndicat Solidaires Douanes
Après les scandales qui, de droite et de gauche, n'ont cessé de toucher nos politiques, cette affaire n'a pas la même envergure. Sans doute est-ce lié aux personnes mises en causes qui n'apparaissent pas sur le devant de la scène. Du coup, les conséquences restent sous le niveau de la couverture radar. Voici tout de même afin de ne pas les oublier quelques conséquences que l'on me fait connaître.

L'alliance anti-tabac:

Voici tout d'abord ce que disait une lettre envoyée par l'Alliance contre le tabac envoyée au ministre de tutelle, Bernard Cazeneuve:

"Par conséquent, nous nous interrogeons sur les sanctions que vous envisagez à l’égard de vos fonctionnaires, M. Henri Havard et M. Galdéric Sabatier, cités dans cet article, pris en flagrant délit de conflits d’intérêts avec les industriels. Alors que le Président de la République entend moraliser notre vie publique, ces sanctions doivent être exemplaires afin que ces pratiques illicites ne puissent plus se reproduire, et que ces deux fonctionnaires cessent leurs relations avec les multinationales du tabac."

Je ne soutiens habituellement pas les associations de ce type dont les finalités restreintes quoique louables aboutissent le plus souvent à des règlements absurdes et liberticides. Cependant, ici, il faut bien admettre que l'alliance met le doigt sur le même problème que nous à savoir celui de la Moralisation de l'action publique et de la Gouvernance globale. Notez que pour une fois les noms sont publics car à l'origine, les journalistes les ont donnés, chose nouvelle s'agissant de "simples" hauts fonctionnaires.

Les syndicats:

Voici maintenant un extrait d'un communiqué du syndicat Solidaires Douanes. Là non plus, je ne soutiens généralement pas les syndicats de ce type car trop souvent limités et défendant seulement des intérêts catégoriels. Pourtant, de même que dans le cas précédent, ils mettent l'accent sur la question de la qualité de la gouvernance de leur administration:
"Mention spéciale pour les personnes citées, qui s'engagent beaucoup au service de l'économie (privée). Ainsi, le sous-directeur est le grand promoteur de la taxe poids lourds (mission fiscale dont la perception a été privatisée) et le chef de bureau s'est battu avec acharnement, pour adoucir des dossiers contentieux, qui étaient sûrement bâtis sur des bases trop fragiles… à la suite de plusieurs affaires aussi isolées que regrettables, le directeur général des Douanes précédent avait initié une action de formation nationale en matière de … déontologie ! Quand des représentants connus de notre administration tordent à ce point les principes de neutralité du service public et qu'est ainsi atteinte la crédibilité de l'action de la douane, on est en droit de se demander s'il est bien sage de conserver ces derniers à de tels postes ! Il serait bien de commencer par les inscrire à la dite formation ainsi que la hiérarchie supérieure, particulièrement friande de l' « administration de service », ce qui serait au moins aussi utile que pour la valetaille ..."

Voici deux liens si vous voulez creuser:
Solidaire.
CFDT.

Bien dans le style syndicaliste, on voit qu'ils mettent là-encore le doigt où cela fait mal et ne se cachent pas derrière la solidarité de leur administration. Comment en outre, des cadres feraient-ils dans n'importe quelle organisation pour diriger quoi que ce soit après de telles mises en cause ?

La Presse Magazine:

Enfin rappelez-vous que ces sujets presque inaudibles ont attiré mon attention à la suite d'une affaire dont j'ai été témoin et dont le même sous-directeur était l'acteur essentiel. Voici ce que reprend le magazine l'Entreprise de Juin dans son dossier consacré à la "complexité" administrative, étouffante au sens littéral:

Il s'agit du cas STVI que j'avais présenté dans ce blog. Le journaliste du magazine ne s'est pas donné la peine de croiser ses informations, il a simplement repris les sources plus confidentielles que j'avais déjà citées. Cependant, toutes ces informations sont bien exactes et il est heureux qu'elles puissent commencer à faire surface ...

