mercredi 12 octobre 2011

Yann Leroux sur la réalité de l'addiction au net et aux jeux sur le net

Mes deux derniers billets évoquaient le décès d'un entrepreneur mythique des NTIC et du net: Steve Jobs. Aujourd'hui, j'aimerais remettre au clair une notion très galvaudée liée à notre nouvel environnement technologique: l'addiction au Net en faisant appel aux recherches d'un psy très spécial, Yann Leroux, ci-contre.

Un journaliste du nom de Nicolas Carr sort ces jours-ci un bouquin polémique (que je n'ai pas lu !) Internet rend-il bête ? : Réapprendre à lire et à penser dans un monde fragmenté où il fait son coming out, se proclamant « web addict ». Et la presse de se demander à sa suite si le Net nous fait perdre la tête … (mes sources: le gratuit « métro » du 5 Octobre 2011 p 4 et 5). Grave problème donc puisqu'il en fait un livre et que c'est écrit dans le journal !

Je vous propose tout d'abord de visionner la vidéo de Yann Leroux, "psycho-geek" de terrain qui travaille avec des jeunes sur le rôle et l'impact non du web en général mais des jeux en ligne (pire) et particulièrement des jeux de guerre temps réel (encore plus pire !) pour être précis:
Vidéo 1 sur l'addiction:
Vidéo 2 sur l'apprentissage:

J'ai croisé Yann Leroux à TEDxBasqueCountry l'an passé et j'ai bien aimé son propos à la fois posé, éduqué, vécu, iconoclaste et pragmatique. Yann, lui aussi, avoue publiquement jouer à des jeux en ligne dont il a fait en outre son sujet de thèse de psychologie soutenue cette année.

Malgré un look « rasta » il ne me semble pas du tout « addict ». Voici le résumé de sa conférence TEDx (que je n'ai pas trouvée sur Youtube !): Le jeu vidéo est d’abord un espace de médiation entre un sujet et sa culture car les jeux reprennent des thèmes qui travaillent une culture à un moment de son histoire. C’est ensuite un espace de médiation entre un sujet et son groupe d’appartenance car il constitue des zones de rencontre, de transmission et/ou de conflit entre un sujet et ses groupes d’appartenance.

Faites-moi l'amitié de retenir comme le dit Yann qu'aucun travail scientifique sérieux n'a retenu la notion d'addiction en matière de jeux électroniques « on » ou « off line » et encore moins relativement au Net globalement. Cela n'exclue pas que l'excès de jeu ou de Net puisse signaler une pathologie. A l'inverse le jeu et le Net peuvent faire partie du remède ! Plus encore, dans sa conférence de Biarritz, Yann relatait un travail qui m'a époustouflé (thème du TED de Biarritz: la paix). A l'occasion de recherches sur les conséquences familiales durables de traumatismes causés pendant la seconde guerre mondiale dans certaines de nos campagnes aquitaines, les jeux de guerre auraient permis de rendre un peu de sérénité à certains en libérant la parole sur des atrocitées passées, devenues taboues mais dont les effets se transmettaient d'une génération à la suivante !

Retenez aussi que la consommation de web et de jeux ne touche pas que les jeunes, très loin de là, âge moyen des joueurs: 35 ans !

Pour aller un peu plus loin:

Je fais remarquer au passage à mes amis du CMAP (Centre de Médiation de Paris) la position originale du jeu comme « espace de médiation ... ».

Pour ceux qui voudraient creuser le thème psychanalyse et Ntic, je vous suggère l'interview de Y Leroux justement sur le blog d'Antoine Dupin.

Pour ceux qui seraient intéressés à creuser le sujet du supposé impact négatif du web sur l'attention, je les renvoie à un travail charpenté de Jean Philippe Lachaux, chercheur à l'Inserm: Le Cerveau attentif. Le sous-titre dit: "contrôle, maîtrise et lâcher-prise". Tiens-tiens encore le lâcher-prise ! Extrait de son entretien au même journal « Métro »: « avec l'avènement du web, nous sommes exposés à un flux incroyable d 'informations … pour faire face le cerveau doit faire appel à sa capacité d'attention … le web est un outil … comme un marteau, il est incroyablement utile sauf s'il sert à taper sur la tête du voisin. Le cerveau ne s'est pas détérioré, il s'est adapté, on utilise peut-être plus la mémoire à court terme pour gérer le multi-tâche que la mémoire à long terme ». Pour finir, ce chercheur conseille d'accompagner le phénomène notamment à l'école afin de ménager des activités de concentration mono tâche et un apprentissage de la gestion des priorités. Tiens cela ne vous rappelle-t-il pas les dangers du mode interruptif continuel via le mail et le téléphone qui sévit dans nombre d'entreprises ?

Si vous voulez en savoir plus sur le bouquin de Nicholas Carr voici un lien vers une émission que Radio Canada lui a consacré, à vous de vous faire une idée.

En quoi ceci nous concerne-t-il ?

Si comme certains des miens, vos ados passent beaucoup de temps sur le net ou les jeux, tout espoir n'est donc pas perdu, mieux, le Net peut être une solution (mais à doses raisonnables toute de même, car l'excès de toute chose peut-être nuisible voire fatal) ! A condition de traiter le sujet avec une réelle compréhension et non avec des préjugés qui n'ont rien de scientifiques ! Tenez faites ce petit test que m'a suggéré Yann: si l'un de vos enfants passe beaucoup de temps sur le Net ou sur un jeu, demandez-lui de vous expliquer, à vous qui êtes un(e) noob*, comment ça marche … S'il prend le temps et qu'il vous explique patiemment, c'est qu'en tant que parent vous n'avez pas fait un si mauvais travail et que ce gamin n'est peut-être pas aussi gravement atteint que vous le pensiez. Et addict ? Oubliez !

Méfions-nous des idées toutes faites sur tout et n'importe quoi. Le concept d'addiction dans ce domaine semble évident au premier abord et pourtant, il n'a de réalité que journalistique et non scientifique. Je parie que M. Carr est en réalité plutôt accro aux ... droits d'auteur et à la notoriété.

Enfin, je saisis ce thème de la web-addiction pour souligner l'urgence qu'il y a de se désintoxiquer du prêt-à-penser médiatique. Pas si triste finalement que l'audience de la grande presse et des TV classiques ait tendance à reculer au profit de certains coins du Net justement !

Pour finir merci à mon grand "geek" de Maxime pour la vidéo que voici, il s'agit d'un pastiche réalisé par les journalistes d'un site qui traite de jeux http://www.jvn.com/ Juste pour comparer les styles FR2 (au début) et celui des fans de jeux ... Carr avait au moins raison sur un point: notre société est fragmentée. On ne se méfie pas mais j'ai l'impression que certains sont vieux de plus en plus tôt pendant que d'autres restent jeunes de plus en plus tard ! Donc pour vous désintoxiquer des idées-reçues, voici:

*abréviation péjorative de newbie, c'est-à-dire un débutant dans le domaine informatique.

dimanche 9 octobre 2011

Steve Jobs: Apprendre à vivre suite

Voici le texte de la traduction de la partie centrale de la conférence que je vous donnais dans le billet précédent, le jour de la mort de Steve Jobs. Cette traduction n'est pas de moi, elle m'a été adressée par Christian Godefroy dans l'une de ses news letters:

" Si je n'avais pas laissé tomber mes études à l'université, je n'aurais jamais appris la calligraphie, et les ordinateurs personnels n'auraient peut-être pas cette richesse de caractères. Naturellement, il était impossible de prévoir ces répercussions quand j'étais à l'université. Mais elles me sont apparues évidentes dix ans plus tard. On ne peut prévoir l'incidence qu'auront certains événements dans le futur ; c'est après coup seulement qu'apparaissent les liens. Vous pouvez seulement espérer qu'ils joueront un rôle dans votre avenir. L'essentiel est de croire en quelque chose – votre destin, votre vie, votre karma, peu importe. Cette attitude a toujours marché pour moi, et elle a régi ma vie.
 
« Pourquoi mon départ forcé d'Apple fut salutaire » Ma deuxième histoire concerne la passion et l'échec. J'ai eu la chance d'aimer très tôt ce que je faisais. J'avais 20 ans lorsque Woz [Steve Wozniak, le co-fondateur d'Apple N.D.L.R.] et moi avons créé Apple dans le garage de mes parents. Nous avons ensuite travaillé dur et, 10 ans plus tard, Apple était une société de plus de 4 000 employés dont le chiffre d'affaires atteignait 2 milliards de dollars. Nous venions de lancer un an plus tôt notre plus belle création, le Macintosh, et je venais d'avoir 30 ans. C'est alors que je fus viré. Comment peut-on vous virer d'une société que vous avez créée ? C'est bien simple, Apple ayant pris de l'importance, nous avons engagé quelqu'un qui me semblait avoir les compétences nécessaires pour diriger l'entreprise à mes côtés et, pendant la première année, tout se passa bien.

Puis nos visions ont divergé, et nous nous sommes brouillés. Le conseil d'administration s'est rangé de son côté. C'est ainsi qu'à 30 ans je me suis retrouvé sur le pavé. Viré avec perte et fracas. La raison d'être de ma vie n'existait plus. J'étais en miettes. Je restais plusieurs mois sans savoir quoi faire. J'avais l'impression d'avoir trahi la génération qui m'avait précédé - d'avoir laissé tomber le témoin au moment où on me le passait. C'était un échec public, et je songeais même à fuir la Silicon Valley. Puis j'ai peu à peu compris une chose j'aimais toujours ce que je faisais. Ce qui m'était arrivé chez Apple n'y changeait rien. J'avais été éconduit, mais j'étais toujours amoureux. J'ai alors décidé de repartir de zéro. Je ne m'en suis pas rendu compte tout de suite, mais mon départ forcé d'Apple fut salutaire. Le poids du succès fit place à la légèreté du débutant, à une vision moins assurée des choses. Une liberté grâce à laquelle je connus l'une des périodes les plus créatives de ma vie. Pendant les 5 années qui suivirent, j'ai créé une société appelée NeXT et une autre appelée Pixar, et je suis tombé amoureux d'une femme exceptionnelle qui est devenue mon épouse. Pixar, qui allait bientôt produire le premier film d'animation en trois dimensions, Toy Story , est aujourd'hui la première entreprise mondiale utilisant cette technique. Par un remarquable concours de circonstances, Apple a acheté NeXT, je suis retourné chez Apple, et la technologie que nous avions développée chez NeXT est aujourd'hui la clé de la renaissance d'Apple. Et Laurene et moi avons fondé une famille merveilleuse. Tout cela ne serait pas arrivé si je n'avais pas été viré d'Apple.
La potion fut horriblement amère, mais je suppose que le patient en avait besoin. Parfois, la vie vous flanque un bon coup sur la tête. Ne vous laissez pas abattre. Je suis convaincu que c'est mon amour pour ce que je faisais qui m'a permis de continuer.