En quoi sommes-nous concernés ?

Le risque, c'est que nous ne le soyons pas assez justement ! Que va-t-il se passer pour les fonctionnaires mis en cause ? Rappelons-nous que ces mêmes "hauts cadres" gèrent 14% des recettes de l'Etat (Droits Indirects) et que, comme nous l'avons montré, plusieurs gros dossiers comme l'écotaxe poids lourds, la TVA extra-communautaire et des plus petits comme celui de la bi-carburation des engins de chantiers sont à la peine alors que l'Etat continue à s'endetter chaque mois et cherche de nouveaux impôts.

Ce que nous montrent ces affaires c'est qu'une incompétence s'est installée aux niveaux intermédiaires de certains rouages de l'Etat. Il est question de trois sortes d'incompétence ici, en poupées russes. Il y a d'abord cette incroyable arrogance de ceux qui s'affichent avec les représentants de lobbys qu'ils sont censés cadrer, c'est humain mais "inapproprié" pour le moins. C'est une forme d'incompétence déontologique à l'heure où le gouvernement cherche à moraliser et où Cahuzac fait le buzz comme si rien ne pouvait atteindre les protagonistes ... Peut-être ont-ils trop cru que les ministres ne faisant que passer, ils n'avaient pas de souci à se faire ... et ils n'avaient pas tort jusqu'ici.

Et il est question des dossiers qui n'avancent pas qui renvoient à une autre incompétence, technique celle-là. Et nous ne parlons même pas de ce qui inquiète de façon profonde mais sous-jacente les deux syndicats cités plus hauts: l'avenir-même de cette administration mise en cause à juste titre par le candidat Sarkosy en 2007, il s'agirait plutôt d'une incompétence structurelle déjà citée par des sociologues  dans ce blog qui touche la gouvernance d'un Etat qui ne parvient pas à réformer son administration. Les trois sont liées.

Or nous savions par l'expérience des décennies passées que l'incompétence d'Etat est rarement sanctionnée sauf aux niveaux inférieurs même quand elle est démontrée. Nous verrons ce qui adviendra ici. Pour l'instant, nous n'en sommes qu'aux présomptions. Ces trois exemples montrent tout de même que juste en dessous de la couverture radar, des informations filtrent. Les intouchables ne sont plus hors d'atteinte.

jeudi 6 juin 2013

Vers une moralisation de la haute fonction publique ?

Deux hauts fonctionnaires se font "rincer" par des cigarettiers. Suite inattendue des derniers épisodes sur la "Morale" ou hasard ? Voici un rebondissement que je voudrais commenter.
Photo: http://www.rolandgarros-salons.com

Fait générateur:
Deux hauts fonctionnaires de Bercy sont l'un invité à un déjeuner très luxueux (10k€ tout de même), l'autre à Roland Garros par notamment British American Tobacco. Dans les deux cas, des élus sont également de la partie. Mais où est le problème ? On sait bien que lorsque l'on est détenteur d'un certain pouvoir, des lobbys exercent sur vous pressions et séduction. Accepter une invitation n'est pas forcément signe de corruption ... Ne nous voilons pas la face, les affaires marchent ainsi ... également. Alors quel est le problème ?

Le problème:
Voici mes sources. Tout d'abord, un article bref du Lab d'Europe 1 du 4 Juin nous précise la réaction des ministres de tutelle de ces fonctionnaires:

" Evidemment, aucun ministre, ni même la directrice des douanes n’étaient au fait de la présence de ces deux personnes. Ces deux hauts fonctionnaires ne nous ont absolument pas averti de cette initiative individuelle. Ils ne représentaient qu’eux-mêmes. Pierre Moscovici et Bernard Cazeneuve désapprouvent totalement ce déjeuner. Et l’appréciation administrative de ces deux personnes est actuellement étudiée par leur hiérarchie."