Il faut savoir découvrir ce que l'on aime et qui l'on aime. Le travail occupe une grande partie de l'existence, et la seule manière d'être pleinement satisfait est d'apprécier ce que l'on fait. Sinon, continuez à chercher. Ne baissez pas les bras. C'est comme en amour, vous saurez quand vous aurez
trouvé. Et toute relation réussie s'améliore avec le temps. Alors, continuez à chercher jusqu'à ce que vous trouviez. « Pourquoi la mort est la meilleure chose de la vie »

Ma troisième histoire concerne la mort. A l'âge de 17 ans, j'ai lu une citation qui disait à peu près ceci : « Si vous vivez chaque jour comme s'il était le dernier, vous finirez un jour par avoir raison. »
Elle m'est restée en mémoire et, depuis, pendant les 33 années écoulées, je me suis regardé dans la glace le matin en me disant : « Si aujourd'hui était le dernier jour de ma vie, est-ce que j'aimerais faire ce que je vais faire tout à l'heure ? » Et si la réponse est non pendant plusieurs jours à la file, je sais que j'ai besoin de changement. Avoir en tête que je peux mourir bientôt est ce que j'ai découvert de plus efficace pour m'aider à prendre de décisions importantes. Parce que presque tout - tout ce que l'on attend de l'extérieur, nos vanités et nos fiertés, nos peurs de l'échec - s'efface devant la mort, ne laissant que l'essentiel. Se souvenir que la mort viendra un jour est la meilleure façon d'éviter le piège qui consiste à croire que l'on a quelque chose à perdre. On est déjà nu. Il n'y a aucune raison de ne pas suivre son coeur..."

Quoi que l'on pense de Steve Jobs, je retiens ces paroles sages.

jeudi 6 octobre 2011

Steve Jobs: Apprendre à vivre avant de mourir

Hi my friends, saying good bye to Steve jobs, I offer you this Stanford graduation talk from 2005, Steve Jobs was one of the most famous and influencial entrepreneurs in the world for people of my age:




Outre le message d'espoir de cette conférence, pour moi, voici ce que je retiendrai de Steve Jobs:


Le powerbook 100 à matrice active rétroéclairé monochrome mais extrêmement lisible même en plein soleil sur lequel j'ai écrit mon premier livre "Service rendu Service vendu".

Bon vent à lui.

samedi 1 octobre 2011

Kate Hartman: interfaces, art et humour

Hi everybody,

This is my first article in English to welcome a few international guests … You'll find the French version just below (and slightly different !).

Here is the TED video (don't forget to select the subtitles at the bottom of the screen, they will be on line very soon, I am told):

This talk raises a bit of a controversy. Although the subject is totally different, it reminds me of Edward Tenner on «unexpected consequences ». I have just finished the translation of Kate's talk subtitles in French just the way I finished those of Mr Tenner a couple of weeks ago and much in the same way, I suddenly discover criticisms on the TED forum. Criticisms are fine to me but I'd like to share with you my personal experience with this talk. At first, like some of you, I was not impressed. Then after finishing the translation, I slowly realized the importance of kate's message.

I first viewed her creations as funny ways to attract attention. Not art really, not science for sure. Just humour at best. Then, going through the text and symbols one by one, I realized that Kate is a fantastic educationalist. The very reactions about her talk are in themselves an evidence of what she is saying. I am no serious judge about Art but I suddenly understood how deep her message ran about « LISTENING » and how this might shape our personal and collective future...

Let's quickly review a few things that this talk brings to mind:
  1. About TED. Remember that TED is not Youtube. All talks are recorded live and are part of an event with its own dynamic. Refrain from viewing a TED talk as a plain lecture. It is not. It's a performance. Hence, some talks are serious and technical, most carry emotions and some are humorous or strange. This one is all of that … and subtle. But there is more in Kate's case.

  2. About humour. What are we laughing or smiling at ? Kate's quirky hats ? No, as always when looking in the mirror of humorists, we actually mock ourselves ! One can either listen to a boring lecture by an old professor about why our world goes astray especially with our young traders and execs lodded with smartphones and apps … and somehow loosing the sense of reality … Or one can simply laugh at Kate's provocations and understatements …
  1. About teaching. Kate does not cheat. She tells us that she teaches some kind sophisticated « interfaces » for geeks who try to communicate with the physical world (physical computing, hard to translate by the way !). A talk like this one is possibly a sort of secondary or even tertiary interface for Kate (just guessing). I lecture and sometimes organize talks. I do realize that conveying such a message to an audience of that caliber at her age must represent some kind of a challenge. And in spite of some rapid judgements some people are making, her message is highly effective !
  1. About interfaces. Designing interfaces or inspiring them is surely no little task. Think of the work done from our green screens some time ago to the devices we have in our pockets today. These devices tend to shape our lives nowadays … But to what avail if we don't not how to relate … ? The subject of this talk is not a minor one.
  1. About Art. Kate is an artist too. Some people seem to have a different view of what Art might be. Same old problem. What is Art ? What amount of interpretation does the very concept of Art embodies ? These hats may not be deemed « beautiful » or « artistic ». But listen to the story they tell, our story ...Well, I think her pedagogic performance with them is truly artistic ! French philosopher Luc Ferry recently emphasised the major role played in 19th century Paris by the marginal poets and artists (« la Boheme movement») inspiring, provoking and transforming our old traditional « bourgeois » society. Our bourgeois class refused Boheme Art of course but finally adopted the underlying innovative caracteristics of their new taste and life style that ultimately produced our consumer society … for good and bad ! Ferry has it that those marginals in Paris, London and the big cities of that time started a revolution much more effectively than another marginal of that period named K. Marx !
  1. About scammers. Yes some would-be artists are scammers. But also remember that most artists of all times were at first ignored and often persecuted. I would be cautious here and the term "scam" does not, at any rate, apply to Kate Hartman's work.
Why should we bother ?

Kate, to me, is totally congruent. She simultaneously offers us the opportunity to see, ear, feel, and understand a simple but central message: how do we relate … ? She implies that we run the risk of loosing, individually, collectively and as a Society, our essential connections to ourselves, to others and our environnment. And she conveys her message with a big smile ! That, to me, is a piece of Art that no teacher, no parent and no business leader should choose to ignore.

Here is Kate's blog.

Voici maintenant l'article en français que j'avais préparé initialement, les bilingues verront que le sens général est ... en fait le même ! Je viens de traduire les sous-titres de cette vidéo en français pour TED.com. Visionnez-la et dites-moi ce que vous en pensez.

Quoi que très différente, cette courte conférence me rappelle un peu celle d'Edward Tenner sur les conséquences inattendues de l'innovation. En traduisant Kate Hartman, je me suis pris à l'apprécier énormément alors que de prime abord, j'étais un peu déçu. Mais étant engagé vis à vis de TED, j'ai donc prêté l'oreille … or c'est de cela dont nous parle Kate ici: de prêter l'oreille (y compris au sens propre). Et comme avec E. Tenner, j'ai découvert des tas de choses que les critiques sur le forum de TED ne semblent pas tous percevoir.

  1. TED: tout d'abord, un événement TED n'est pas forcément une série de conférences sérieuses. Celle-ci est drôle. Pas dans la forme seulement, vous savez le petit mot qui fait sourire. Non, drôle dans sa conception. On va bien au théâtre écouter des humoristes ...
  2. Kate nous fait rire et comme chez les humoristes, de quoi rions-nous ? De ces chapeaux bizarres ou de nous-mêmes ? On peut faire une conférence barbante quand on est un vieux barbon pour expliquer que notre monde va de travers parce que nous sommes tous, les jeunes surtout, l'oreille collée à son téléphone ou les pouces sur le clavier de son smartphone. Ou l'on peut décider d'en rire et de faire rire.
  3. Kate ne nous prend pas en traître, elle nous l'a dit elle enseigne. Qu'est-ce qui est le plus efficace pédagogiquement une longue conférence triste ou ce show rigolo ?
  4. Kate est designer en interfaces … cela ne vous parle pas mais j'imagine que l'on trouve derrière ses travaux des applications du genre de ce qui fait l'originalité de nos joujoux technos d'aujourd'hui: depuis l'interface objet qui a remplacé l'écran vert de nos premiers Pcs jusqu'aux écrans tactiles et autres centrales d'inertie qui rendent possibles les Iphones et autre consoles WII …
  5. Kate est artiste aussi. Il en est pour écrire dans le forum de TED qu'il ne faut pas confondre le vrai Art avec ce « foutage de gueule ». Je vous renvoie à la très intéressante conférence de Luc Ferry «Philosophie du temps présent» qui nous parle du Paris du 19ième qui a vu les artistes «bohèmes» et les cercles anarco-fumistes, sous couvert de pensée révolutionnaire, tout d'abord remettre en cause le monde bourgeois statique traditionnel plus sûrement que Marx puis lancer l'habitude de désobéir mais aussi celle d'innover puis de consommer et de changer de nouveau créant pour le meilleur et pour le pire … notre monde de consommation qui se cherche désormais une fin honorable.
  6. Kate est une artiste dit-elle. Certains en doutent. Se souviennent-ils que le partage entre le bien et le  mal en cette matière désigne plutôt la ligne de partage entre sensibles et endormis. Qu'a-t-on dit des surréalistes, de Cocteau, de Picasso, de Vian et même de Baudelaire ou de Michelange à leurs débuts ? Les poètes sont toujours en avance et l'on oublie toujours les escrocs qui les imitent. Simplement, la poésie est peut-être maintenant à la fois dans l'Art « éphémère » plutôt que dans les musées et dans le design des futurs objets du quotidien.
En quoi cela nous concerne-t-il ?