Cet article se réfère lui-même au JDD du 2 Juin qui est plus explicite. Ces réceptions ont eu lieu dans le double contexte suivant:
1) l'évasion fiscale de ces groupes cigarettiers via les Pays Bas serait de 300 Millions d'euros par an.
2) l'augmentation du prix du tabac mais pas trop vite afin de ne pas pousser les consommateurs à acheter leurs cigarettes dans les pays frontaliers ...

Le problème est d'abord celui du droit, le Lab rappelle qu'en matière de tabac la convention-cadre de l'OMS prévoit que "l’Etat doit veiller à ce que les politiques ne soient pas influencés par les intérêts de l’industrie du tabac". Ensuite, le contexte de l'affaire Cahuzac et sa partie immergée sur laquelle j'avais essayé de faire une plongée, ainsi que les crises qui devraient pousser à des changements radicaux nous incitent à rechercher une certaine exemplarité et nous retombons sur le thème de la gouvernance et de la Morale politique or ... couac mais aussi occasion de voir que peut-être, enfin, certaines choses sont en train de changer ! 

En quoi sommes-nous concernés ?

Sans me prononcer sur le fond de cette nouvelle affaire, je constate que l'un des hauts fonctionnaires impliqués est justement celui dont je parlais à propos du cas STVI: Henri Havard. Pour ma part, comme je le disais en commençant cet article, je ne suis pas très fan des chasses aux sorcières, mais c'est bien qu'il n'y ait plus d'intouchables. Ainsi, si Bernard Cazeneuve, le ministre concerné, succède à Cahuzac, je suis ravi (mais pas étonné) de constater qu'il n'est pas là pour le remplacer !

Ravi, je le suis aussi de voir que des journalistes ne reculent plus à sortir les infos qu'ils doivent sortir. Ensuite, laissons aux responsables voire à la Justice le soin de faire enfin leur travail s'il y a lieu et ceci mieux que ne semble faire le sien l'administration citée dans les articles en référence !

lundi 3 juin 2013

Castres, capitale du fair play

Un court sujet à l'occasion de la finale du TOP 14. Castres, cité traditionnellement ouvrière du Sud
Source: http://midi-pyrenees.france3.fr
Ouest se réunissait devant le grand écran de la place Soult retransmettant le match Toulon-Castres. Nous étions, pour assister à une autre finale, plus confidentielle, de gymnastique, à Albi où notre fils participait en équipe au championnat de France criterium. nous avons fait les 40 km entre les deux villes.

Nous avons croisé à Castres quelques rares provocateurs arborant les couleurs du RC Toulon. Ont-ils molestés ? Non. D'ailleurs sur la photo ci-contre, on voit à gauche un drapeau rouge et noir ...  Nous avons été agréalablement surpris par exemple à l'occasion de nos déplacements dans cette foule de constater que des gaillards de cent kilos peints en bleu et blanc s'écartaient poliment pour laisser passer madame ...

Et Castres a gagné un peu à la surprise des commentateurs. Cela a-t-il, comme avec les pseudo-supporters du PSG été le prétexte à des débordements voire à des actes violents ? Non, le rugby sport de brutes, même devenu professionnel, reste un sport pour des gentlemen ! La violence est sur le terrain comme sublimée et presque toujours auto-contrôlée.

En quoi cela nous concerne-t-il ?

Le rugby est pratiquement le seul sport médiatique qui m'intéresse. J'ai parlé de la "Morale" que nous partageons ou pas et qui détermine, ou non, la qualité de nos liens sociétaux. 

A Castres, cité éprouvée par la crise et par le scandale du médiator, le rugby reste un trait d'union et non un signe de désunion. Je voudrais ici vous rappeler ce que je disais dans cet article de blog en citant Michel serres à propos du rugby et du contrat naturel: "la pratique du rugby, plus que le spectacle de celui-ci, est une puissante pédagogie. Pour vaincre, il faut respecter les règles et l'adversaire et pour cela déployer son énergie en gardant le contrôle de ses émotions. Celui qui dégoupille est sanctionné et fait perdre son équipe !"

Et bien, nous avons été en famille constater paisiblement que le spectacle de ce sport de combat collectif renforçait plutôt le contrat social.