Eh bien, certains disent qu'ils ont perdu leur temps à écouter Kate. Moi, je la trouve bien gentiment espiègle et bigrement plus subtile qu'il y paraît. Libre à ceux qui ne veulent pas s'ouvrir à son message d'y voir une arnaque intellectuelle. Il y a bien pire, un jour je donnerai des noms !

Tout au contraire, Kate est un monstre de congruence pédagogique qui nous donne simultanément à voir, à sentir et à comprendre (quand on veut bien) les risques que nous courons individuellement de mal nous écouter nous-mêmes, de mal nous entendre collectivement et « sociétalement » de ne toujours pas nous ouvrir aux messages de notre environnement. En tant que prof, parent ou responsable, il y a là des leçons à prendre … sans se prendre au sérieux.

Conclusion générale:

Notre société n'a plus de temps à perdre. Ce sont désormais directement les acteurs de l'avant-garde qui, comme Kate, conçoivent les objets technologiques de notre futur quotidien. Mettons nos montres à l'heure, la transformation est déjà largement commencée !

samedi 17 septembre 2011

Sarah Kaminski à TEDxParis

Chers amis, mon billet d'aujourd'hui sera très court. Je vous propose ce poignant témoignage sur la vie d'un héros (presque) anonyme. En tous cas, il ne l'est plus grâce à sa fille et à la puissance de TED. Voici:


Je laisse à Ko Ashashi le soin de faire le commentaire (sur le forum de TED:
"Adolfo Kaminsky is a hero, the kind we need in this world. He did not turn his back on people who needed him. Perhaps he broke the rules ... but when rules of law support tyranny, genocide and oppression -- then people of decency, humanity and courage must stand up and do whatever they can to help the victims.

I salute his daughter for telling this incredible story thru TED and thru her book. This example of Adolfo Kaminsky needs to be told over and over again. He more than a general, was the true "warrior of the heart". He saved lives and liberated people. He used his mastery of forgery to shield people from being sent to the death camps.

It was inspiring indeed to see his daughter invite him on stage to receive the applause, recognition and welcome from the TED audience. Let's see more talks like this on TED and I urge this author to keep on writing ... telling stories that need telling.
"


En quoi sommes-nous concernés:
Tout d'abord ce billet est dédié à ces quelques personnes qui me rejoindront certainement dans l'aventure de TED. Ils avaient pensé que TED, "ce n'était pas mûr !" Hé bien, les choses murissent: les vidéos TED dont vous pouvez voir qu'elles sont tout sauf "grand public" avaient déjà cet été plus de 500 millions de visionnages dans le monde ... Alors d'autres personnes, parmi mes proches d'ailleurs, ont dit "oui mais cela ne concerne que les américains ..." Alors vous pouvez en juger ici par vous-même: ce professeur japonais a beaucoup aimé l'histoire du père (russe) de Sarah (française née en Algérie). 

Son histoire racontée en Janvier de cette année à TEDxParis est à ma connaissance la première publiée par TED.com en français et sous-titrée en anglais. Et sachez qu'en deux semaines, cette vidéo a été vue plus de 180000 fois dans le monde entier ! Bravo à l'équipe de TEDxParis.

C'est un début encourageant. C'est la logique "globale" de TED. J'avais annoncé à mon retour de TEDGlobal que le premier "talk" en espagnol allait être publié, le français n'a pas traîné. Non madames, messieurs, la langue française n'est pas ringarde dans TED !

vendredi 16 septembre 2011

Edward Tenner: les conséquences inattendues de l'innovation

Voici une conférence TED d'un historien des technologies moins banale qu'il y paraît. Edward Tenner nous présente ici une vision "non-linénaire" du "progrès technologique". Vision ni idyllique, ni apocalyptique, mais sérieuse et utile. Cette conférence est un peu elliptique et, pour la traduction française que j'ai faite pour TED.com, il m'a fallu reconstituer une partie de l'articulation logique de la pensée de ce chercheur. Mais cela valait la peine.

Les idées sous-jacentes me semblent non seulement dignes d'intérêt mais, à la réflexion, elles sont extrêmement riches, voici:


L'innovation technologique a parfois, et même souvent, des conséquences inattendues comme l'illustrent les exemples cités par Edward Tenner. Le progrès technologique et les améliorations qu'il apporte au quotidien sont loin d'être un processus régulier et inéluctable. Tenner nous présente ici de nombreux exemples édifiants.

Quelles sont les leçons des anecdotes rapportées par E. Tenner ?

1) Le Story Telling: Même si certains ont trouvé cette conférence mal construite, il y a de très nombreuses idées et leçons à en tirer. C'est vrai, une suite d'anecdotes ne suffit pas et Tenner n'est pas un grand orateur, et pourtant, la conférence a été vue plus de 140000 fois en quelques jours, c'est cela la magie de TED. Compte tenu de la richesse sous-jacente des recherches de E. Tenner et de ses collègues, ce film ne leur rend pas totalement justice. C'est peut-être la limite du "talk" de TED. Raison de plus qui fait qu'une conférence TED doit être travaillée avant: répétée et re-répétée puis creusée après. Eclaircissements:

2) L'impact de la technologie sur l'évolution de l'humanité elle-même: l'agriculture est un progrès indéniable de l'humanité or les chercheurs montrent qu'initialement et pendant des siècles le progrès technologique a eu nombre de conséquences négatives. Raccourcissement de l'espérance de vie, diminution de la qualité de la ration alimentaire, asservissement de la femme, inégalités sociales accrues ... Les baguettes au Japon amenèrent une diminution de la denture et de la dent elle-même. Alors progrès ou reculs ? Heureusement qu'aucune ONG n'a mené d'enquête sur les conséquences de l'agriculture mésopotamienne (pourtant essentiellement bio !)  il y a 10000 ans car les conclusions du rapport eussent été dramatiques !

3) Les essais/erreurs: l'histoire de la médecine montre qu'il a fallu très tôt faire attention à ne pas causer plus de mal au patient qu'avant le traitement. Jusqu'aux débuts de la neurochirurgie qui montre que sans un travail minutieux de notes sur tous les essais et erreurs des interventions, cette discipline n'aurait pas avancé. Il fallait que les patients soient ignorants ou désespérés mais au bout du compte, nous en bénéficions aujourd'hui.
 
4) La complexité: au 19ième siècle, à ces effets inattendus et aux tâtonnements du passé s'ajoute un nouveau phénomène, celui de la complexité (dont je parle souvent dans mes billets). Tenner nous parle de Mark Twain qui s'est ruiné en faisant la promotion du typographe Paige, merveille de technologie pour l'époque mais monstre de complexité mécanique. Où l'on voit d'ailleurs que toujours plus d'une solution qui marche (ici la mécanique) peut conduire à l'impasse. Il fallait une rupture technologique pour faire proprement ce que la Paige faisait, il fallait attendre l'offset puis la photocomposition numérique.

5) Les leçons des catastrophes et des crises: le Titanic a coulé et beaucoup de passagers sont morts parce qu'il n'y avait pas assez de canots de sauvetage. Puis l'Eastland a chaviré à Chicago plus ou moins parce que l'on tiré des leçons du Titanic: on a rajouté des canots. Mais on a omis de repenser l'agencement et le lest et ce bateau a coulé emportant 815 personnes avec lui. Les catastrophes permettent de tirer les leçons mais il faut parfois plusieurs catastrophes pour tirer les leçons des erreurs des leçons de la précédente ... J'espère pour mes amis de Flamanville que nous n'aurons pas besoin d'un autre Fukishima dans le Cotentin pour tirer les leçons de nos approximations dans le nucléaire ...

6) Le risque des politiques de sécurité: parmi les leçons des catastrophes, il y a les procédures et les politiques de sécurité. Le chavirage de l'Eastland est un exemple mais nous en avons d'autres autour de nous. Je parlerai peut-être du grand guignol des mesures anti-terrorismes dans les aéroports mais je vous livre ici un fait divers qui concerne l'automobile et dans ce cas une "deutsches Auto": l'audi A6, voici le lien qui raconte comment un jeune fêtard est mort asphixié cette fin Août, piégé par le système anti-vol du véhicule familial. Il ne fait pas bon de s'endormir au volant mais encore moins de s'endormir dans une voiture de luxe verrouillée.

7) La collaboration: nous l'avons vu, les grandes crises ou les grandes catastrophes sont l'occasion de progrès technologiques une fois la complexité maîtrisée et les tâtonnements effectués. Les grandes crises ou guerres par exemple comme celle de 1940 sont aussi des aiguillons très fort du progrès. Exemple: la pénicilline découverte en 1928 et qui était produite expérimentalement en très petites quantités jusqu'au début du conflit. L'impératif d'améliorer les soins sur le champ de bataille a poussé les laboratoires à partager leur savoir et à collaborer (poussés par l'Etat américain) et en moins de 2 ans, l'industrie américaine produisait ce médicament par cuves de 40000 litres !

8) La pluridisciplinarité: au delà même du simple partage de connaissances entre experts d'un même domaine, il y a lieu d'observer les phénomènes technologiques de manière pluridisciplinaire, d'autres diraient "écologiques" (au sens de l'étude systémique des relations dans leur environnement et non au sens politique). Prenez l'histoire des lecteurs de bandes magnétiques d'IBM des années 70 qui tombaient en panne systématiquement lorsqu'ils étaient placés à côté d'un conduit de ventilation. La cause ? La composition chimique d'un bactéricide des systèmes de ventilation contenant des particules d'étain assez volatiles et mortelles pour les têtes des baies de lecture. Et pourquoi un bactéricide ? Pour combattre la légionellose ! Comme dit Tenner, c'était la première fois que des systèmes mécaniques (et avec eux des ordinateurs) succombaient des suites d'une maladie humaine !

9) L'écart entre développement technologique et prévisions des effets: du fait de tout ce que nous venons de dire, il y a lieu de travailler à comprendre et réduire l'écart entre le progrès et les prévisions des innovations technologiques. Pour Tenner le premier est en fait imprévisible mais il est globalement en croissance géométrique alors que nos prévisions "contrôlées" sont au mieux en croissance arithmétique. D'où un écart croissant et une perte de contrôle croissante. Cela peut expliquer le sentiment d'impuissance croissant que tout un chacun peut avoir. Faut-il pour autant revenir frileusement en arrière ... si tant est que cela soit possible ?

10) L'innovation en temps de grand stress (crises): 1929 et la grande Dépression qui a suivi est la décennie la plus féconde en innovations, la deuxième guerre mondiale a vu la mise en oeuvre industrielle d'inventions absolument majeures. Sans surprise les périodes de crises sont donc des périodes de grand stress créatif. C'est donc aussi sans surprise que notre présent marqué par la révolution des TIC et bientôt des bio-techs et des nano-techs sera vraisemblablement une période de ruptures majeures, d'ordre civilisationnel. Notre crise financière en est certainement un symptôme.

11) La rupture créative individuelle: sur un plan individuel, Tenner nous raconte l'histoire de l'invention du copieur de Rank Xérox dans les années 30 par un avoué aux dépôts de brevets qui ne trouvait pas de meilleur boulot mais qui en avait marre des systèmes de reproduction de l'époque. Le stress de la rupture individuelle par exemple dans une carrière est aussi une cause de créativité technologique.

12) Le principe de sérendipité: dans le cas de l'étude de Pasteur sur les vers à soie, Tenner nous dit que le hasard et ses conséquences chaotiques l'ont amené, partant d'un problème circonstanciel dû à la surexploitation industrielle du vers à soie, à formuler des principes généraux à portée majeure sur la biologie microbienne. Je me permets d'aller un cran plus loin. Adoptons l'état d'esprit du Prince Sérendip d'Horace Walpole et soyons prêts à accueillir les découvertes que nous ne cherchions pas mais que nous faisons tout de même. Cette fable a donné le concept de Sérendipité bien connu des cogniticiens.



En quoi cela nous concerne-t-il ? 

La foi et la nécessité: nous vivons avec ce dilemme depuis l'aube de l'humanité. A la lecture des conséquences inattendues et négatives relatées par E. Tenner, certains seront tentés de vouloir mettre la créativité technologique humaine sous contrôle pour sécuriser et probablement geler le tout comme l'inquisition apostolique et romaine. D'autres regarderont les conséquences bénéfiques des progrès technologiques et s'en réjouiront au point de développer des errements "scientistes". Ce sont à mes yeux les deux côtés éternels de la même médaille. L'important est probablement dans l'épaisseur de la médaille dont Tenner nous fait prendre conscience si on veut bien l'écouter sérieusement.

Le pouvoir du "ET": Nous sommes face à des défis écologiques, économiques ET sociaux sans précédents ... ET nous disposons de compétences et d'une expérience collectives sans précédent. Il y a donc des risques ET nous pouvons y faire face si nous le décidons. 

Je ne dirais donc pas comme E. Tenner que le chaos advient et qu'il faut en faire le meilleur usage. Je dirais plutôt que nous n'avons pas le choix et que la nécessité est un meilleur aiguillon que la recherche de sécurité. Pour ma part, je pense que nous allons être chahutés sérieusement et que des catastrophes de tous ordres sont probables (nucléaire, bancaire, bactériologique, climatologique ... pour faire référence à mes derniers billets) ET que l'humanité en tirera parti. C'est mon pari sur la résilience humaine. Par contre, pour faire référence à l'article de Paul-Henri Pion (juste en dessous), il ne faudra pas s'attendre à conserver nos "avantages acquis" individuels et collectifs ... la technologie n'est pas magique, les changements seront majeurs et souvent durs. Mais après tout, si des conséquences inattendues sont probables, elles sont par définition encore inconnaissables donc nous verrons bien. Le pire n'est pas certain non plus !

Pour aller plus loin (en anglais): 
un article de M. Tenner, 
son site, 
un article court de Princeton University
et son blog

lundi 12 septembre 2011

Vous avez dit avantages acquis ?

Par Paul-Henri Pion

Je vous ai déjà présenté Paul-Henri dans un précédent billet où il nous parlait du “lâcher-prise”. Voici qu'il récidive sous un autre angle et une forme plus littéraire. Economiste et cadre dirigeant devenu psycho-praticien et auteur, il nous livre donc ici une analyse originale au carrefour de plusieurs disciplines.

Maintenir la solution d'un problème résolu fait apparaître de nouveaux problèmes
Le vingtième siècle a été marqué par des avancées sociales et technologiques et par la création des conditions de la crise écologique actuelle. Pourrait-il y avoir un lien entre les deux ? L'expérience nous enseigne que lorsqu'un problème se pose, trouver la solution qui lui correspond, dans le contexte où il se présente, et l'appliquer, conduit à la disparition du problème. Il est donc passé d'un contexte où solution et problème coexistent à un contexte où seule la solution existe puisque le problème a disparu. Logiquement, continuer à appliquer la solution en l'absence du problème pour lequel elle a été dessinée, conduit à favoriser l'émergence d'un nouveau problème. L'adage selon lequel la seule chose qui ne change pas est que tout change se justifie de la sorte. C'est ainsi qu'en créant des avantages acquis, le vingtième siècle a creusé la tombe de ces mêmes avantages acquis.

La retraite: un avantage acquis devenu problématique
Qu'en est-il de la retraite par exemple ? Remarquons tout d'abord qu'à l'origine des retraites, bien avant que la loi ne s'en mêle et au-delà des aspects humanistes sous-jacents, le problème visé était de fidéliser les cheminots puis les mineurs. À partir du moment où les retraites sont généralisées, la question de la fidélisation ne tient plus, puisque quel que soit le secteur d'activité, le régime de retraite se retrouve. Le problème a disparu. La solution s'est mutée en possibilité généralisée de cesser son activité à 60 ans et obligation de la cesser à 65 ans. L'évolution des conditions de vie a conduit par ailleurs à la situation que l'on connaît : si en 1975 un nouveau retraité avait dix ans de vie devant lui, en 2005 il en avait vingt et aujourd'hui il a quasiment trente années devant lui. Quelles conséquences humaines cela a-t-il d'avoir maintenu cette solution de la sorte alors que sa motivation première était éteinte ?

Contribution au ralentissement de l'économie
Le montant des pensions initialement garanti à hauteur de quarante pourcents de la moyenne des salaires des trente années de cotisation donne un premier éclairage. Il signifie que ce qui coûte cher et nécessite de gagner de l'argent n'est pas l'indépendance financière mais le fait de travailler et d'avoir à investir pour pérenniser sa capacité de travail. Autrement dit, un retraité, en cessant de travailler, diminue de soixante pourcents la richesse qu'il ré-injectait dans le système. Donc plus il y a de retraités, moins il y a de travail ! Bien des retraités vous le diront : après l'angoisse de voir leur revenu chuter avec la retraite, ils constatent que leurs dépenses ont drastiquement reculé malgré eux. En conséquence de quoi, leur départ à la retraite contribue à ralentir l'économie et compromet l'emploi de leurs enfants et petits enfants contrairement à une idée fallacieuse répandue. 
 
Malchance du retraité
Si l'on retient à présent la retraite comme une compensation de la pénibilité du travail, il y a maldonne. Le travail comme l'école est d'abord un moyen de se socialiser. Envoyer pour trente ans hors du circuit du travail un individu, revient à lui envoyer le message qu'il n'est plus à la hauteur pour contribuer au bon fonctionnement de la société et qu'il en est tellement incapable qu'il va devoir dépendre du bon vouloir d'un système de pensions. Aucune société traditionnelle n'a maltraité de la sorte ses anciens, surtout s'ils sont encore jeunes ! La vie est caractérisée par la relation. Pas de relations, pas de vie. L'homme est un être vivant jusqu'à preuve du contraire et a besoin de relations, qui plus est dans lesquelles il se sente contribuer. Même si c'est pénible. La vraie maltraitance est de lui signifier qu'il ne sert à rien. Ce que la perspective de trente ans "d'inactivité" lui envoie.

Le retraité, un potentiel  à entretenir
Enfin, il est un point essentiel pour un organisme vivant que ce système nie totalement. Un organisme est l'inverse d'une pile électrique. Moins on s'en sert, plus il s'use. Tout organisme démobilisé a tendance à s'atrophier. Ceci est en particulier vrai du cerveau. Dans un environnement où les technologies de l'information doublent de capacité tous les deux ans, laisser une part de la population sans la contrainte de se mettre à jour qu'impose la vie professionnelle, revient à la mettre en danger de marginalisation et à nourrir chez elle un sentiment d'impuissance à suivre les évolutions. Or l'impuissance ressentie dans la capacité à gérer la relation à l'autre est le fondement de la colère et du ressentiment. Poursuivre dans cette voie revient à alimenter la colère des seniors et met en danger le ciment social.

La retraite, une question à traiter avec souplesse
Voilà trois effets d'un avantage acquis qui, par construction, conduit à une grande souffrance collective. Permettre à tout un chacun de prendre des périodes de repos en fonction de ses aspirations, de sa santé ou de ses investissements passés est respectable. Rigidifier un âge et des conditions pour accéder à ces périodes est pour sa part contraire à l'évolution du vivant et à la logique. Il y a lieu de rester pragmatique, c'est-à-dire d'accéder à la complexité de la situation pour en tirer une adaptation simple et non de compliquer le système pour en tirer des solutions simplistes qui finissent par fonctionner comme des bombes à retardement.